Élections législatives en Aveyron : la droite, nouvelle béquille des « marcheurs » ?

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  • LREM et LR regarderont-ils dans le même sens à l’Assemblée ?
    LREM et LR regarderont-ils dans le même sens à l’Assemblée ? José Antonio Torres
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Si à Paris, LR a réaffirmé qu’il ne ferait « ni pacte, ni coalition, ni accord » avec la majorité présidentielle, les élus aveyronnais plaident davantage pour une entente. « Sans vendre notre âme », assurent-ils.

L’adage veut qu’on compte les moutons. Pour Stéphane Mazars, c’était plutôt les sièges de députés dans la nuit de dimanche à lundi. Lui et la Macronie s’apprêtent à faire face à un défi inédit. Comment appliquer un programme et gouverner un pays sans la majorité absolue ? Plus que jamais, la France est redevenue un régime parlementaire dimanche soir. Et vit avec l’angoisse d’une paralysie totale, voire même d’une dissolution… Dès aujourd’hui, Stéphane Mazars et son nouveau collègue élu dans l’Aveyron, Jean-François Rousset, sont attendus à Paris. L’heure est grave. « Un blocage du pays durant cinq ans ? Ce n’est pas acceptable, une opposition de principe sur tout serait terrible », lâchait le premier, ce lundi. Sans vraiment parvenir à répondre aux nombreuses interrogations. Dans quel camp trouver les 43 voix manquantes pour constituer une majorité absolue ? Emmanuel Macron et sa coalition devront-ils jouer les grands couturiers en trouvant des alliés ici et là sur chaque texte ? « On y sera contraint peut-être », indiquait l’avocat.
En attendant, les regards se tournent naturellement vers la droite. Et notamment Les Républicains. Avec 64 sièges, le parti balayé à la présidentielle et à chaque scrutin national pourrait jouir d’un rôle d’arbitre dans les prochains jours. Jusqu’à entreprendre une sorte de pacte de gouvernance ? Certains cadres du parti ont déjà ouvert la porte à l’image du maire de Meaux, Jean-François Copé. D’autres l’ont refermé très rapidement, à l’instar du patron Christian Jacob qui a réaffirmé hier que « son parti était dans l’opposition au gouvernement et à Emmanuel Macron ».

Arnaud Viala, ligne Copé ou ligne Ciotti ?

Et en Aveyron, quelle position est-elle adoptée par la droite ? « J’ai entendu il y a peu que leur chef de file, Arnaud Viala, partageait 70 % de nos idées… », souriait un fidèle macroniste, hier matin. Contacté hier, le président du conseil départemental s’est avant tout dit « stupéfait de ce qu’on entrevoit avec deux blocs extrêmes si haut ». Conscient que sa famille politique se divise une nouvelle fois sur la suite à donner, ce dernier assure qu’il « ne faut pas tomber dans un jeu politicien d’une opposition systématique. Les électeurs attendent de la responsabilité. » Jusqu’à défendre une ligne Copé, pour un pacte de gouvernance ? « Je ne suis pas sur celle de Ciotti en tout cas », répond-il, jugeant néanmoins « qu’il est trop tôt pour parler d’un quelconque pacte ». « La France ne peut pas rester paralysée », avance-t-il encore.
Pour le sénateur Jean-Claude Anglars, indépendant mais apparenté LR, cette nouvelle donne « pourrait offrir une vitalité à la démocratie ». « L’expression des urnes prouve qu’il n’y a pas deux catégories de Français, ceux qui savent et les autres comme Emmanuel Macron l’a laissé entendre durant cinq ans. Désormais, il devra composer avec le parlement et j’espère travailler autrement. » Quant à la position de son groupe politique, majoritaire au palais du Luxembourg, « elle doit être simple : les intérêts du parti ne doivent jamais passer devant ceux du pays. Si les lois proposées sont bonnes, il faudra les voter. Si elles le sont moins, les amender, voire les rejeter. »

Jacques Godfrain : « La droite doit conserver son âme »

Un sentiment partagé par Jacques Godfrain, qui fut député durant trente ans, ministre sous le gouvernement d’Alain Juppé et pour qui la politique n’a pas de secret. « Il n’y a pas que du mauvais dans les propositions de Macron », reconnaît ce Gaulliste de tout temps, sans oublier d’analyser le scrutin. « Les Français ont semble-t-il pensé que le président pouvait tout faire. Or, ce n’est pas le cas et ces élections législatives ont le mérite de prouver qu’elles ne sont pas secondaires. La droite doit conserver son âme et dans une sorte de cohabitation, il peut y avoir du donnant-donnant. Je crois d’ailleurs que beaucoup de LR sont prêts à entrer dans le gouvernement », sourit-il.
Et si jamais la droite ferme la porte, « pourquoi ne regarderait-on vers la gauche ? », se demande Stéphane Mazars. « Tout le monde ne se reconnaît pas dans Jean-Luc Mélenchon et son opposition systématique », assure le député aveyronnais. Hier soir déjà, Europe Écologie-Les Verts, le Parti socialiste et le Parti communiste ont rejeté l’hypothèse émise par le dirigeant de La France insoumise de former un groupe unique…
 

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Mathieu Roualdés