Attentats du 13 novembre : le procès, indispensable à la réparation psychique ?

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    Attentats du 13 novembre : le procès, indispensable à la réparation psychique ?
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Les victimes de délits et de crimes attendent souvent le procès avec impatience. Mais ce rouage de la justice est-il suffisant pour permettre la réparation psychique lorsqu’il y a eu traumatisme ? Un éclairage s’impose deux jours après le verdict historique du procès des attentats de Paris en 2015.

Le procès des attentats terroristes du 13 novembre 2015 vient de s’achever ce mercredi 29 juin au terme de 10 mois de procès hors normes. Une étape très attendue par les parties civiles, victimes directes ou indirectes de ces attaques. Au-delà du besoin légitime de justice, celles-ci attendent souvent que le procès les aide à "guérir" de leur traumatisme. Est-ce possible ?

"Le procès peut contribuer à la réparation psychique", note Marie-Anne Gury, psychologue Expert au tribunal de Lyon. Mais il ne faut pas "lui donner une fonction magique", précise de son côté Olivia Mons, porte-parole de l’association France Victimes. Pour qu’un procès soit bénéfique en termes de réparation psychique individuelle, il faut "qu’il se passe bien". Ce qui a été le cas dans celui des attentats, où "les parties civiles ont été respectées, où les victimes ont été reconnues comme telles et où elles étaient socialement intégrées". Si ce n’est pas le cas, et que par exemple, "l’auteur présumé ne reconnait pas les faits ou la victime est malmenée, je ne suis pas convaincue que cela contribue à une réparation psychique", estime Marie-Anne Gury.

Qu’est-ce que la réparation psychique ?

Lorsque l’on est victime d’une violence volontaire, un traumatisme survient souvent. "Quelque chose est alors ‘effracté’, désorganisé dans notre espace interne", définit Marie-Anne Gury. Des réminiscences, des cauchemars, des pensées envahissantes empêchent alors la personne de vivre une vie normale, de se projeter dans des projets d’avenir. "La réparation consiste à remettre en état de fonctionnement notre psychisme, sans chercher à retrouver l’état antérieur pour autant." Pour cela et avant tout, une prise en charge individuelle sous forme de psychothérapie est nécessaire.

Le procès peut faire partie de l’autre aspect de la prise en charge. Si la personne est reconnue comme victime, "les codes et le rituel du procès peuvent aider à la réinscrire dans une forme de réalité, dans une temporalité rompue par le trauma", explique Marie-Anne Gury. "Il peut à nouveau y avoir un avant, un pendant et surtout un après" pour la victime.

Préparation et accompagnement nécessaires

Lorsque la victime a accès à un procès et souhaite y participer, "elle peut le vivre comme une étape ou une conclusion", décrit Olivia Mons. Outre la reconnaissance du statut de victime, la personne a aussi besoin d’un accompagnement pour assister au procès dans les meilleures conditions.

Les associations de victimes expliquent notamment le fonctionnement du droit. Un point essentiel car sans préparation, "le verdict peut être mal vécu", poursuit-elle. "Nous leur rappelons notamment que le procès pénal est là pour prendre une décision sur le mis-en-cause et non pour réparer les victimes." Sans cette préparation, "l’inadéquation entre la réalité et la compréhension de ce qu’est un procès peut empêcher la réparation". C’est pourquoi "nous les préparons à toutes les possibilités".

Traumatismes secondaires et survictimisation

L’accompagnement permet aussi de prévenir deux risques associés au procès : les traumatismes secondaires "qui peuvent survenir par exemple quand la personne entend une autre victime raconter un événement dont elle n’avait pas pris conscience au préalable", explique Marie-Anne Gury. Et le risque de survictimisation. C’est-à-dire le fait de se réduire soi-même à la notion de victime.

En somme, le procès peut participer à la réparation psychique, dans certaines conditions, mais "ce n’est pas parce qu’il y a procès que celle-ci se fait nécessairement", souligne Olivia Mons. Pour ce qui est des victimes du 13 novembre, France Victimes, qui a accompagné nombre d’entre elles, va "renouveler son offre de service d’ici quelques jours ou semaines pour savoir comment elles vont", indique la porte-parole de l’association. Car "la réparation psychique reste un chemin personnel" et que "l’exposition médiatique peut avoir fragilisé certaines personnes", conclut-elle.

A noter : Si vous êtes victime de violence, ne restez pas seul. Vous pouvez contacter France Victimes au 116 006 ou en vous rendant sur son site internet.

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