De Rodez à l'Agence France-Presse de Toulouse, la journaliste Florence Panoussian gratte le terrain

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  • "Nous avons créé ici nos racines, celles que nous n’avions pas. C’est notre lieu à nous."
    "Nous avons créé ici nos racines, celles que nous n’avions pas. C’est notre lieu à nous." L'Aveyronnais - Rui Dos Santos
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Arménienne d'origine par son père, survivant du génocide ayant trouvé un point de chute dans le Bassin, ayant grandi à Rodez avec sa mère, possédant une maison à Salles-la-Source, la quinquagénaire est directrice régionale de l’Agence France-presse, à Toulouse. Après avoir goûté, notamment, à l'Uruguay, à l'Afrique du Sud et à la Colombie.

"Avec mon mari Jean-Yves, petit-fils d’immigré italien, qui a grandi en Isère, dans la région de Grenoble, nous sommes des migrants. Nous avons ça dans les gênes, cela fait partie de notre ADN. Tout en restant attachés, accrochés même, à notre grande maison de Salles-la-Source, achetée en 1997. C’est notre base. Nous tenions à y revenir tous les ans, nous ne nous voyions pas passer nos vacances ailleurs. C’est notre point d’ancrage. Cela coulait de source ! Nous avons créé ici nos racines, celles que nous n’avions pas. C’est notre lieu à nous".

Fidèle à l'Aveyron

Florence Panoussian en parle avec émotion, quelques trémolos dans la voix. Directrice régionale de l’Agence France-presse (AFP) à Toulouse, elle a (par)couru le monde, très souvent en famille, mais elle n’a jamais coupé le cordon avec l’Aveyron, un département où elle n’a certes pas vu le jour (elle est née à Lyon, le 25 août 1964) mais où elle s’est posée, à Rodez, avant de souffler sa première bougie.

"C’est le fruit du hasard que ma naissance se soit passée là-bas, explique l’intéressée. Au gré des mutations de mes parents". Qui étaient aveyronnais. Pur jus pour sa mère, née Marcel, à Capdenac-Gare et qui a grandi à Decazeville. Avec des origines du côté de Bertholène (famille Fau) et de Montbazens pour ses grands-parents maternels. "Adopté" pour son père. C’est son arrière-grand-père, survivant du génocide arménien en 1922, qui, après avoir fait étape à Marseille, est devenu mineur dans le Bassin. Tandis que son grand-père travaillait lui aussi à la mine, son père a vu le jour à Combes.

Chaleureux clin d’œil ("Pas innocent, évidemment") à cet arbre généalogique familial, Florence Panoussian a consacré son premier article, quand elle a rejoint, comme stagiaire, la rédaction ruthénoise de La Dépêche du Midi à Rodez, à "Ces Arméniens bien de chez nous !". "Je suis aveyronnaise de cœur avec des origines mêlées, sourit-elle. J’ai gardé mon nom de jeune fille car ce n’est pas une histoire anodine. L’héritage est riche".

Après des études dans le privé à Rodez (Saint-Paul, Jeanne-d’Arc et Sacré-Cœur), elle a décroché son bac série B (économie) au lycée Monteil. "Mon côté rebelle était trop fort et, du coup, j’ai dû changer d’établissement en classe de première", se souvient-elle.

Fidèle à l’AFP depuis plus de 30 ans

Elle a alors choisi la faculté de droit d’Aix-en-Provence, avant de rejoindre Toulouse pour sa maîtrise en histoire des idées politiques. Elle hésitait entre être avocate, juge ou diplomate. "Avec l’idée de voyager", précise-t-elle. Pour son mémoire, elle a opté pour un travail sur un thème précis : "Mrap (mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) et SOS racisme défendent les mêmes valeurs mais n’arrivent pas à s’entendre".

C’est là qu’un de ses professeurs l’a encouragée à tenter les concours de journalisme. Elle n’a pas oublié : "La première fois, je me suis fait "bananer" à cause des questions d’actualité, alors que j’avais maîtrisé le reste". La seconde a été la bonne, après un an de césure outre-Manche, afin de maîtriser davantage l’anglais, et quelques stages à La Dépêche du Midi. Si elle avait réussi l’ESJ de Lille, elle a préféré intégrer le CFJ Paris, où elle est restée de 1987 à 1989. Le jury avait apprécié sa réflexion écrite sur "La politique peut-elle être un métier ?". Elle avait sollicité, notamment, Marc Censi et Jacques Godfrain".

L'AFP a frappé à sa porte

Florence Panoussian n’a pas eu le temps de souffler car l’AFP (Agence France-presse) a frappé à sa porte. Tout d’abord en CDD, avant d’être titularisée, à Bordeaux, trois ans plus tard. C’est là qu’elle a débuté sa collection de tampons sur son passeport : Caen, Paris, Montevideo (Uruguay), Paris, Johannesburg (Afrique du Sud), Paris, Bogota (Colombie) et, enfin, Toulouse depuis juin 2021. Dans ce bureau, la directrice régionale s’appuie sur un effectif de neuf personnes. Ces quatre rédacteurs, deux photographes, deux assistantes et une commerciale (sans compter les pigistes) interviennent sur toute l’Occitanie (sauf Hérault, Gard et Lozère, car il y a une agence à Montpellier) et Andorre. "Je reste sur mes terres", sourit-elle.

Maman de trois enfants (un garçon né à Caen, une fille qui a vu le jour à Rodez et une deuxième fille adoptée en Afrique du Sud à l’âge de 9 ans), elle est donc fidèle à l’AFP depuis 1989. Elle en parle avec flamme : "L’avantage, c’est qu’on peut changer de métier, de poste, de ville, de pays... Il n’y a pas d’autre média qui offre cette possibilité. International qui plus est, laissant le temps de prendre le pouls à l’étranger... Tu n’es pas envoyé spécial !".

Elle est intarissable sur le sujet : "Je suis une journaliste de terrain. Sans le terrain, je meurs. Je craque si, pendant plus de deux ans, on m’empêche de partir en mission. L’humain est ma priorité. Je suis l’intermédiaire entre des gens qui ont une histoire à raconter et d’autres qui veulent la connaître, en savoir davantage". La prochaine aura peut-être pour cadre New Delhi...

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Rui DOS SANTOS
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