Rodez : le rapport qui accable la méthode Lauras au collège Fabre

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  • Christophe Lauras,  ici en 2017, au collège Fabre.
    Christophe Lauras, ici en 2017, au collège Fabre.
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Centre Presse a eu accès au rapport de l’Éducation nationale qui a conduit à la suspension de Christophe Lauras, principal du collège Fabre, en 2021.

Six pages. Et une conclusion limpide : "Le comportement de M. Lauras ne répond pas aux exigences attendues dans l’exercice de sa fonction." Cette semaine, Centre Presse s’est procuré le rapport des services de l’éducation nationale ayant conduit à la suspension du principal du collège Fabre, à la rentrée 2021. Comportement susceptible d’être qualifié de harcèlement moral, mode de management particulièrement nocif à l’égard de ses collaborateurs, des enseignants, des élèves… Signé de la main de deux enquêtrices du service public, le rapport est particulièrement accablant.

Pourtant, l’histoire débutait bien. Professeur d’histoire-géographie à ses débuts, Christophe Lauras est devenu principal de Fabre à la rentrée 2014 "fort d’une indéniable reconnaissance professionnelle, notamment en termes de volontarisme et de compétences", souligne l’enquête, après des passages à la tête des collèges de Réquista et de Pont-de-Salars. À Rodez, le natif de la préfecture œuvre rapidement à la réhabilitation et au rétablissement de l’attractivité du collège. Tout aussi rapidement, il apparaît qu’il instaure, pour parvenir à ses fins, un mode de management décrit comme "très solitaire et très autoritaire".

Premières alertes en 2017

Trois ans après son arrivée, en 2017, plusieurs alertes sont portées par les personnels du collège auprès du directeur académique de Toulouse. Ils mettent en avant leur souffrance au travail. Une enquête du Comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail départemental (CHSCTD) est lancée. Christophe Lauras est convoqué une première fois. Son appréciation générale, auparavant qualifiée d’excellente, passe alors à l’item "très bon". Un premier avertissement lui est rédigé par le directeur académique. Dans celui-ci, il est rappelé que "la mission d’un chef d’établissement consiste aussi à créer le plus de liant possible entre l’ensemble des personnels". Cette mise en garde fait son effet. Avant que le climat au collège ne se dégrade à nouveau en 2019-2020. Le 12 mai 2020, la principale adjointe du collège dépose une main courante pour harcèlement moral à l’encontre de son supérieur. Quelques mois plus tard, le ministre saisit l’inspection générale de l’Éducation qui établit et transmet un rapport sur la situation du collège. Ce dernier est transmis au procureur de la République de Rodez, "certains faits étant susceptibles de recevoir une qualification pénale", est-il précisé. Comment en est-on arrivé là ?

Selon le rapport, M. Lauras a sacrifié les ressources humaines à la réussite de l’établissement.

Un établissement auquel il s’identifiait de manière personnelle. "Fabre, c’est moi", avait-il l’habitude de dire, selon plusieurs témoignages.

Autoritarisme "malsain", emprise "dictatoriale"

Afin de "tout contrôler", le quadragénaire aurait mis en place un fonctionnement particulièrement vertical pour "centraliser l’information". Un autoritarisme "malsain" ainsi qu’une "emprise dictatoriale" sur les personnels sont décrits.

"M. Lauras a créé un système efficace, mais au prix de l’abandon de plusieurs principes (respect des personnes, savoir-vivre, dignité, intégrité). Cela engendre des situations de souffrance au travail […] C’est essentiellement envers les personnels féminins et les personnels les plus fragiles que sa manière d’affirmer son autorité est la plus déplacée, y compris devant un public", peut-on encore lire.

Et aux enquêteurs de livrer plusieurs exemples : l’agent comptable du collège, entre 2017 et 2019, a demandé son changement de poste après que M. Lauras a fait courir une rumeur selon laquelle il était ivre au bureau et lui ait interdit de prendre la parole en réunion. L’une de ses adjointes décrit pour sa part des reproches et des menaces : "Si tu veux être titularisée, tu me dois loyauté". Une autre s’est dite mise au placard et "ostracisée". Elle a déposé une main courante pour harcèlement moral. Le rapport évoque également la CPE du collège, entre 2014 et 2018, déclarée " incompétente" à la suite d’un incident. Dans son témoignage, elle évoque également des propos déplacés en salle de restauration, lui demandant si elle "aimait le sexe" alors qu’elle affichait sa volonté de participer à une formation sur la vie affective des élèves…

"Rétablir la discipline"

Le rapport de l’Éducation nationale révèle également que des professeures auraient été " la cible " de ces méthodes. L’une d’entre elles subissant une dépression sévère, une autre demandant sa mutation. Entendu, le corps enseignant, partagé dans une sorte de guerre de clans entre "pro-Lauras et anti-Lauras", a fait part de " la crainte que les bons résultats de l’établissement ne vaillent à M. Lauras un blanc-seing en tant que responsable des ressources humaines ". La cheffe du service de l’encadrement, signataire du rapport, souligne également un " mode de relation répréhensible avec les élèves ". "Un système a été mis en œuvre pour rétablir la discipline. Les cris, voire les hurlements, et la recherche de punitions constituent sa ligne éducative. Son comportement est décrit comme étant maltraitant vis-à-vis des élèves les plus en difficulté. À l’issue des conseils de classe, il convoque des élèves dans son bureau et leur hurle dessus à quelques centimètres de leur visage en les humiliant ("tu es bon à rien", "vous avez l’obligation de travailler, je dois faire respecter ça, ici l’État c’est moi"). Les élèves les plus faibles sont également victimes de son humour", dit le rapport. Avant de conclure que "malgré les nombreuses alertes, M. Lauras n’a pas fait évoluer sa posture professionnelle. S’estimant victime d’une cabale, il a contesté énergiquement les faits qui lui ont été reprochés et refusé de se remettre en question. Il s’est en outre montré intimidant, évoquant les personnalités administratives et judiciaires qu’il connaîtrait personnellement dans le département et la menace de dépôts de plaintes pour diffamation si certains témoignages persistaient".

À la suite de ce rapport et d’une commission administrative paritaire compétente dans le cadre disciplinaire, Christophe Lauras a été suspendu de ses fonctions à la rentrée 2021. Cette suspension court toujours. Lors des dernières élections municipales, il a été élu comme deuxième adjoint de la Ville.

Bien qu’il soit suspendu, Christophe Lauras est toujours fonctionnaire de l’Éducation nationale. Il ne peut donc s’exprimer sur ce rapport, devoir de réserve oblige. Selon nos informations, le Ruthénois a demandé à plusieurs reprises une rupture conventionnelle. Sans réussite. Toujours selon nos informations, l’ancien principal rejette en tout point les faits rapportés par ce rapport et aurait décidé, aux côtés de son conseil, de déposer une plainte auprès du tribunal administratif à l’encontre de l’éducation nationale.

Le dossier transmis au procureur de la République ainsi que la main courante déposée à son encontre n’ont donné aucune suite judiciaire.

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Mathieu Roualdés
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