Inflation : notre porte-monnaie en surchauffe, et celui de nos voisins européens aussi ?

  • Si les Français voient leur pouvoir d'achat grignoté par la hausse des prix, les difficultés sont encore plus rudes pour nos voisins européens.
    Si les Français voient leur pouvoir d'achat grignoté par la hausse des prix, les difficultés sont encore plus rudes pour nos voisins européens. PeopleImages / Getty Images
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(ETX Daily Up) - L'Insee vient de le confirmer : en France, les prix à la consommation, qui incluent aussi bien l'alimentaire que l'énergie, le montant des loyers ou le coût des transports, ont augmenté de 6,1% sur un an. S'il s'agit d'un record depuis juillet 1985, cet indicateur essentiel pour mesurer l'inflation autorise aussi à nous comparer aux autres consommateurs européens. Et quand on y regarde de plus près, la situation inflationniste des Français s'avère la plus enviable...

Un plein d'essence qui coûte plus cher, des paquets de pâtes mais aussi de la viande surgelée plus onéreux... La montée des prix de notre quotidien n'a échappé à personne, ne serait-ce qu'en lisant la presse pour laquelle l'inflation est un des sujets phares de cet été 2022. Avec des tarifs de l'énergie en hausse de 28,5% en juillet sur un an, mais aussi une alimentation plus coûteuse de 6,8% ainsi qu'une augmentation du coût des transports de 17,4%, les Français font face à une situation atypique. Fin mai dernier, le magazine 60 millions de consommateurs révélait dans son observatoire de l'inflation, élaboré aux côtés du cabinet NielsenIQ, que la montée des prix - que ce soit ceux de l'énergie, du carburant et de l'alimentation, nous oblige déjà à augmenter notre budget mensuel de 90 euros.

Pourtant, s'il s'agit d'un véritable effort financier pour de nombreux foyers tricolores, les difficultés sont encore plus rudes pour nos voisins européens. Dans la zone euro où l'inflation s'établit à 8,9% en juillet sur un an, avec une flambée des prix de l'énergie de 39,7% et des prix alimentaires gonflés de 9,8%, la France enregistre l'un des taux les plus faibles, avec Malte (+6,5%). A l'inverse, les niveaux les plus élevés concernent les pays baltes, et précisément l'Estonie à +22,7%, la Lettonie à +21% et la Lituanie à +20,8%. La situation est exceptionnelle : selon le Süddeutsche Zeitung, l'un des principaux journaux allemands, jamais l'Allemagne réunifiée n'avait connu un tel niveau d'inflation, évalué à 7,5%. La Scandinavie aussi, que l'on a coutume de prendre pour exemple, n'échappe pas à cette surchauffe : 8,68% en Suède, 7,79% en Finlande et 6,79% en Norvège (en juin 2022).

Sans surprise, la hausse des prix de l'énergie explique le surcoût de la vie dans tous les pays européens. En Belgique par exemple où l'inflation est plus forte qu'en France, à 9,62% sur un an, l'augmentation des prix de l'électricité et du carburant atteint 49,11%, selon le portail de la statistique Statbel. "Les principales hausses de prix enregistrées en juillet concernent les billets d’avion, les chambres d'hôtel, l'assurance incendie, la viande, l’électricité, les produits laitiers, le gasoil de chauffage, l’achat de véhicules et la taxe de circulation" indique la plateforme. A +9,24%, l'augmentation des prix des produits alimentaires abreuve aussi l'inflation.

Très chère alimentation

En Allemagne (+14,8%), mais aussi dans les pays au sud de la zone euro, les consommateurs sont clairement plombés par un caddie beaucoup plus coûteux. Les Espagnols sont les premiers concernés. Alors que le pays de Cervantes enregistre une augmentation des prix à la consommation au mois de juillet de 10,8% - soit un record depuis septembre 1984, la viande, le pain et les céréales, les produits laitiers, les oeufs et le poisson sont sujets aux plus fortes progressions de prix. La nourriture coûte en effet plus cher, +13,5% sur un an. Les Espagnols n'ont pas connu une telle augmentation de leur panier alimentaire depuis 1994. Une note salée qui s'ajoute à celle du budget de l'énergie, dont les tarifs ont explosé de plus de 50% depuis le début de l'année. Facteur plus inattendu de l'inflation espagnole : la montée du coût des vacances, avec des forfaits touristiques qui sont plus onéreux de +13%, tout comme les hébergements (+3,5%).

De l'autre côté des Alpes, on subit de plein fouet les répercussions de la sécheresse. Les récoltes plus maigres engendrent de fortes hausses de prix sur les légumes (+12,2%) et les fruits (+8,8%). En Italie, les prix de l'alimentation ont flambé de 10% par rapport à 2021, avec un panier de pâtes, de riz et de pain coûtant 115 euros plus cher. Cette année, les Italiens doivent dépenser 564 euros de plus pour leur budget alimentaire. Les désordres climatiques ne constituent pas l'unique raison de cette montée des prix. Elle est aussi le résultat des surcoûts subis par les agriculteurs. Les engrais coûtent 170% plus cher tandis que les prix de l'alimentation pour les animaux ont progressé de 90%.

Au Portugal, où l'inflation atteint 9,1%, c'est le prix du poisson qui a le plus augmenté, de 18,16% entre février et août 2022. Au cours de cette période, le prix d'un panier alimentaire a augmenté de près de 13%, d'après les calculs réalisés chaque semaine par Deco Proteste, une importante association de défense des consommateurs portugaise. "Le problème est historique : le Portugal est fortement dépendant des marchés extérieurs pour garantir l'approvisionnement en céréales nécessaires à sa consommation intérieure. Actuellement, ceux-ci ne représentent que 3,5 % de la production agricole nationale — principalement le maïs (56 %), le blé (19 %) et le riz (16 %)" explique t-elle. Et d'ajouter "et si au début des années 90 l'autosuffisance en céréales était d'environ 50%, actuellement, la valeur ne dépasse pas 19,4%, l'un des pourcentages les plus bas au monde et qui oblige le pays à importer environ 80% des céréales qu'il consomme".

En dehors de la zone euro, on ne s'en sort pas mieux. Au Royaume-Uni, les experts préparent le retour de vacances des Britanniques en anticipant une inflation estimée à 12% pour le mois d'octobre. Actuellement, elle se situe à 9,4%, un niveau jamais atteint depuis 40 ans. On vous parlait fin juillet de cette tendance autour du beurre maison auquel s'essayent les sujets de Sa Majesté. Des antivols ont même été ajoutés sur des barquettes de beurre de la marque Lurpak, dont le prix a flambé de 30% dans les magasins Morrisons. Dans les grandes surfaces britanniques, les prévisions quant à la montée des prix de l'alimentaire font trembler : +15% pour cet été, +20% en début d'année 2023. Selon les calculs du cabinet Kantar, entre la mi-avril et la mi-juillet, les prix du beurre ont flambé de 20,3%, de 17,8% pour le lait, de 13% pour la viande à burger.

Enfin, ajoutons qu'au-delà des frontières européennes, on n'échappe pas à la tendance inflationniste. Au Brésil, les prix des aliments ont flambé de 17,5% en juillet sur un an. Le journal brésilien Hora Do Povo rapporte de fortes augmentations sur des produits de base comme la papaye (99,39%), la pastèque (81,60%), l'oignon (75,15%), la fraise (73,86%) ou encore le café moulu (58,12 %).

Complétons ce panel avec un indispensable coup d'oeil sur les Etats-Unis. Car si l'inflation est en recul au mois de juillet passant de 9,1% à 8,5% grâce à la baisse notable des prix de l'essence (-7,7%) et des billets d'avion (-7,8%), le caddie des Américains continue de coûter plus cher. Les prix dans l'alimentaire ont gonflé de 13,1%, sachant que les céréales et les produits boulangers affichent la plus forte flambée tarifaire (+15%).

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