La champagne pourrait réduire son bilan carbone en utilisant le marc de raisin comme matériau isolant

  • La Champagne pourrait fournir son marc de raisin au secteur du bâtiment pour construire du matériau isolant biosourcé.
    La Champagne pourrait fournir son marc de raisin au secteur du bâtiment pour construire du matériau isolant biosourcé. Alphotographic / Getty Images
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(ETX Daily Up) - De l'engrais, du bioéthanol ou même de la nourriture pour le bétail... On sait déjà revaloriser le marc de raisin issu de la production de champagne (les aignes). Mais, de nouvelles pistes de travail permettraient de réduire l'empreinte carbone du vignoble des rois tout en diminuant aussi celle du secteur du bâtiment.

D'ici 2050, la Champagne s'est donnée pour objectif de réduire de 75% les émissions carbone de ses exploitations. Pour ce faire, le vignoble des rois s'est associé à l'Ademe (l'agence de la transition écologique) afin de mettre en oeuvre le "diagnostic carbone champagne", qui permet à trente nouveaux vignerons installés de bénéficier d'un bilan carbone personnalisé. Cela inclut aussi bien l'analyse des sols que des conseils agro-pédagogiques. Selon le Comité Champagne, la filière a déjà réussi à amoindrir de 14% ses émissions de gaz à effet de serre au cours des quinze dernières années. Le travail est titanesque : l'interprofession estime à 10.000 tonnes la quantité de déchets générée chaque année par la production de l'élixir à bulles.

Parmi les nombreuses pistes engagées, une économie circulaire s'est installée autour de la revalorisation de ce que l'on appelle les sous-produits issus de la vinification. Cela peut être des bourbes, des lies ou encore du marc de raisin. On sait déjà recycler ces déchets en huile de pépins de raisin, en bioéthanol, ou même en nourriture pour le bétail. Si l'on a trouvé un bon moyen de donner une seconde vie aux sarments - le bois récupéré lors de la taille des vignes, en les réintégrant dans le sol, de nouveaux travaux permettraient de faire d'une pierre deux coups en réutilisant le marc de raisin comme matériau isolant pour les bâtiments, à la place de la laine de verre ou du polystyrène.

En Champagne, on l'appelle cela des aignes. Ce sont des résidus qui mélangent aussi bien des rafles - les branches sur lesquelles sont accrochées les baies, que des pépins ou la peau des raisins. C'est exactement cette même matière que l'on envoie en distillerie pour produire le fameux marc de champagne, l'eau-de-vie que l'on fait vieillir en fût de chêne pour obtenir un breuvage racé et imprégnant. A l'université de Reims Champagne-Ardenne, la doctorante Céline Badouard s'intéresse précisément à ce sous-produit parce que sa proportion est énorme dans le vignoble. D'après la présentation de la thèse de la chercheuse, la Champagne en génère près de 100.000 tonnes par an, une proportion à comparer avec la quantité totale produite sur l'ensemble du territoire français, soit 850.000 tonnes.

Le résultat de ces recherches prennent la forme de plaques d'aignes qui sont assemblées par un adhésif issu lui-même de marc de raisin. Non seulement, celles-ci apportent une nouvelle solution de valorisation des déchets issus du pressurage du raisin en Champagne, mais elles sont aussi un moyen de réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur de la construction. D'après cette thèse, l'industrie du bâtiment constitue la filière la plus consommatrice d'énergie au sein de l'Union européenne (à hauteur de 31%), et est responsable de 23% des émissions de gaz à effet de serre générées par cette même aire géographique.

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