Hausse des prix et pénurie d'aliments : est-ce le réchauffement climatique ou la guerre en Ukraine ?

  • On devrait avoir atteint le point culminant de l'inflation à la fin de l'année, à +10%.
    On devrait avoir atteint le point culminant de l'inflation à la fin de l'année, à +10%. Tanaonte / Getty Images
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Au retour des vacances d'été, l'inflation pourrait encore gonfler pour se situer à +7%. Le point culminant devrait être atteint à la fin de l'année, à +10%, selon Nicolas Léger, expert du cabinet NielsenIQ qui analyse semaine après semaine la montée des prix des produits de grande consommation. Et ce alors que le ministre de l'Economie Bruno Le Maire avance que cette inflation devrait se poursuivre jusqu'à la fin de l'année. Explications.

L'Insee a annoncé une inflation se situant à 6,2% au mois de juillet. A combien s'élève-t-elle dans l'alimentation ?
Au cours des trois premières semaines de juillet, nous avons relevé une hausse des prix des produits de grande consommation de 5,68% par rapport à la même période en 2021. La situation est inédite.

Les prix vont-ils continuer de grimper ?
Pour répondre à cette question, il faut d'abord s'intéresser à la raison de l'inflation. Les conditions climatiques expliquent pour un grand nombre de catégories de produits alimentaires pourquoi ils sont inflationnistes. Trop de sécheresse ou trop d'intempéries conduisent à de mauvaises récoltes. On pense bien sûr à la moutarde parce qu'elle est l'emblème des pénuries qui ont été observées ces dernières semaines dans les magasins. Mais cela concerne aussi les céréales dont le manque a de nombreuses répercussions. En juillet, la catégorie viande et volaille surgelée est la plus inflationniste. En l'espace d'une année, les tarifs ont progressé de 22,01%. Le coût des céréales a augmenté à cause de leurs pénuries. Les pâtes sont la deuxième catégorie la plus inflationniste, avec une hausse des prix de 17,3%.

Des graines de moutarde aux pois chiches en passant par les piments mexicains, la liste des pénuries d'aliments ne cesse de s'allonger... Malheureusement, le réchauffement climatique ne date pas d'hier. Pourquoi, en 2022, pointe-t-on autant du doigt ce phénomène comme la cause de l'inflation ?
C'est de pire en pire ! Avec le réchauffement climatique, les phénomènes sont de plus en plus marqués. Qui plus est, la problématique de la sécheresse ne touche pas que la France. Sur chaque catégorie de produits, on trouve toujours une raison climatique pour expliquer la montée des prix. Prenons, par exemple, le Brésil où les récoltes de café ont été pénalisées par un froid glacial.

La guerre en Ukraine n'est donc pas la raison principale de l'augmentation des prix dans les rayons...
C'est faux d'imaginer le conflit en Ukraine comme la première cause de la montée des prix dans les rayons ! On a eu cette impression parce que nous avons assisté à une rupture de stock d'huiles de tournesol, et que l'approvisionnement en huiles de colza a été compliqué dès le début de la guerre. Aujourd'hui, l'huile est la troisième catégorie alimentaire la plus inflationniste, à +14,1%. Mais prenez l'augmentation des prix des pâtes. Elle a été observée à partir de septembre 2021, alors que le conflit en Ukraine a éclaté le 24 février dernier...

Doit-on craindre d'autres pénuries alimentaires ?
Lorsque le prix d'une matière première est en augmentation, il faut attendre environ une année pour qu'il y ait une répercussion en magasin. C'est la leçon que nous avions retenue lors de la crise économique de 2008. Voilà pourquoi l'inflation s'est accélérée à partir de janvier dernier. Les conditions de récolte ont en effet été désastreuses en janvier 2021. Un an et demi après, nous pourrions avoir fait le tour des différents produits potentiellement "menacés". On table sur une augmentation des prix à +7% à la rentrée et d'ici la fin de l'année nous devrions connaître une inflation à +10%. Irons-nous au-delà de ce niveau ? Je n'en suis pas sûr. Par contre, la situation risque de se maintenir à ce stade.

Et à quelle échéance les consommateurs peuvent-ils espérer assister à une baisse des prix ?
Lors de la crise économique de 2008/2009, la situation a commencé à s'inverser environ une année après. Pour cette fois, après le point culminant qui pourrait intervenir à la fin de l'année, il y aura une phase de stabilisation. C'est difficile de prédire sa durée. En tout cas, elle sera plus longue que lors des précédentes crises économiques.

Centre Presse Aveyron
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