CARTE. Le moustique tigre progresse en France : mon département est-il touché ?

  • L’été est la belle saison pour le moustique tigre. Sa densité augmente jusqu’en septembre.
    L’été est la belle saison pour le moustique tigre. Sa densité augmente jusqu’en septembre. Repro CPA
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Ce porteur de virus, très surveillé, est désormais présent dans 67 départements en France. Plusieurs solutions existent pour freiner cet insecte invasif et vecteur de maladies. 

 Un Français sur deux pourrait se faire piquer cette année par le moustique tigre, chez lui ou sur son lieu de vacances. Cette estimation est en forte progression. Nous allons connaître un sérieux problème de santé publique ». ​Directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), Didier Fontenille dirige le programme Risque infectieux et vecteurs à Montpellier. Le moustique tigre (Aedes albopictus) peut transmettre les virus de la dengue, du Zika et du chikungunya. Pour mieux comprendre cette nuisance sanitaire, 120 chercheurs et acteurs internationaux de la santé publique se sont réunis en congrès à l’IRD le mois dernier.

Des opérations de lutte contre l’insecte de La Rochelle à Strasbourg

Originaire des forêts d’Asie du sud-est, le moustique a colonisé les zones tempérées depuis 40 ans. En Europe, il pique dans plus de 20 pays. Signalé en France en 2004 à Menton (Alpes-Maritimes), il colonise désormais 67 départements. Les modèles mathématiques prévoyaient son expansion, mais nous avons été surpris par cette rapidité ». Sur le site du ministère de la Santé, la carte de présence en France du moustique tigre montre une progression fulgurante. De La Rochelle à Strasbourg, les Agences régionales de santé mènent des opérations de lutte contre l’insecte.

Une colonisation par les routes

Facilement reconnaissable par sa couleur, noir et blanc tigré, Aedes albopictus est original, par rapport aux 65 autres espèces de moustique en France, dont 15 piquent les humains. Par seulement parce qu’il pique en journée, au lieu d’attendre la nuit. Sa très grande variabilité génétique est tout à fait étonnante. C’est l’une des raisons pour lesquelles il s’adapte à des environnements très différents ». 

Le changement climatique n’est pas la première cause de sa diffusion : sa colonisation suit les autoroutes et les axes routiers. Une femelle entre dans une voiture, elle ressort plus loin et ses œufs colonisent une autre région ». ​La canicule récente n’a pas forcément favorisé l’insecte : une étude dans un élevage de moustiques a montré une forte mortalité au-dessus de 31 degrés.

La piqûre du moustique peut entraîner des réactions allergiques. C’est déjà une nuisance, estime Didier Fontenille, qui cite le témoignage de personnes « piquées dix fois par jour près de Montpellier, à Nice, Marseille, et Toulon. C’est le principal moustique en ville, dans le sud de la France ».

C’est la transmission potentielle de virus qui inquiète les spécialistes. Elle est aujourd’hui très faible : seulement 82 personnes ont été piquées en France, en dix ans, par un moustique tigre porteur de la dengue, mais aussi du Zika et du chikungunya. Ces « cas autochtones » ont été contaminés par un moustique, qui avait piqué quelques jours avant une personne malade, revenant d’une région tropicale où la dengue sévit. Le nombre de cas de dengue va augmenter en France, c’est inéluctable, ​estime l’entomologiste, d’autant que les voyages ont repris. Attendons-nous à dix ou vingt cas autochtones cette année ».

Des centaines de cas de dengue « importés » sont aussi recensées chaque année, en France. Ce sont des voyageurs en provenance de l’Outremer, de la Réunion où la dengue circule depuis 2018 à la Polynésie.

Récipients d'eau stagnante vidés en Occitanie

Comment réduire cette nuisance ? Le moustique tigre se développe dans de petites réserves d’eau : la soucoupe sous les fleurs, les jouets d’enfants laissés dans un jardin, une gouttière mal nettoyée. Une première solution, déjà encouragée dans les collectivités en Occitanie, consiste à vider tous ces récipients où l’eau stagne.

Plusieurs types de pièges existent, pas toujours efficaces, comme une étude de l’Anses l’a montré. Des chercheurs les améliorent, en étudiant le comportement des moustiques. Une autre stratégie consiste à libérer dans la nature des millions d’insectes mâles stérilisés aux rayons X. Des drones transportent des gobelets de mâles stériles, lâchés à des endroits judicieux. Ils s’accoupleront avec des femelles sauvages dont les œufs n’écloront pas ».

​Cette méthode a été utilisée à La Réunion, dans le cadre d’un projet associant l’IRD et l’ARS : 300 000 mâles stériles lâchés chaque semaine ont réduit les populations de moustique de moitié sur une zone témoin. D’autres scientifiques cherchent des insecticides d’origine biologique : des virus qui tuent seulement ces moustiques.

Tout le monde peut participer à la lutte contre ce moustique. Le portail de signalement de l’Anses permet à chacun d’envoyer ses informations sur la présence et l’abondance de l’insecte. Ces données affinent les cartes de distribution. On peut envoyer une photo du moustique, plus ou moins écrabouillé. Après une piqûre, aucune précaution n’est à prendre, contrairement aux tiques. Les probabilités d’être contaminé par la dengue sont encore proches de zéro en France métropolitaine.

Centre Presse Aveyron
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