"On est sur le qui-vive, on attend une autre vague" : face à l'épidémie de choléra, Mayotte reste en alerte face au risque d'explosion des cas

  • 65 cas ont été recensés et un décès, celui d'un enfant âgé de 3 ans.
    65 cas ont été recensés et un décès, celui d'un enfant âgé de 3 ans. MAXPPP - Eric Audra
Publié le
Clémence Mart

L’épidémie inquiète les médecins sur place : 65 cas ont été recensés et une fillette de 3 ans est décédée cette semaine. Mais pour le ministre de la Santé, la situation est "sous contrôle".

Apparue le 18 mars dernier avec des premiers cas arrivés des Comores, l’épidémie de choléra à Mayotte a touché pour le moment 65 personnes, dont une fillette de 3 ans décédée mercredi 8 mai, selon le dernier bilan communiqué par le ministère en charge de la Santé, Frédéric Valletoux, vendredi.

"L'épidémie circonscrite"

En déplacement sur l’île, le ministre a affirmé que l’épidémie est à présent "sous contrôle" et "circonscrite". Pour autant, peut-on être complètement rassuré ou bien existe-t-il un risque que la situation s’aggrave à Mayotte, voire que l’épidémie s’étende à la métropole ?

"Le risque que la situation s'aggrave est évident"

Une médecin généraliste dans un dispensaire de Mamoudzou, la capitale du 101e département français, estime que "le risque que la situation s’aggrave est évident". Car s’il n’y a pour l’instant qu’un seul foyer, le quartier de Kirson à Kongou, où 3 700 personnes ont été vaccinées, "il y a énormément de quartiers de la sorte sur l’île", où la maladie risque de proliférer en raison du manque d’accès à une eau propre. "On est sur le qui-vive, on attend une autre vague", affirme la médecin. "Rien ne nous dit que demain, les cas n’exploseront pas dans un autre quartier".

Les restrictions d'eau 

Les restrictions d’accès à l’eau ont été allégées mais perdurent. "On est encore coupés un jour sur trois pendant 24 heures", témoigne la médecin. Ceux qui n’ont pas d’accès à l’eau potable se lavent les mains et font leur vaisselle dans la rivière où coule une eau potentiellement contaminée. "Les conditions sanitaires sont dramatiques et font que ce n’est pas possible que la maladie disparaisse du jour au lendemain", précise la médecin.

Quant au risque que l’épidémie de choléra puisse s’étendre à la métropole, il semble minime. "La maladie est intimement liée au manque d’hygiène mais c’est le manque d’accès aux soins qui fait qu’on peut en mourir".

Une problématique à laquelle le gouvernement entend répondre en poursuivant "des distributions d’eau autant que nécessaires" et en installant "des rampes d’eau dans certains quartiers de l’île", a précisé le ministre chargé de la Santé.

Un seul hôpital et cinq urgentistes

Mais Mayotte est confronté à de nombreuses difficultés, notamment au niveau du système de santé en place sur l’île, qui ne compte qu’un hôpital et cinq urgentistes pour quelque 310 000 habitants, selon les chiffres officiels de la population, probablement sous-estimés.

"Les équipes ici souffrent parce qu’elles sont soumises en permanence et depuis longtemps à des rythmes extrêmement tendus", a constaté Frédéric Valletoux.

Notre contact sur place nous le confirme : cette crise du choléra s’ajoute à celle déjà existante du manque de moyens et d’effectif médical, alors même que d’autres maladies comme la dengue ou d’autres formes de diarrhées importantes sévissent.

Le ministre a affirmé que des travaux d’extension et de modernisation de l’hôpital, dont le coût s’élèverait à 242 millions d’euros, devraient démarrer "dans quelques semaines". Les pouvoirs publics se sont aussi engagés à construire un deuxième hôpital dans une autre partie de l’île.
Une lueur d’espoir pour les Mahorais de voir la situation sanitaire sur l’île s’améliorer, et qu’émerge, enfin, un système de santé "digne de ce nom".

Car "c’est frustrant qu’on ne parle de Mayotte dès lors qu’il commence à y avoir des cas graves, alors que le système hospitalier est déjà défaillant depuis longtemps, privant la population d’un recours à des soins normaux".

150 000 cas dans le monde

Depuis le début de l’année jusqu’au 29 avril, l’Organisation mondiale de la santé a recensé 151 866 cas de choléra dans le monde, dont 1 807 morts. L’épidémie touche majoritairement le continent africain et le Moyen-Orient. L’Afghanistan est le pays le plus touché, avec près de 36 000 cas enregistrés pendant les quatre premiers mois de l’année. Suivi par la Zambie, qui a décompté plus de 20 000 cas sur la même période, dont 637 morts, chiffre le plus élevé au monde. Ces données sont bien probablement sous-estimées : "Plusieurs pays ne disposent pas d’un système de communication de l’information sur le choléra", précise l’OMS.

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Les commentaires (1)
VMM666 Il y a 11 jours Le 12/05/2024 à 09:33

Ah... Mayotte ! ses plages de sable blanc, ses cocotiers, ça fait rêver non ? Heureusement c'est un département Français pas un pays du tiers monde ???