Millau: le manque de saisonniers oblige les entreprises à s’adapter

  • Les postes de chef de cuisine sont les plus difficilesà recruter cette année.
    Les postes de chef de cuisine sont les plus difficilesà recruter cette année.
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Vu le peu de candidats pour les postes saisonniers, les entreprises se voient contraintes d’innover.

La saison s’annonce belle, mais on va avoir énormément de boulot ", déclare Gilles Prouillet, gérant du camping des Prades, à Mostuéjouls. Cette phrase résume bien la situation que connaît le Sud-Aveyron en ce début de saison estivale. Le manque de main-d’œuvre – une problématique nationale, certes – se fait fortement sentir cette année, les saisonniers étant difficiles à recruter. À Mostuéjouls, Gilles Prouillet a tout simplement dû reprendre son tablier de cuisinier pour assurer le service cet été.

"On a recruté trois fois, on s’est fait planter trois fois, concède le gérant. On n’a toujours pas notre chef de cuisine donc on a fait un changement d’organisation et je passe en cuisine cette année. " Une solution provisoire à laquelle ont dû se plier les gérants de Canoë-café, eux aussi, pour faire tourner leurs fourneaux cet été. " On n’a pas trouvé de cuisinier, donc mon associé passe en cuisine ", souffle Gautier Loubety.

Au Roziers, il manque une dizaine de postes à Guillaume Follenfant pour constituer son équipe de 22 saisonniers. Pour pallier la situation, le gérant de deux hôtels-restaurants est contraint de fermer définitivement son premier restaurant, le Pas du Loup, tandis que l’Alicanta, la maison mère, fait une croix sur le service du midi quatre jours par semaine. Selon lui, "certains ont dégradé la profession, à faire des contrats signés 43 heures, alors qu’en réalité, c’est 70, et là, on a fini de dégoûter les gens." Ce manque de main-d’œuvre serait aussi en partie expliqué par un désintéressement de la profession – du fait de la forte charge de travail demandée – ce qui implique moins de candidats que d’offres d’emploi.

"Ces métiers demandent un investissement en temps important, avec des horaires pas toujours évidents, analyse Gilles Prouillet. La crise du Covid étant passée par là, les gens se sont rendu compte qu’il y avait des métiers plus confortables et donc, ont délaissé ces postes de saisonniers, on se retrouve alors avec une offre d’emploi supérieure au nombre de candidats donc c’est complètement déséquilibré, et les candidats sont introuvables."

Offre supérieure à la demande

Les entreprises doivent donc innover pour recruter. "D’un côté, il y a moins de demandeurs d’emploi, de l’autre, ces secteurs connaissent une attractivité moindre que par le passé, constate Anne Dherbecourt, directrice de Pôle emploi Millau. Les entreprises doivent évoluer avec le temps. Des restaurateurs essaient de mettre en place l’arrêt des coupures. Pour ceux qui ne sont pas directement proches de Millau, certains essaient d’organiser un covoiturage. Donc des entreprises ont pris conscience et proposent des avantages en plus par rapport à l’emploi."

Il n’y a pas que les secteurs de la restauration et de l’hôtellerie (lire aussi ci-dessous) qui sont à la peine en ce début de saison. Les maraîchages connaissent aussi leur lot de difficultés. Au Gaec de Saint-Segond, à La Cresse, Ludovic Bouviala n’a toujours pas la moitié de son équipe constituée. Problème, les cerises sont là et les récoltes ne peuvent attendre. Une partie des fruits rouges risque d’être perdue.

Pourtant, le maraîcher a essayé de rendre ses postes plus attractifs. "On paye maintenant à l’heure, plus au rendement, on a mis une prime au nombre de seaux, malgré ça, ça ne fait pas venir plus de monde", soupire Ludovic Bouviala. Une sensation partagée par David Forestier, des Vergers cressois. " Chaque jour, des collègues maraîchers m’appellent pour me demander si je n’ai pas des saisonniers en trop", plaisante-t-il.

Ce problème d’une offre supérieure à la demande risque de se confirmer dans les années à venir. "Avant, c’était le candidat qui devait séduire l’entreprise, et maintenant, c’est l’entreprise qui va devoir séduire le candidat, avance Anne Dherbecourt. Comme le chômage diminue, on se dirige vers cette tendance." Face à ce constat, Pôle emploi met en place des réunions publiques de job dating pour aider au recrutement. La prochaine aura lieu mardi matin, avec une dizaine d’entreprises.

DUPIN Louis
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