L'histoire de Réquista : il était une fois… Jehan le page et Ric Estar

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    Le marché de Réquista, une institution sur le plan national.
  • Troupeau lors de la fête de la brebis de Réquista qui se déroule en juin.
    Troupeau lors de la fête de la brebis de Réquista qui se déroule en juin. Centre Presse
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    Ici Ric Estar ! Centre Presse
  • La foire de Réquista.
    La foire de Réquista. Centre Presse
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L’histoire de Jehan, futur écuyer et chevalier au service du comte Henri II de Rodez, qui, au XIIIe siècle, a vécu l’abandon du château de Cadars pour un plateau plus luxuriant dont le nouveau village a été appelé Ric Estar, un "lieu riche"…

Je me prénomme Jehan et je viens de fêter mon dixième anniversaire. Fils cadet d’une famille respectable vivant à quelques lieux du Cadarsés, j’ai grandi, jusqu’à mes 7 ans, au milieu d’une fratrie. Ma mère, qui a toujours veillé à notre éducation, nous a inculqué droits et devoirs. Elle nous a tous initiés à la lecture et à l’écriture.

Aujourd’hui, mon enseignement est tout autre car mon souhait est de devenir écuyer à 14 ans et peut-être chevalier à 21 ? Je suis, pour le moment et depuis quelques années, page au service du comte Henri II de Rodez et j’espère pouvoir réaliser un jour mes rêves.

En descendant vers Cadars.
En descendant vers Cadars. Centre Presse

Dans une contrée reculée et boisée qui surplombe le Giffou, se dresse le château de Cadars ; c’est ici que je vis désormais. L’endroit est quelque peu austère mais ma vie s’articule autour du Seigneur à qui je sers d’escorte et pour lequel j’effectue divers services. Mes journées sont rythmées par l’apprentissage des fonctions civiles et militaires mais pas seulement… Je reçois également un éveil à la nature. J’apprends les plantes et leur bienfait, les arbres et la faune de nos forêts, j’apprends aussi à m’orienter, à lire le ciel et à l’analyser, à chasser, à pêcher…

Une vie rêvée de petit page !

J’étais loin de penser que j’allais un jour être confronté à des moments qui dépassent tout ce qu’on aurait pu imaginer. En cette fin du XIIIe siècle, au rythme des saisons, la vie dans cette vallée se déroule paisiblement. Tout un chacun vaque à ses occupations, les récoltes sont généreuses, les greniers sont abondamment remplis, les tonneaux regorgent de vin… Pourtant, malgré cette prospérité, le comte est soucieux. Je le vois s’entretenir avec ses pairs, se plonger dans la lecture de cartes, consulter de vieux recueils. Dans la grande salle, il va et vient, perdu dans ses pensées. C’est à n’y rien comprendre ! Que se trame-t-il donc ? Je m’interroge et, discrètement, je veille. En catimini, je le suis lorsqu’il se hasarde au-dehors le long de la rivière, dans cette forêt perdue. Tapi derrière les vieux arbres, je l’observe. Les jours passent ! L’hiver succède à l’automne qui à son tour laisse place au printemps. Suite à un long sommeil, la nature s’éveille et la végétation reprend vie. La campagne se colore de nuances de vert, l’air devient plus doux et agréable, c’est une explosion de senteurs. Même mon maître paraît transformé ! Il semble enfin apaisé et plus serein. Devant un tel revirement de comportement, je me questionne : que cache donc cette métamorphose ? Du bon, je l’espère !

Le plan de Ric Estar.
Le plan de Ric Estar. Centre Presse

Et puis, un beau jour, il proclame qu’une annonce de la plus grande importance sera faite après la célébration de l’office du jour de Pâques. Tous les habitants sont conviés dans l’imposante cour du château. Ils sont venus, ils sont tous là : les paysans inquiets, le couvre-chef entre les mains et quelque peu mal à l’aise, les corporations d’ouvriers, les compagnons, les hommes d’Église… Notre seigneur, homme loyal et respecté, est bienveillant avec ses sujets, leur bien-être lui tient fortement à cœur. Mais un tel rassemblement officiel ne présage rien de bon. La population est intriguée…

La croix de Cadars.
La croix de Cadars. Centre Presse

Depuis le seuil, devant l’imposante porte, la posture assurée, le maître des lieux prend enfin la parole d’une voix claire et posée. Plutôt rassurant cela. Il évoque alors sa famille, l’histoire et l’attachement au lieu… Je ne comprends pas où il veut en venir ? Certes, il assure que Cadars est un endroit tranquille mais il dit être conscient que la vie quotidienne y devient difficile. "Vos maisons en pierre ou en torchis, au sol en terre battue et mal isolées sont sommaires. J’ai pour vous d’autres ambitions et j’aspire à un meilleur avenir pour tous. Après mûres réflexions et concertations, j’ai décidé que nous allons quitter et abandonner Cadars. Nous allons nous déplacer sur le plateau où les terres sont plus fertiles, où nous pourrons commercer, ouvrir boutiques et tenir marchés. Nous pourrons accroître nos troupeaux, les diversifier, travailler, cultiver et récolter plus intensément… Je vous promets des temps meilleurs et je m’engage qu’il en soit ainsi." Son discours éloquent laissa les villageois de marbre. Pas un mot, pas un bruit, la vie se serait-elle subitement arrêtée ?

La force du désenclavement

À partir de ce jour, mon maître se montra enthousiaste et débordant d’énergie. Des projets fourmillaient dans sa tête. Il fallait s’organiser, se rassembler, partager connaissances et savoirs et… bâtir. Une cité nouvelle allait voir le jour. Le désenclavement allait devenir une force. Cela ne se fit pas sans peine et regrets, certaines familles eurent du mal à délaisser la vallée. Cette décision allait faire basculer des vies entières, mais il était le maître et son enthousiasme et ses projets finirent par convaincre les siens. Une vraie expédition que ce départ sur le plateau.

L’exode se mit en place. Les chariots de bois tirés par des bœufs chargés plus qu’il ne fallait et encadrés par des hommes ouvrirent la marche. Vint ensuite la transhumance des animaux (troupeaux d’ovins, de porcins, de caprins…), suivie par une colonne de femmes, d’enfants, de vieillards… Il était rude ce sentier qu’il les amenait vers un monde meilleur. Belair, La Boriette, Rieusec et enfin… Pourtant, le train-train quotidien allait être perturbé par un étrange et mystique événement. Avaient-ils eu raison de déserter leur village d’origine ? Une fois encore, le doute vint les effleurer. Qu’avaient-ils donc fait ou omis ? Devait-on y voir la désapprobation du Divin ? Que pouvait donc signifier tout ce mystère ?

La légende du noisetier et des taureaux !

Une statue de la Vierge, conservée au château de Cadars, disparaissait mais était chaque fois retrouvée sur un noisetier près de l’endroit où se trouve le monument aux morts actuel. Devant un tel phénomène, on finit par faire appel au "Jugement de Dieu". La statue fut fixée sur le joug d’une paire de jeunes taureaux qu’on laissa libres. Ils se dirigèrent tout droit vers le noisetier et restèrent là, immobiles. Une colombe serait alors descendue du ciel pour se poser sur l’arbuste. À l’évidence, la manifestation divine avait choisi cet endroit pour le culte de la vierge. Une chapelle fut érigée autour de cette statue et devint un lieu de pèlerinage dédié à Notre-Dame de Pitié.

Ric Estar avait définitivement trouvé sa place sur le plateau. 1292 fut une année déterminante de l’histoire locale. La bastide, idéalisée sur le plateau par le comte Henri II, fut nommée Ric Estar (qui signifie "lieu riche"). La vie y sera meilleure et plus facile que dans les gorges sauvages du Giffou. Le comte dota la ville nouvelle de coutumes et de privilèges (la charte établie alors, est consultable en mairie). Chaque famille, qui accepta de s’installer dans la nouvelle cité, reçut une parcelle et s’engagea à y construire une maison. Un marché hebdomadaire et plusieurs foires annuelles s’y déroulèrent et Ric Estar devint un lieu où il faisait bon vivre et commercer. Le pari du comte de Rodez fut pleinement réussi.

Malgré des phases nostalgiques, les villageois dans leur ensemble ne regrettèrent point et à tous niveaux, leur vie antérieure dans les bas-fonds du territoire. De Jehan le page, une fois devenu écuyer et chevalier, nous n’en saurons pas davantage si ce n’est qu’il garda dans son souvenir la nostalgie d’un petit village où la vie était paisible.

Il serait certainement heureux de constater que le Réquista du XXIe siècle est un bourg centre, dynamique, pourvu de commerces et de nombreux services. S’intéresser aux origines de Réquista est difficile car les vestiges sont rares. Mais, au travers du récit que nous venons de vous conter, un pan de l’histoire de ce petit bourg du Ségala aveyronnais a été dévoilé.

À ne pas manquer…

Le sentier de randonnée balisé "Aux méandres du Giffou" (le plan peut se trouver à l’office de tourisme) vous conduira sur les pas de notre petit Jehan. Si vous l’empruntez, soyez attentifs car on raconte qu’il hante encore la forêt. Au hasard de votre balade, vous pourrez peut-être l’apercevoir déambuler furtivement parmi arbres et futaies.À proximité du circuit, une grande croix a été édifiée et mise en place par M. Vaysse, de Bel Air, et ses amis en remplacement de l’ancienne croix séculaire.À savoir, Cadars est appelé couramment par les Réquistanais, "Réquista le vieux".Mais également…Sur le site touristique de Lincou, un sentier pédestre le long de la rivière Tarn vous invite à faire une balade bucolique.Nous vous suggérons également la visite du village et de son musée.Ne ratez pas le point de vue depuis le calvaire et la pause rafraîchissante au Domaine de l’Écrin vert. Dans la vallée du Tarn, percerez-vous le mystère de la ligne ferroviaire inachevée qui aujourd’hui est une route touristique qui ne manque pas d’intérêt ?
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