Paulin Courtial, "le paysan du Rouergue qui chante dans le désert californien !"

Abonnés
  • S’il a formé un duo, de 2015 à 2020, avec la chanteuse Alidé Sans, s’il joue aussi au sein du groupe Mbraia avec l’Aveyronnais Arnaud Cance, Paulin Courtial  (à droite) a créé CXK, avec le batteur Dimitri Kogane, en 2016. Ils ont sorti  un premier disque, "Dirècte", en 2019 et un EP, "Diga-me", deux ans plus tard. Ils étaient sur la scène de l’édition 2022 de l’Estivada à Rodez.	@Gabbie Burns S’il a formé un duo, de 2015 à 2020, avec la chanteuse Alidé Sans, s’il joue aussi au sein du groupe Mbraia avec l’Aveyronnais Arnaud Cance, Paulin Courtial  (à droite) a créé CXK, avec le batteur Dimitri Kogane, en 2016. Ils ont sorti  un premier disque, "Dirècte", en 2019 et un EP, "Diga-me", deux ans plus tard. Ils étaient sur la scène de l’édition 2022 de l’Estivada à Rodez.	@Gabbie Burns
    S’il a formé un duo, de 2015 à 2020, avec la chanteuse Alidé Sans, s’il joue aussi au sein du groupe Mbraia avec l’Aveyronnais Arnaud Cance, Paulin Courtial (à droite) a créé CXK, avec le batteur Dimitri Kogane, en 2016. Ils ont sorti un premier disque, "Dirècte", en 2019 et un EP, "Diga-me", deux ans plus tard. Ils étaient sur la scène de l’édition 2022 de l’Estivada à Rodez. @Gabbie Burns
Publié le

Originaire du Vibal, installé dans les Hautes-Pyrénées, le trentenaire conjugue l’occitan à la sauce rock.

"C’est ma langue paternelle !". Un grand sourire éclaire son visage, où brillent ses yeux clairs. Paulin Courtial est né à Rodez, en 1988, mais il a grandi sur le Lévézou, précisément au Vibal, où il a été nourri à l’occitan. Notamment par son père Jean-Louis, professeur d’histoire et chantre reconnu de la langue d’oc. "Je suis bilingue de naissance, s’amuse-t-il. Tant et si bien que, petit, j’avais du mal à distinguer qu’il y avait deux langues".

Du coup, quand il a pris occitan en option à l’école, il reconnaît qu’il avait "un temps d’avance". Il avoue également qu’il a vécu "l’incompréhension des autres, même dans mon entourage proche". Mais, il s’est appuyé sur les convictions de son père : "Il n’a jamais lâché, il a bien fait !". Après le collège à Pont-de-Salars, il a intégré le lycée Foch à Rodez pour suivre une série ES (économie et social). Avec un mélange d’histoire, d’économie et de philosophie. Il parle, lui, de "mescladis". Il ne peut s’en empêcher, c’est plus fort que lui !

Adolescent engagé, il s’est ainsi intéressé de près à la politique et à la musique. "Un héritage familial", assure l’intéressé, avec un clin d’œil à sa mère Roselyne. Parallèlement à l’enseignement vocal, elle se produit sur scène dans ses deux répertoires de prédilection : le domaine lyrique et le chant de création en langue occitane. Paulin Courtial a poussé les portes du Conservatoire à rayonnement départemental de l’Aveyron, à Rodez, à l’âge de 8 ans. Il l’a fréquenté une dizaine d’années, jusqu’à l’obtention du bac, dans la classe de guitare de Thierry Pagès. "C’est un personnage très important pour moi, souligne-t-il, encore ému. Avec lui, j’ai compris que cet instrument n’était pas que romantique". Il venait de trouver sa voie.

Rejoignant alors Toulouse pour la faculté de musicologie et la poursuite de l’apprentissage au Conservatoire régional avec Paul Ferret. Il a obtenu son diplôme d’étude musicale, mention très bien, à l’unanimité, en juin 2010. Très gourmand artistiquement, il s’est perfectionné, durant sa scolarité, en écriture, analyse, en musique de chambre mais également dans un autre instrument. Il a, en effet, commencé le basson à 19 ans pour gravir rapidement les niveaux et jouer, ainsi sous la baguette, de chefs d’orchestre toulousains réputés.

Professeur de guitare classique diplômé d’état depuis juin 2014, après à deux ans de formation à l’Institut supérieur des arts de la Ville Rose, il est professeur de guitare au Conservatoire à Saint-Gaudens. Il a quitté son Aveyron natal pour s’installer dans les Pyrénées, tout d’abord dans le Val d’Aran et désormais à Aulon, un village de moins de 100 âmes, au cœur des Hautes-Pyrénées (65), près d’Arreau. C’est là qu’il est "très impliqué" dans La Soulane, un tiers-lieu avec, notamment, un studio d’enregistrement. "C’est un espace fondamental pour moi !", insiste Paulin Courtial.

L’Aveyronnais de 34 ans fait partie de la jeune génération de musiciens qui évoluent dans plusieurs domaines. Il a toujours créé sa musique et a participé à plus d’une dizaines de groupes, allant du rock français à la rumba catalane, en passant par la musique traditionnelle occitane. "J’ai trouvé dans ma langue paternelle l’inspiration qui m’accompagne dans mes projets musicaux, insiste l’artiste. J’ai voulu être chanteur à 27 ans et l’occitan a été une évidence".

"C’est de la biodiversité culturelle"

De 2015 à 2020, il a accompagné, en particulier, en duo, la chanteuse Alidé Sans, pour plus de 200 concerts, dans quatre pays différents. Entre temps, il a donné naissance, en 2016, avec Dimitri Kogane, au groupe CXK. "C’est le paysan du Rouergue qui chante dans le désert californien", lance le trentenaire. Pourquoi chanter en occitan ? Il aime répondre par une autre question : "Pourquoi serait-il plus normal de s’exprimer en anglais, alors que nous sommes nés l’un en Aveyron et l’autre en Dordogne ?". Peut-être une idée de sujet pour le bac de... français !

En attendant, il joue aussi, depuis 2017, au sein du groupe Mbraia, en compagnie de l’Aveyronnais Arnaud Cance, bal traditionnel électrique, avec lequel il a sorti un premier album "Ton bal !", en mars 2020, chez Sirventés. Au-delà des notes qu’il égrène, Paulin Courtial est intarissable sur l’occitan et sur ses effets : "C’est une langue du territoire et le paysage est façonné par cette langue. Je suis un musicien aveyronnais qui vit dans les Pyrénées et qui fait du rock en occitan. C’est une question de biodiversité culturelle. Et je veux l’entretenir. Plus j’avance, l’occitan m’aide à comprendre mon histoire". Et de conclure : "C’est certes mon répertoire, mais, surtout, mon vecteur de transmission".

Cet article est réservé aux abonnés
Abonnez-vous pour en profiter
à partir de 1€/mois, sans engagement
  • Tous les articles en illimité sur le site et l'application
  • Le journal en version numérique dès 23h15 la veille
  • Publicités limitées
Rui DOS SANTOS
Voir les commentaires
Réagir
Vous avez droit à 3 commentaires par jour. Pour contribuer en illimité, abonnez vous. S'abonner

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?