Rodez : le patron du syndicat Alliance hausse le ton devant le commissariat

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  • Fabien Vanhemelryck  (à gauche), secrétaire général, aux côtés du représentant Alliance en Occitanie,  Philippe Lavenu.
    Fabien Vanhemelryck (à gauche), secrétaire général, aux côtés du représentant Alliance en Occitanie, Philippe Lavenu. M.R.
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Fabien Vanhemelryck s’est invité hier sous les fenêtres du commissariat de Rodez pour y dénoncer les problèmes "de management". Il en a également profité pour attaquer de nouveau "le laxisme de la justice". Entretien.

Des poignées de mains chaleureuses, des bises, des drapeaux qui flottent, une équipe de l’émission Complément d’enquête, quelques phrases qui percutent devant les médias… La visite, hier, sous les fenêtres du commissariat de Rodez, du patron d’Alliance Police, Fabien Vanhemelryck, avait tout de celle d’un homme politique en campagne. Ne manquait finalement que le costume et le chauffeur, le leader syndical préférant une tenue de "flic en civil" et tenir le volant lui-même… "Chez nous, tout le monde l’aime, il dit vraiment tout haut ce qu’on pense tout bas", confiait l’un des militants du syndicat.

Un syndicat souvent au cœur de polémiques, comme il y a peu de temps lorsque Jean-Luc Mélenchon l’avait qualifié de " factieux " ou comme lorsque ses représentants assuraient que " le problème de la police, c’était la justice "

Si des élections professionnelles sont programmées en fin d’année, Fabien Vanhemelryck se refuse à dire qu’il est " en campagne ". " Je suis à Rodez en soutien de mes camarades en souffrance ", a-t-il assuré, en rapport à une enquête nationale du comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail sur les risques psychosociaux des effectifs du commissariat de Rodez.

Des conditions de travail "plus que limite"

Il y a plusieurs mois, votre syndicat a soulevé de nombreux problèmes internes au commissariat de Rodez. Votre visite s’inscrit-elle dans ce cadre ?

Rodez, j’en entends parler depuis des mois et des mois. On ne peut même plus le qualifier de "point noir", tant les risques psychosociaux sont élevés ici. On a un véritable problème avec la hiérarchie et un directeur départemental de la sécurité publique qui, comme trop souvent dans de petites circonscriptions, se comporte en baron. Nous, syndicat, on aimerait que ces personnes rendent des comptes et donnent des explications avant qu’ils ne soient mutés. Car cela revient simplement à déplacer le problème.

N’est-ce pas avant tout un souci d’effectifs et de moyens ?

Effectivement, ici on voit l’état du commissariat et on se dit que les conditions de travail sont plus que limites. Un déménagement est prévu, j’espère qu’il arrivera vite. Car quand il s’agit de dépenser de l’argent, l’État sait très bien le faire à tort et à travers mais quand il faut mettre la main à la poche pour sa police, c’est plus difficile…

Quant au problème d’effectifs, bien entendu qu’il existe. Mais cela ne peut pas être la seule solution. On peut mettre des dizaines de milliers de flics en plus dans les rues, si à chaque fois qu’ils font leur boulot en arrêtant des voyous, la justice reste laxiste, cela ne changera rien.

Vous aviez à ce sujet déclaré que "le problème de la police, c’est la justice"…

Le gouvernement doit comprendre qu’aujourd’hui, la délinquance et la criminalité sont omniprésentes et sur tous les territoires. C’est fini le temps où il y avait seulement quelques quartiers sensibles dans de grandes villes. L’insécurité règne en maître partout et la justice reste laxiste.

Forcément, lorsqu’on interpelle dix, vingt fois le même individu et qu’on le recroise le sourire aux lèvres dans la rue le lendemain, il y en a ras le bol. La police fait son boulot mais la réponse pénale n’est pas au niveau. Les sanctions ne sont pas assez élevées. Et faut pas s’étonner que ce soit le bordel après !

C’est-à-dire ?

L’impunité actuelle permet aux délinquants de faire tout et n’importe quoi. Lorsqu’on pense que la prison doit être l’exception, on n’y arrivera pas.

Il y a un véritable problème d’idéologie et de dogmatisme dans la magistrature. La peine maximale encourue pour un dealer, c’est 10 ans de prison. Pourquoi ne la prononce-t-on pas ? Cela ferait des vacances à tout un quartier ou une ville parfois !

Et c’est le même problème pour les rodéos : on ne cesse d’en parler mais tant que les auteurs ne seront pas véritablement sanctionnés, cela continuera encore et encore… Votre discours semble particulièrement marqué politiquement…

Nous ne sommes liés à personne. On parle flic, tout simplement. Aujourd’hui, ce n’est pas une posture syndicale que de dire que notre société est gangrenée par la délinquance.

Et quel citoyen peut dire qu’il n’y a pas de laxisme dans la justice ? Cette impunité omniprésente m’inquiète car lorsqu’on parle de chaos, d’insurrection, nous n’en sommes pas loin… Aujourd’hui, les délinquants peuvent faire tout et n’importe quoi.

N’est-ce pas néanmoins un discours populaire à quelques semaines d’une élection professionnelle ?

Si je souhaitais récolter des milliers de voix, je ne serai pas venu à Rodez mais à Marseille, à Bordeaux ou à Paris… Je suis là car je suis flic avant tout. Et ceux que les effectifs vivent ici, je n’aimerais pas le vivre. C’est notre devoir de le dénoncer.

Loïc Jézéquel : "Mon départ n’est pas pour de suite…"

L’image a certainement surpris plus d’un automobiliste. À l’heure du déjeuner, hier, le syndicat Alliance a organisé un barbecue sous les fenêtres du commissariat de Rodez ! "C’est le pot de départ avant l’heure du directeur départemental de la sécurité publique", souriaient les représentants syndicaux, tout en n’oubliant pas de préciser que la… préfecture leur avait donné l’autorisation d’occuper la voie publique. Ce qui n’a pas échappé à Loïc Jézéquel, directeur départemental de la sécurité publique dans le département et patron du commissariat de Rodez, visé par ce… pot de départ. "Au risque de décevoir, il n’est pas à l’ordre du jour", a-t-il réagi dans l’après-midi, sans cacher que cette "boutade n’est pas du meilleur goût". "C’est à l’image de la posture nationale de ce syndicat souvent rentre-dedans, voire provocateur. Le discours tenu à Rodez est à mettre en relation avec les futures élections professionnelles (en décembre, NDLR). Il y a une certaine effervescence si j’ose dire…", a-t-il indiqué. Avant de reconnaître que le commissariat "avait connu plusieurs arrêts maladies pour burn-out il y a un an mais cela est rentré dans l’ordre". "Jamais, la hiérarchie n’a refusé une demande d’entretien. Rodez connaît des difficultés, mais comme partout. Je pense même que c’est bien pire dans d’autres endroits", ajoute Loïc Jézéquel, alors que le rapport d’enquête du CHST doit être connu la semaine prochaine.
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Mathieu Roualdés
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