Des "résultats sanitaires médiocres" : ce rapport qui met en danger des maternités de l'Aveyron

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  • L’hôpital Jacques-Puel de Rodez a réalisé 1 162 accouchements l’année dernière.
    L’hôpital Jacques-Puel de Rodez a réalisé 1 162 accouchements l’année dernière. Archives JAT
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Philippe Henry

Un rapport de la Cour des comptes déplore les "résultats sanitaires médiocres" de la France en matière de périnatalité. Plusieurs pistes sont évoquées par l’institution afin de permettre une meilleure prise en charge du premier trimestre de la grossesse jusqu’à l’âge d’un an de l’enfant. Parmi ces préconisations, la fermeture des maternités qui réalisent moins de 1 000 accouchements par an, ce qui entraînerait un risque pour les patientes. Les sites de Villefranche-de-Rouergue, Millau et Saint-Affrique seraient donc concernés.

Au mois de mars 2023, un rapport de l’Académie de médecine préconisait déjà la fermeture de 111 des 452 maternités de France métropolitaine, soit 25 % des établissements, qui réalisaient moins de 1 000 accouchements par an.

La Société française de médecine périnatale (SFMP) jugeait la mesure indispensable afin d’améliorer la prise en charge et l’offre de soins. " Il est impératif de repenser et de réorganiser notre système de soin périnatal, car, aujourd’hui tous les indicateurs sont au rouge ", avait prévenu la SFMP. Tout récemment, la Cour des comptes a livré un nouveau rapport dans lequel l’institution rappelle " les résultats sanitaires médiocres " de la France dans le domaine périnatal.

L’Hexagone pointe à la 22e place sur 33 pays européens en ce qui concerne la mortalité néonatale. Alors que la France occupait la deuxième place en 2012. Un constat préoccupant d’autant plus inquiétant que "les moyens consacrés à la politique de périnatalité sont toujours plus importants (9,3 milliards d’euros en 2021, en hausse de 9 % par rapport à 2016)" alors que "la natalité recule (-5,6 % sur même la période)".

Pour la Cour des comptes, les petites maternités sont considérées plus à risques pour les mères et leurs nourrissons. "Si le taux de mortalité néonatale français avait été identique à celui des meilleurs pays européens, près de 40 % des décès enregistrés en France entre 2015 et 2017 auraient pu être évités, soit 2 079 enfants", estiment les auteurs du rapport.

Moins de 300 accouchements par an

D’ailleurs, depuis 1998, en effet, les maternités n’atteignant pas 300 accouchements annuels doivent cesser leur activité, "au regard d’exigences de qualité et de sécurité des soins". Mais une vingtaine de maternités dérogent toujours à ce seuil minimal de 300 accouchements annuels. En Aveyron, deux établissements sont particulièrement concernés : Saint-Affrique (169 accouchements en 2021 contre 239 en 2016) et Millau (286 en 2023 contre 266 en 2016), d’après les données de l’Insee. Les maternités de Villefranche-de-Rouergue et de Rodez ont réalisé, respectivement 356 accouchements en 2023 et 1 162 l’année dernière. Au sein de l’hôpital Jacques-Puel, en 2022, 1 267 accouchements avaient été réalisés contre 1 325 en 2021 et 1 241 en 2020.

Une diminution importante que l’on peut associer à une chute de la natalité observée depuis plusieurs mois en France. Pour Pascal Mazet, aide-soignant au centre hospitalier de Decazeville, secrétaire départemental de la CGT Santé et conseiller régional PCF, ce nouveau rapport ne peut que susciter "toujours plus d’inquiétudes pour des services publics qui sont régulièrement la cible de ce genre de rapport".

Celui-ci déplore toujours la fermeture de la maternité de Decazeville en 2017, "tout cela pour faire des économies".

"Les seuils d’accouchement sont sans cesse relevés, poursuit-il. Quelle sera la prochaine étape ? En général, lorsque la Cour des comptes publie un rapport, les recommandations qui sont faites inspirent nos décideurs."

Avec "tous les risques que cela comporte pour la santé des femmes enceintes. On ne compte plus les accouchements qui se font dans les camions de pompiers, entre Rodez et Decazeville. C’est devenu quelque chose de banal", déplore Pascal Mazet.

Car, plusieurs études suggèrent "qu’un temps de transport prolongé peut conduire à un pronostic péjoratif pour les femmes enceintes", et qu’un "temps de trajet de plus de 30 minutes et une distance plus importante sont associés à un résultat plus défavorable pour le nouveau-né, comme cela a déjà été identifié dans d’autres études". Justement, Benjamin Arnal, directeur de l’antenne départementale de l’Agence régionale de santé (ARS), assurait que la maternité de Villefranche-de-Rouergue restait "à une distance importante de toute autre maternité. Il reste important de la conserver. Il en va de même pour l’hôpital médian de Saint-Affrique et Millau pour lequel nous souhaitons qu’une maternité soit conservée".

Les maternités aveyronnaises doivent également conjuguer avec des problèmes récurrents de personnels. Même si la direction de l’hôpital de Villefranche-de-Rouergue a récemment assuré que "qu’avec le recrutement d’un médecin chef gynécologique à temps plein, la maternité s’est redressée", et que son avenir n’était donc plus en sursis, celle de Saint-Affrique, entre le 27 avril et le 8 mai 2023, connaissait un épisode qui avait marqué les esprits : faute de personnel, l’établissement refusait les accouchements.

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