Thomas Brail, l'homme qui s'accroche aux arbres pour les sauver

  • Originaire du Tarn, Thomas Brail est un amoureux de la nature. Son métier : grimper dans les arbres et prendre soin d'eux. Et quand leur survie est menacée, il n'hésite pas à dégainer sa casquette de citoyen militant.
    Originaire du Tarn, Thomas Brail est un amoureux de la nature. Son métier : grimper dans les arbres et prendre soin d'eux. Et quand leur survie est menacée, il n'hésite pas à dégainer sa casquette de citoyen militant. Fabrice Broche
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(ETX Daily Up) - Originaire du Tarn, Thomas Brail est un amoureux de la nature. Son métier : grimper dans les arbres et prendre soin d'eux. Et quand leur survie est menacée, il n'hésite pas à dégainer sa casquette de citoyen militant. Quitte à s'installer en haut des branches et à ne plus redescendre pendant plusieurs jours d'affilée pour empêcher leur destruction.

"Déçu". Le terme sonne sans doute comme un euphémisme pour décrire l'état d'esprit de Thomas Brail, arboriste grimpeur professionnel, fortement médiatisé depuis le mois de mai pour ses actions militantes en faveur de la sauvegarde des arbres. Début juin, il a même entamé une grève de la faim pour empêcher la destruction d'arbres dans le cadre du projet d'aménagement urbain autour de la Tour Eiffel.

Une action rondement menée depuis le sommet d'un platane centenaire situé au pied de la Tour Eiffel, à l'issue de laquelle Thomas a réussi à obtenir un rendez-vous avec deux représentants du gouvernement. Plus précisément avec la ministre de la Transition écologique Amélie de Montchalin et le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau pour discuter de la protection des arbres au niveau national.

Deux semaines plus tard, lundi 20 juin, Thomas est de retour à Paris. Cette fois, il est accompagné de dix personnes : des membres du Groupe national de surveillance des arbres, association qu'il a fondée en 2019. Mais au lendemain du second tour des législatives, le contexte politique ne lui profite pas. Thomas et sa délégation sont finalement reçus par des secrétaires de cabinet du ministère de la Transition écologique, mais sans la présence d'Amélie de Montchalin. Et aucun représentant du ministère de l'Agricuture n'est présent.

"Même si on ne s'attendait clairement pas à un miracle, on aurait au moins aimé voir quelqu'un de l'agriculture. On a essayé d'aller au ministère pour montrer que l'on s'était déplacés depuis l'autre bout de la France, mais on nous a clairement fermé les portes", explique-t-il à ETX Studio. Une scène que l'on peut revoir dans une vidéo postée sur le compte Twitter de Thomas.

De jardinier municipal à grimpeur arboriste

Ancien jardinier municipal et aujourd'hui grimpeur-arboriste professionnel certifié, Thomas n'en est pourtant pas à son premier coup médiatique. En 2019, il s'accroche à un platane pendant trois jours d'affilée à Mazamet, commune du Tarn dont il est originaire. À l'époque, neuf arbres centenaires étaient menacés d'être abattus.

"Je suis allé voir le maire, que je connaissais un peu, pour lui demander pourquoi il était prévu d'abattre ces arbres. Il n'y avait pour moi aucune logique : ces platanes se portaient bien. À la fin du rendez-vous, j'ai dit au maire, sur le ton de la blague, que j'espérais ne pas avoir à m'accrocher aux arbres pour empêcher leur destruction. Il m'a assuré que non. Comme je connaissais la date prévue de l'abattage, j'ai continué à surveiller l'affaire. Quelques jours avant, j'ai commencé à me heurter à un mur : le maire ne répondait plus à mes appels. J'ai fini par apprendre que l'abattage avait été avancé de dix jours. Le matin même, à 5 h, je suis monté dans l'un des arbres et j'y ai dormi dans l'arbre pendant trois jours. J'avais prévenu les médias, donc mon action a été relayée. Aujourd'hui, les arbres sont toujours en place", nous raconte-t-il.

De cette première action citoyenne et militante naît une volonté de protéger activement les arbres de son pays. La même année, il part à Paris pour s'accrocher à des arbres près du ministère de la Transition écologique. Et quelques mois plus tard, il fonde le Groupe National des Arbres, association de loi 1901 destinée (comme son nom l'indique) à surveiller et protéger les arbres. "J'ai mis le doigt dans l'engrenage et finalement je n'ai jamais arrêté", nous explique-t-il. "Pendant un temps, je me suis éloigné de ma famille, je me suis même mis en difficultés financières", confie Thomas.

"On lâche rien"

Il faut dire que l'amour de la nature que cultive Thomas ne date pas d'hier. En particulier celui pour les arbres : "J'ai grandi à proximité de la forêt. Enfant, je n'avais pas beaucoup de copains car je vivais loin de la ville, sans moyens de locomotion. Alors, je passais le temps en grimpant dans les arbres, je m'inventais des histoires dans les bois. J'ai bénéficié d'une connexion privilégiée avec la nature, que tous les enfants n'ont pas la chance de connaître".

Celui qui a monté son entreprise "Cyprès de mon arbre" en 2012 a fait du diagnostic et de la gestion de parc son quotidien professionnel. Un combat qu'il mène aussi en pensant à son fils Jules, âgé de quatre et demi. "Je refuse de laisser mon gosse, lui et toute sa génération, dans la galère plus tard. Il sait pourquoi je m'absente parfois, pourquoi je grimpe dans les arbres, il connaît l'importance des forêts".

"Je grimpe dans les arbres depuis que je suis petit, j'ai appris en allant chercher des cerises, puis j'ai passé ma certification professionnelle de grimpeur-arboriste une fois adulte. Il y a à mon sens une symbolique qui renvoie à l'enfance dans le fait de grimper dans les arbres. Cela renvoie aussi à nos origines, ainsi qu'à un réflexe du cerveau reptilien qui consiste à se réfugier dans les arbres pour se protéger des prédateurs. C'est un peu toi le juge quand tu es perché dans un arbre, on prend de la hauteur".

L'un de ses chevaux de bataille et leviers d'action : faire appliquer et renforcer le L353 du Code de l'environnement, un article de loi qui interdit l'abattage d'arbres d'alignement, c'est-à-dire ceux placés en zones urbaines ou en bordure de route.

Si Thomas reconnaît qu'il ne peut pas être partout ni passer son temps suspendu dans les branches ("j'ai un enfant ainsi qu'une entreprise à faire tourner"), il se réjouit toutefois que de plus en plus de citoyens s'emparent de la cause à travers le pays. "Les réseaux de surveillance et de mobilisation en faveur de la défense des arbres se développent un peu partout en France", note-t-il.

Loin de se débiner, le militant compte bien prendre sa revanche sur son rendez-vous manqué avec les ministres : "On ne lâche rien ! On nous a promis un autre rendez-vous, on va tout faire pour l'avoir. Je suis comme un petit garçon : à partir du moment où on me promet quelque chose, il faut me le donner !".

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