Aveyron : dans la vallée du Tarn, la cerise cède peu à peu sa place à la mirabelle

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  • En attendant les solutions, beaucoup d'arboriculteurs laissent tomber la cerise.
    En attendant les solutions, beaucoup d'arboriculteurs laissent tomber la cerise. Repro CPA
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"Dans les 5 à 6 ans à venir, c'est sûr que la mirabelle aura pris le dessus sur la cerise", explique le président de l'une des deux coopératives de la vallée du Tarn. La faute aux nombreux fléaux qui s'abattent sur ce fruit autrefois emblématique du Sud-Aveyron, à commencer par le dérèglement climatique et la tristement célèbre mouche Suziki, qui ravage les exploitations.

Lentement, irrémédiablement, une page est en train de se tourner dans la vallée du Tarn, fief de la petite centaine de producteurs de cerises aveyronnais. D'un volume annuel de annuel de près de 600 tonnes il y a une dizaine d'années, les cerisiers, aujourd'hui, ne donnent plus que 300 tonnes en moyenne. Voilà donc quelques années que les temps sont durs pour la filière, impactée par une conjonction de plusieurs XfacteursX. 

"Tout d'abord la situation commerciale, compliquée du fait de la concurrence entre les régions productrices (vallée du Rhône, Ardèche, Sud-Ouest, Yonne...) mais aussi avec l'Espagne. Nous, dans la vallée du Tarn, nous sommes une micro-région, on ne trouve de la cerise qu'entre Millau et Le Rozier", explique Frédéric Plombat, responsable de la Maison de la cerise de Paulhe et observateur avisé de l'évolution de la filière.

Depuis quelques années, c'est la mouche Suzuki, originaire du Japon, qui impacte le plus ces producteurs. Arrivé dans les années 80 dans la région bordelaise, ce parasite est aujourd'hui présent sur tout le territoire. "La mouche Suzuki, qui pond ses vers dans les fruits quand ils sont mûrs, est très difficile à traiter", affirme Frédéric Plombat. Le climat, enfin, apporte lui aussi sa pierre à l'édifice qui se dresse contre les arboriculteurs. "C'est la cerise sur le gâteau", explique avec amertume le responsable de la Maison de la cerise. "Avec le réchauffement climatique, les arbres démarrent plus tôt. En avril 2021, il y a eu un épisode de gel d'une semaine, ça a été un gros coup dur. En 2022, un autre petit épisode, beaucoup moins redoutable, a lui aussi impacté les cerisiers et par ailleurs, les hivers sont de plus en plus doux, ce qui favorise la survie des parasites"

"La plupart se posent la question de l'intérêt d'investissements si lourds"

Pour les producteurs, la pression est très forte, dès le début de saison. Alors la profession réfléchit. Plusieurs solutions sont à l'étude, dont des filets de protection anti-mouches, qui ont un coût relativement élevé, de l'ordre de 50 000 à 60 000 € par hectare. Des tests sont en cours, mais les vergers très pentus du Sud-Aveyron sont peu appropriés. "Des expérimentations sont menées pour lâcher des mâles stériles de la mouche Suzuki, cela a fait ses preuves sur la fraise", explique Frédéric Julien, président de SicaVal fruits, l'une des deux coopératives de la vallée du Tarn. 

En attendant les solutions, beaucoup d'arboriculteurs laissent tomber la cerise. "La plupart sont âgés et se posent la question de l'intérêt d'investissements si lourds", reprend Frédéric Plombat. Ce qui ouvre la voie à la mirabelle, qui remplace petit à petit les cerises. "Elle est plus robuste, plus facile à travailler, se récolte plus vite, résiste mieux au transport et dans le temps", justifie le patron de la Maison de la cerise.

Si la vallée du Tarn compte une centaine de producteurs de cerise, dont une trentaine de plus grande envergure, personne, ou presque, n'y vit exclusivement de cette culture. La mirabelle y poursuit son ascension et, entre les deux fruits, les volumes produits sont aujourd'hui équivalents, de l'ordre de 300 tonnes annuelles pour chacun. Le point de bascule a été atteint en 2020, où la mirabelle a dépassé la cerise d'une cinquantaine de tonnes. "Dans les 5 à 6 ans à venir, c'est sûr que la mirabelle aura pris le dessus sur la cerise", analyse Frédéric Julien, qui conclut : "Dans la vallée du Tarn, il y aura toujours de la cerise, il en faudra toujours. Cependant, cela va devenir un fruit rare, un fruit cher".

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Xavier Buisson
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