Élections législatives : Emmanuel Macron perd sa majorité absolue à l'Assemblée nationale

  • Le président de la République n'a plus les mains libres pour diriger le pays.
    Le président de la République n'a plus les mains libres pour diriger le pays. Repro Centre Presse
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La Nupes de Jean-Luc Mélenchon devient le premier parti d’opposition sans minorité de blocage dans une Assemblée marquée par une forte poussée du RN.

Le second quinquennat du Président réélu s’est nettement compliqué dimanche soir. Emmanuel Macron n’a plus les mains libres pour gouverner le pays. Une crise institutionnelle se dessine-t-elle ? C’est encore trop tôt pour le dire. Ce qui est sûr, c’est qu’il a essuyé son premier revers électoral, alors qu’il avait appelé cette semaine de ses vœux "une majorité claire et solide". Elle ne sera ni l’une, ni l’autre. Il a essuyé une lourde défaite, autant que quelques-uns de ses ministres et de sa garde rapprochée, Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, en tête.

Le nouveau visage de l'Assemblée nationale
Le nouveau visage de l'Assemblée nationale ML

Les Républicains en faiseurs de roi

Même sa Première ministre, Élisabeth Borne, est très mal élue dans une circonscription réputée « facile » du Calvados. Le signal est clair. Autant que celui d’une abstention qui s’élève à un niveau historiquement élevé de près de 54 %, soit 1,5 point de plus qu’au premier tour. Le plus faible taux de participation toutes élections législatives confondues. Certes, la coalition de la majorité présidentielle Ensemble ! arrive assez nettement en tête des suffrages et remporte 245 circonscriptions. Trop loin des 289 nécessaires à une majorité absolue. Trop loin aussi d’une majorité relative garantissant à la Macronie de gouverner sans craindre un blocage institutionnel. Ensemble ! devra s’ouvrir et composer probablement avec sa droite.

Un titre honorifique pour la Nupes

Pas de quoi inquiéter Olivier Véran, le ministre délégué des Relations avec le Parlement, qui a promis de "très vite construire une majorité absolue". En trouvant de nouveaux alliés. Car c’est le grand paradoxe de la soirée : Les Républicains n’ont jamais eu aussi peu de parlementaires élus (61) mais seront particulièrement courtisés. Ils seront les faiseurs de roi, ce qui fait dire à Rachida Dati : "Pour des morts, nous sommes bien vivants." Le président des Républicains, Christian Jacob, fait déjà monter les enchères : "Nous sommes dans l’opposition, nous resterons dans l’opposition."

La Nouvelle union écologique et sociale (Nupes), arrivée en deuxième position, s’offre le titre très honorifique de première force d’opposition du pays. Elle a permis de faire reculer l’hégémonie de la majorité présidentielle, mais après ? Jean-Luc Mélenchon a bien pointé avec force "la déroute du parti présidentiel" et tenté de vendre le succès de l’alliance de gauche. Pour autant, la Nupes, sous réserve qu’elle reste unie dans les rangs de l’Assemblée, ne sera qu’un opposant de luxe. L’union de la gauche a réussi objectivement un très bon score avec 131 parlementaires élus, mais c’est surtout le succès de La France Insoumise qui n’aurait jamais pu qualifier autant de députés.

La poussée du RN

Si les profils très variés sont intéressants, ils vont devoir se contenter de ce rôle contestataire auquel elle est habituée.
Ce sera tout autant le cas du Rassemblement national qui réussit une poussée historique. Très au-dessus des prévisions les plus optimistes. Avec 89 parlementaires, le RN fait entrer un groupe massif au Palais Bourbon. Un succès inattendu mais, comme la Nupes, le RN ne s’alliera à personne et laissera le champ libre à la coalition qui reste à inventer entre Ensemble ! et Les Républicains. Ce sera l’enjeu des jours à venir. Sinon, la France sera ingouvernable.

Le calendrier de l'Assemblée

À peine élus, les nouveaux députés sont attendus dès ce lundi au Palais Bourbon, où ils doivent s’enregistrer et récupérer leur kit d’accueil (écharpe tricolore, insigne, cocarde, règlement…).

Leur mandat débutera, lui, ce mercredi. Les députés LREM et LR éliront ce jour-là leur président de groupe (jeudi pour le PS). Mardi 28 juin, à 15 heures, ce sera l’ouverture en séance publique de cette législature par le doyen d’âge, suivie de l’élection du président de l’Assemblée nationale. Ce même jour marquera aussi la date limite pour choisir un groupe parlementaire (15 élus au moins).

Mercredi 29 juin, seront désignés les 22 membres du bureau (vice-présidents, questeurs…), puis jeudi 30 juin les présidents des huit commissions permanentes (Finances, Lois, etc.).

Selon nos confrères du JDD, le discours de politique générale d’Elisabeth Borne pourrait intervenir le 4 juillet à l’Assemblée nationale, puis le 5 juillet au Sénat.

Yannick Povillon