Mort de Morgan Keane, "pris pour un sanglier" : le chasseur aveyronnais jugé ce jeudi

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  • Deux prévenus comparaissent devant le tribunal de Cahors, dans le Lot, ce jeudi 17 novembre.
    Deux prévenus comparaissent devant le tribunal de Cahors, dans le Lot, ce jeudi 17 novembre. Centre Presse Aveyron - José A. Torres
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Originaire de Montbazens, il comparait devant le tribunal de Cahors ce jeudi matin. Il encourt jusqu’à trois ans d’emprisonnement. Le directeur de la battue est également poursuivi.

Quand on accumule les fautes comme dans le cas de la mort de Morgan Keane, ce n’est plus un accident. Autant de bêtises accumulées, c’est un meurtre !" Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, est célèbre pour défendre bec et ongles les siens, avec plus ou moins de tact. Pourtant, devant le Sénat en février dernier, il n’avait pas mâché ses mots sur l’accident de chasse qui a coûté la vie à Morgan Keane, le 2 décembre 2020 dans le Lot.

Ce jour-là, le jeune homme de 25 ans coupe du bois dans sa propriété de Calvignac. Dans la forêt adjacente, se déroule une battue organisée par la société de chasse locale. Elle vire au drame quand Morgan Keane reçoit une balle en pleine poitrine. Il décède sur le coup, devant les yeux de son frère, Rowan.

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Le tireur, un Aveyronnais, venait d’obtenir le permis…

Le tireur, Julien F., venait de l’Aveyron, de Montbazens précisément. À 35 ans, il avait obtenu son premier permis de chasse seulement six mois auparavant et il connaissait mal les lieux. Lors de la battue, il était posté sur un terrain où la chasse n’était pas autorisée. Selon ses premières déclarations, il aurait confondu la victime avec un sanglier… Ce jeudi, Julien F. comparaît devant le tribunal de Cahors. Il sera assisté par l’avocate aveyronnaise, Me Sylvie Bros.

Poursuivi pour homicide involontaire, le prévenu encourt jusqu’à trois ans d’emprisonnement, 75 000 euros d’amende, l’interdiction de détenir une arme pendant cinq ans ou encore le retrait de permis de chasse à titre définitif.

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Fait rare, il ne sera pas seul dans le box des prévenus. Le directeur de la battue, un chasseur expérimenté de 51 ans, est poursuivi pour les mêmes faits. Selon l’AFP, les enquêteurs ont pointé des "failles" dans l’organisation générale de la battue : des participants quittaient notamment leurs postes ou se déplaçaient sans autorisation pendant la traque, montrant leur ignorance des positions des autres chasseurs et "créant une insécurité dans les tirs".

Surtout, ce procès et la décision de justice qui s’en suivront sont particulièrement attendus. Pour beaucoup, la mort de Morgan Keane a été érigée en symbole de l’anti-chasse. Ou du moins de l’accident de trop… Les amis de la victime ont créé le collectif "Un jour, un chasseur". Très actif sur les réseaux sociaux, il collecte toutes les informations sur les comportements abusifs liés à cette pratique ancestrale. Récemment, le collectif a même publié un manifeste "Chasser tue aussi des humains". Il y a un an de cela, une pétition a récolté plus de 100 000 signatures, ce qui permettait aux amis de la victime d’être reçus et auditionnés par le Sénat. Objectif : encadrer et sécuriser davantage la pratique. En interdisant par exemple de chasser les mercredis et dimanches… Finalement, seules deux préconisations du collectif sont retenues : l’instauration d’un délit d’alcoolémie et une demi-journée sans chasse.

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Le procès d’un système ?

Léa Jaillard est l’une des cofondatrices du collectif. Elle sera présente ce jeudi au tribunal. En espérant saluer la mémoire de son ami mais également bousculer tout un système. "Au-delà du tireur et du directeur de battue, il y a à nos yeux d’autres responsables dont l’État qui a autorisé la chasse pendant le confinement et les tribunaux qui n’ont jamais prononcé de peines dissuasives pour accident de chasse", confie-t-elle à nos confrères de France Bleu.

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L’avocat du frère de la victime, Me Benoit Coussy, regrette pour sa part que "d’autres chasseurs ne soient pas poursuivis pour ne pas avoir alerté de la présence de Morgan et (de son frère) Rowan à proximité" ou pour avoir quitté les lieux après le coup de feu mortel, sans prêter assistance à la victime. À cela, le président de la Fédération des chasseurs du Lot met l’accent sur la responsabilité individuelle du tireur aveyronnais. La Fédération s’est d’ailleurs constituée partie civile dans ce procès. "Les règles élémentaires n’ont pas été respectées. Si on tire, il faut savoir sur quoi on tire. Ces règles ont permis en 20 ans de diviser par quatre le nombre de morts liés à la chasse", a indiqué à plusieurs reprises Willy Schraen. Les débats s’ouvriront à 8 h 30 ce jeudi matin.

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Mathieu Roualdés
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