Comment l’industrie du sport poursuit sa transition écologique 

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    Comment l’industrie du sport poursuit sa transition écologique 
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Transport, énergie, gestion des déchets… L’industrie du sport a un impact environnemental non-négligeable. Pour autant, depuis plusieurs années, nombre d’entités sportives rivalisent d’ingéniosité pour tenter de devenir des modèles d’écoresponsabilité. Si l’impact sociétal est toujours mis en avant, la recherche d’image et l’espoir d’attirer de nouveaux investisseurs ne sont pas à négliger.

" Ce matin, on a discuté avec la société avec laquelle on fait nos déplacements pour savoir si on ne pouvait pas se déplacer en char à voile. " Cette phrase prononcée par Christophe Galtier, l’entraîneur du Paris Saint-Germain, en conférence de presse à la veille d’un match de Ligue des Champions, est devenue en quelques heures l’emblème d’un sport professionnel mauvais élève sur les questions environnementales. Pourtant, en France comme en Europe, les mentalités évoluent et les initiatives ne manquent pas pour tenter d’inverser la tendance.

Un verdissement général en Europe

Sur le Vieux Continent, les entités sportives sont de plus en plus nombreuses à avoir pris en compte l’aspect écologique dans leur fonctionnement quotidien. Pour rester dans le football et dans l’Hexagone, on peut notamment citer l’OGC Nice et son stade doté d’un système de récupération des eaux de pluie. Nos voisins européens ne sont pas en reste. En Angleterre, le Liverpool F.C utilise très souvent le train pour aller jouer aux quatre coins du royaume. De l’autre côté des Pyrénées, le Real Madrid arbore des maillots conçus à base de déchets plastiques récoltés dans l’océan. Enfin, aux Pays-Bas, l’Ajax Amsterdam a fait réaliser les sièges de son stade à base de canne à sucre.

Qu’en est-il du côté des structures moins médiatisées ? Au Stade Briochin, club de football évoluant en National (3e division française), l’écologie a récemment été prise à bras le corps. Coralie Labbé, directrice générale, explique les actions mises en place depuis un an par le club breton : "Nous voulons faire construire un potager pour que les cuisiniers puissent se fournir localement et nous allons très prochainement composter nos déchets alimentaires. L’ensemble de nos licenciés possèdent des gourdes et nous sommes passés aux gobelets recyclables à l’intérieur de notre stade, doté depuis peu d’un éclairage LED. Notre prochain gros chantier concerne notre équipementier, car nous souhaitons voir avec ce dernier dans quelle mesure la production des équipements que nous utilisons soit relocalisée et ne vienne plus uniquement Chine. Nous offrons également une seconde vie à l’ensemble de nos produits invendus grâce au projet Sportingoodz."

Parlons également de Fair Play For Planet, dont le directeur général Julien Pierre, ancien joueur du XV de France, conseille notamment l’Olympique Lyonnais (OL). Le club rhodanien est très en avance par rapport à la moyenne française, notamment car il est l’un des rares pensionnaires de Ligue 1 à être propriétaire de son stade. " Ils possèdent un parking à vélos couvert de 500 places pour leurs supporters et le tram arrive au pied du Groupama Stadium", souligne Julien Pierre. " Au niveau de gestion des déchets au jour le jour, ils sont au top. L’OL dispose également d’une grosse capacité de panneaux photovoltaïque. Enfin, ils ont créé un potager pour les cuisines du club, mais aussi pour sensibiliser les jeunes du centre de formation à la consommation de produits locaux. "

Si l’industrie sportive tend au verdissement, le CO2 généré par les déplacements incessants des athlètes et de leurs supporters reste néanmoins problématique à l’heure actuelle.

La question des transports dans le viseur

En matière d’émissions de gaz à effet de serre, la question des transports est primordiale. Entre les déplacements pour les matchs à domicile comme à l’extérieur, ceux dédiés aux entrainements, sans compter les trajets des supporters, la note peut vite devenir très salée. Pour exemple, la Coupe du monde de football organisée sur un mois en Russie en 2018 a généré 2,1 millions de tonnes de CO2, l’équivalent de l’impact écologique de 200 000 Français sur un an.

Au Stade Briochin, la problématique des transports a été mise sur le tapis en 2021. " À compter de février 2023, tous les supporters munis d’un billet peuvent se déplacer au stade gratuitement en transport en commun", explique Coralie Labbé, la directrice générale. " Nous allons également installer des parkings à vélo à proximité de notre enceinte. " Pour ce qui est des déplacements de l’équipe professionnelle aux quatre coins de la France, Coralie Labbé assure que son club utilise les transports en commun au maximum même si ce n’est pas toujours simple : " Passé 23h, il n’y a plus de train qui circulent. Nous ne prenons l’avion que pour nous rendre en Corse, sinon la plupart du temps nous voyageons en bus. "

Même son de cloche du côté de l’USAM Nîmes Gard, club de handball évoluant en première division française. " 98 % du temps, les trajets s’effectuent en train ou en bus en ce qui concerne l’équipe professionnelle", assure David Tebib, le président. Quid de la récupération des joueurs ? " Le temps étant l’ennemi du sportif de haut niveau, nous sommes parfois obligés de faire quelques entorses à notre règlement pour le bien-être physique de nos athlètes", ajoute-t-il.

Julien Pierre résume la situation : "Les équipes pros doivent prendre davantage le train, c’est évident, pour réduire leur empreinte carbone mais aussi pour le devoir d’exemplarité. Après entre faire un Paris-Nantes ou un Nice-Rennes, ce ne sont pas les mêmes problématiques. Si le transport représente entre 80 et 90 % du bilan carbone des entités sportives, les déplacements des joueurs constitue elle entre 5 et 15 % des émissions de gaz à effet de serre. Il faut davantage travailler sur la mobilité douce des supporters pour avoir un impact significatif. "

Si la question des transports semble toujours être un véritable casse-tête pour nombre d’entités professionnelles, même si la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra a laissé entendre la possibilité de supprimer les matchs en soirée, celle des déchets a quant à elle été prise en considération depuis plusieurs années.

La gestion des déchets, vecteur de sensibilisation

Un match de football de Ligue 1 génère 10 tonnes en moyenne. " Chez nous, une brigade de bénévoles va prochainement circuler les soirs de match dans les gradins pour faire de la prévention ", explique Coralie Labbé, directrice générale du club de foot de St Brieuc. " Des affiches seront également disposées un peu partout dans le stade pour expliciter notre action et inciter au tri. Enfin, nous souhaitons également nous associer avec une entreprise du Finistère pour le recyclage des mégots collectés durant les rencontres et qui seraient transformés en mobilier urbain. "

David Tebib, président de l’USAM Nîmes Gard, est également un ardent défenseur de la cause écologique. " Nous avons installés des bacs de tri sélectif dans notre salle car nous souhaitons sensibiliser les 3 000 à 3 500 spectateurs que nous recevons en moyenne par match. Nous avons également supprimé toutes les bouteilles en plastique dans notre enceinte et l’ensemble de nos joueurs possèdent des gourdes. L’idée est d’appliquer le zéro plastique à l’ensemble de nos 600 licenciés, filles et garçons. " Le club gardois ne s’arrête pas là puisqu’il mène également plusieurs initiatives à l’échelle du département. " Deux fois par an, des joueurs de l’effectif professionnel se rendent dans différents quartiers de Nîmes pour ramasser des déchets et ainsi sensibiliser les citoyens à la cause écologique ", ajoute David Tebib. " Nous réalisons la même opération sur le littoral méditerranéen avec notre équipe réserve et des enfants du club. C’est important de montrer l’exemple et d’être des citoyens modèles. "

À l’image des entreprises, les structures sportives n’hésitent plus à mettre en avant leur politique RSE (responsabilité sociétale des entreprises). Une façon d’impliquer ses salariés et ses supporters, mais aussi une opportunité pour faire venir plus facilement des investisseurs.

Mobiliser les supporters pour valoriser sa RSE et attirer les sponsors

Si le Stade Briochin est un acteur sportif, il est également un acteur de la vie locale. " Un club ne vit pas que par ses résultats sportifs, il doit être aussi un vecteur de bonnes pratiques. C’est à nous de montrer l’exemple pour emmener notre communauté", précise Coralie Labbé. Les clubs peuvent mener toutes les actions qu’ils veulent, sans le soutien de leurs supporters, ils n’iront pas bien loin comme l’explique David Tebib, président de l’USAM Nîmes Gard : " Il faut impliquer tout le monde ! Nous avons la chance d’avoir des supporters engagés qui soutiennent nos actions, c’est une véritable chance pour le club, la ville et le département. "

Mobiliser ses supporters est également un puissant moyen de valoriser sa responsabilité sociétale. En matière de RSE, le Stade Briochin est parti de zéro au début de l’année 2022. " Nous avons évolué très vite sportivement ces dix dernières années. Maintenant que du côté du terrain, nous sommes bien structurés, notre objectif est de développer davantage notre politique sociétale. " L’USAM quant à lui met en avant sa RSE à travers une charte globale, publiée sur son site et valorisée notamment par un partenariat avec l’UNICEF.

Outre les économies générées par la prise de conscience écologique, la bonne image renvoyée, l’écoresponsabilité est aussi un parti pris qui attire plus facilement les sponsors et peut générer des revenus. Si Coralie Labbé nous assure que personne n’a encore frappé à sa porte depuis que le club breton communique sur sa politique RSE depuis un an, David Tebib concède que les actions vertes de l’USAM Nîmes Gard lui ont permis de consolider certains partenariats. " Les clubs sont des entreprises comme les autres ", souligne Julien Pierre. " Si on veut embarquer un maximum de monde pour la cause environnementale, il faut savoir rester pragmatique. Personne n’investira à perte, il faut obligatoirement un retour sur investissement, aussi vert soit-il."

La société a évolué rapidement ces dernières années en matière d’écologie et le monde sportif ne peut pas rester en marge de ces questions. Si " le football, il a changé " pour reprendre une célèbre tirade de Kylian Mbappé, les mentalités dans l’industrie du sport également. " Il est encore un peu tôt pour parler de véritable transformation en matière d’écologie ", estime l’ancien rugbyman Julien Pierre. Certains manquent d’outils, de temps ou de connaissances sur le sujet, mais il y a une véritable prise de conscience des acteurs du milieu. " Il y a quelques années, on me disait ‘Comment va-t-on faire pour devenir écoresponsable ?’ Aujourd’hui, le discours est davantage axé sur le moment opportun pour commencer à structurer et à valoriser ces actions. "

BPI France
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