Sud-Aveyron : deux prêtres passés par l'abbaye de Sylvanès soupçonnés de pédophilie

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  • Le père André Gouzes est à l’origine de la renaissance de l’abbaye de Sylvanès.
    Le père André Gouzes est à l’origine de la renaissance de l’abbaye de Sylvanès. Centre Presse - José Torres
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Les Dominicains viennent de lancer un appel à témoignage pour des faits qui se seraient notamment passés, jusqu’au début des années 2000, dans le Sud-Aveyron. Le parquet a ouvert une enquête.

L’église tente de faire le ménage dans ses rangs. Depuis plusieurs années, et notamment après la publication en 2021 du rapport Sauvé sur les abus sexuels depuis les années 1950, les choses bougent au sein de l’institution, mais aussi des différentes congrégations, au fil des révélations. Les langues des victimes se délient et plusieurs affaires, datant parfois de plusieurs dizaines d’années, ressortent.

C’est le cas notamment chez les Dominicains de Toulouse. L’Ordre des prêcheurs de la province de Toulouse vient de lancer un appel à témoignage via Antoine Garapon, ancien magistrat et président de la Commission reconnaissance et réparation (CRR), une instance créée pour indemniser les victimes d’abus sexuels au sein des congrégations, et le frère Olivier de Saint-Martin, prieur provincial de la Province de Toulouse et donc considéré comme le "maître de l’ordre" de la congrégation.

Des faits dans divers couvents et lieux d'apostolat

Dans celui-ci les deux responsables annoncent des faits « confirmés » dans des couvents de province (Bordeaux, Toulouse et Montpellier notamment), mais aussi dans des "lieux d’apostolat courants", des endroits donc où des religieux sont basés. Parmi ceux où des "faits graves de nature sexuelle à l’encontre de mineurs" ont été identifiés par les Dominicains, figure l’abbaye de Sylvanès, qui a été restaurée à partir de 1975 par l’un des leurs, André Gouzes.

C’est lui qui a posé les bases de ce qui est aujourd’hui un centre de culture, d’art et de spiritualité. Un lieu qui n’a désormais plus de lien direct avec l’Église. Selon nos informations, le prêtre, fait partie des religieux concernés par différentes plaintes. Aujourd’hui âgé de 78 ans, il est en proie à d’importants soucis de santé et ne serait plus en état de répondre de ses actes. Des signalements confirmés par Olivier Savignac, Aveyronnais, lui-même victime d’un prêtre pédophile dans le Béarn dans les années 1990, et fondateur de l’association Parler et revivre, qui accompagne les victimes de pédophilie dans l’Église et suit de près la démarche lancée par les Dominicains. "Nous avons eu plusieurs signalements sur Sylvanès, confirme-t-il. Jusque-là c’était resté confidentiel et nous avions transmis l’information à la justice, de manière orale, puis renvoyé les victimes vers le procureur pour qu’elles fassent un signalement officiel. Mais maintenant ça devient quelque chose de public. On parle de faits qui vont jusqu’au début des années 2000."

Une démarche parallèle à la justice

Un autre prêtre passé longuement par l’Aveyron est concerné par ces signalements. Selon nos informations, il s’agirait d’un autre Dominicain, resté cinq ans, au début des années 2000, à l’abbaye de Sylvanès, avant de s’occuper de différentes paroisses aveyronnaises. "Il arrivait d’une autre province dominicaine et de nombreuses questions se posent sur une potentielle mise au vert en Aveyron, souffle Olivier Savignac. Il a depuis quitté l’Aveyron pour rentrer dans son diocèse d’origine."

Une bonne partie des faits signalés à l’heure actuelle, qu’ils concernent les Aveyronnais ou pas, sont prescrits. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils doivent être passés sous silence.C’est en tout cas la position des Dominicains, qui lancent donc un appel pour que « tous faits condamnables commis pas un frère dominicain de la Province de Toulouse » soient rapportés, soit auprès de l’ordre, soit auprès de la Commission reconnaissance et réparation. Les 30 et 31 mai à Toulouse les personnels voulant être entendues pourront notamment faire le déplacement, mais les signalements peuvent aussi se faire par correspondance. "Mais j’invite aussi toutes les victimes à se faire connaître auprès de la justice, rappelle Olivier Savignac. Même s’ils sont prescrits."

De ces témoignages pourrait ressortir l’ampleur des faits qui se sont produits en Aveyron.

Contacté, le Parquet de Rodez confirme qu'une enquête est en cours après divers signalements pour des faits commis en Aveyron. Il ne confirme pas en revanche les noms des mis en cause.

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Guilhem Richaud (avec m. r.)
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