Mort de l'Aveyronnais Morgan Keane tué par le tir d'un chasseur : les enjeux d'un procès emblématique dans le Lot

  • Le 23 janvier 2021à Cahors, les amies de Morgan marchaient avec 300 personnes pour la victime.
    Le 23 janvier 2021à Cahors, les amies de Morgan marchaient avec 300 personnes pour la victime. LA DEPECHE DU MIDI - MICHAEL FABRE
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Le 2 décembre 2020, Morgan Keane, un Aveyronnais de 25 ans, succombait à la balle d’un chasseur alors qu’il coupait du bois devant chez lui, à Calvignac. Ce jeudi 17 novembre matin, le tireur, également Aveyronnais, et le directeur de la battue organisée sont jugés à Cahors, dans le Lot, pour homicide involontaire. Un procès très attendu qui cristallise les tensions entre pro et anti-chasse.

Deux ans après la mort de Morgan Keane à Calvignac, le procès du chasseur et du directeur de battue se déroule ce jeudi 17 novembre matin, au tribunal correctionnel de Cahors dans le Lot. Les proches de la victime de 25 ans attendent un dénouement à cette affaire qui cristallise les débats entre pro et anti-chasse. Sur le banc des prévenus, fait assez rare en France pour être souligné, Julien F. le chasseur aveyronnais de 35 ans ne sera donc pas seul. Laurent L., le directeur de la battue organisée par l’association la Diane cajarcoise comparaît également pour homicide involontaire.

Deux prévenus

Une volonté du parquet de Cahors de faire la lumière sur une chaîne de responsabilités. La fédération départementale de chasse du Lot qui s’est constituée partie civile, préfère parler de son côté d’une responsabilité individuelle et demande des explications. "Il n’est pas acceptable, en tant qu’organisateur, qu’on ne se mette pas du côté des parties civiles pour demander des comptes aux auteurs mis en cause […] L’acte individuel de chaque chasseur par rapport à l’utilisation de son arme relève de sa responsabilité. Ne pas tirer est aussi un acte de chasse", nous expliquait Jean-François Cau, le premier vice-président de la fédération.

Ses amies veulent des réponses

Plus que le procès du tireur et du directeur de la battue, c’est le procès de la chasse que certains attendent. Depuis la mort de leur ami d’enfance, les membres du collectif Un jour un chasseur militent pour une "meilleure sécurisation de la pratique de la chasse" et ont demandé au Sénat, dans le cadre d’une mission de contrôle parlementaire, des jours sans chasse. Proposition finalement retoquée dans le rapport du Sénat. Les Lotoises ne comptent pas en rester là : elles ont saisi la Cour des comptes qui a accepté d’ouvrir un rapport sur le financement de la chasse en France.

"Accident" pour les uns, "drame de la chasse pour les autres"

Responsabilité, accident… Il ajoutait : "Le directeur de la battue n’est pas un chef d’entreprise, il n’a pas de responsabilité morale vis-à-vis des chasseurs. C’est comme si on faisait le procès des pro et des anti voitures, toutes les activités humaines comportent des risques". Dans une interview accordée à La Dépêche du Midi, Willy Schraen, le patron des chasseurs en France bottait aussi en touche concernant la responsabilité de la fédération : "L’erreur humaine existe dans tous les domaines, je ne peux pas porter cette responsabilité. Une personne a été tuée par la négligence". Au-delà de la question de la responsabilité, les avocats contestent la notion d’accident. D’un côté, Maître Sylvie Bros, l’avocate aveyronnaise du chasseur est catégorique : "Il est très clair qu’il s’agit d’un accident. Je n’ai pas la prétention de dire qu’il n’y a pas de discussion à ce sujet, mais tout de même, c’est très limpide à ce jour". De l’autre côté, Maître Benoît Coussy, l’avocat bordelais de Rowan Keane, le frère de la victime maintient sa position : "Il s’agit d’un drame de chasse. Le terme accident a été utilisé à tort depuis le début de cette affaire et il me paraît inapproprié car il renvoie à ce que l’on pourrait appeler l’excuse de chasse".

Encore des zones d'ombre

Lui, milite pour la création d’un" crime de chasse". Les deux prévenus risquent chacun trois ans de prison. La justice doit aussi, aujourd’hui, éclaircir des zones d’ombre qui demeurent dans ce dossier. Les chasseurs avaient-ils identifié Morgan Keane dans l’après-midi avant que l’un des leurs ne tire sur le jeune homme ? La victime qui coupait du bois et portait un casque de chantier avait-elle bien fait usage d’une tronçonneuse au moment du drame ? Et surtout, les règles de sécurité ont-elles été respectées lors de la battue ?

Manon Adoue
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