Dix ans après le drame de Clichy, la justice va enfin trancher

  • Croquis d'audience représentant les policiers Sébastien Gaillemin et Stéphanie Klein lors de leur procès devant le tribunal correctionnel de Rennes, le 16 mars 2015
    Croquis d'audience représentant les policiers Sébastien Gaillemin et Stéphanie Klein lors de leur procès devant le tribunal correctionnel de Rennes, le 16 mars 2015 AFP/Archives - BENOIT PEYRUCQ
  • Siyakha Traore (g) et Adel Benna, les frères  de Bouna Traore et Zyed Benna, les deux adolescents morts dans un site EDF en 2005, au dernier jour du procès de deux policiers à Clichy-sous-Bois, le 20 mars 2015
    Siyakha Traore (g) et Adel Benna, les frères de Bouna Traore et Zyed Benna, les deux adolescents morts dans un site EDF en 2005, au dernier jour du procès de deux policiers à Clichy-sous-Bois, le 20 mars 2015 AFP/Archives - GEORGES GOBET
  • Une affiche faisant référence à la mort de Zyed Benna et Bouna Traore, lors d'une manifestation contre la brutalité policière, le 18 mars 2015 à Rennes
    Une affiche faisant référence à la mort de Zyed Benna et Bouna Traore, lors d'une manifestation contre la brutalité policière, le 18 mars 2015 à Rennes AFP/Archives - GEORGES GOBET
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Centre Presse Aveyron

Le tribunal correctionnel de Rennes rend lundi sa décision sur les éventuelles responsabilités des deux policiers poursuivis pour non-assistance à personne en danger après le drame de Clichy-sous-Bois, qui a coûté la vie à deux jeunes dans un site EDF en 2005.

Si cet événement avait mis le feu aux banlieues françaises pendant trois semaines, au point que le gouvernement avait décrété l'état d'urgence, cette fois c'est à Rennes, et dans un climat serein, que la justice doit rendre sa décision, très attendue par les familles de victimes comme par les policiers mis en cause.

"Dix ans, ça suffit", lance à l'AFP Daniel Merchat, l'avocat des policiers, qui "attendent la décision". Mais "ce ne sera une délivrance que si c'est une relaxe. L'affaire s'arrêtera là".

Si le tribunal prononce la relaxe, requise par le parquet et réclamée par la défense, aucun appel ne sera en effet possible. Par contre, "si c'est une déclaration de culpabilité, il y aura des recours", prévient Me Merchat.

Lors du procès, qui s'est tenu du 16 au 20 mars, une phrase était au cœur du dossier.

Lors d'une course poursuite entre jeunes et policiers, Sébastien Gaillemin, gardien de la paix affecté à l'époque à la police de proximité, avait déclaré, en voyant des jeunes se diriger vers une installation électrique: "S'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau".

Il a expliqué pendant l'audience avoir réagi ainsi après avoir vu deux "silhouettes" enjamber un grillage délimitant un cimetière, et pénétrer ainsi dans un petit bois dans lequel, cinq mètres plus loin, un mur interdisait l'accès au site EDF.

Lors du procès, il s'est excusé auprès des familles d'avoir tenu ces propos sur la radio de la police, à l'écoute de laquelle était sa collègue Stéphanie Klein, alors policière stagiaire, accusée elle aussi de ne pas avoir réagi.

Tous deux ont comparu devant le tribunal, très émus, face aux familles de victimes venues réclamer des réponses.

Jean-Pierre Mignard, l'un des deux avocats des familles de victimes et du troisième jeune rescapé de l'accident, a souligné auprès de l'AFP les "conditions irréprochables" dans lesquelles s'est déroulé ce procès dont les parties civiles attendent désormais "la reconnaissance de la non-assistance à personne en danger". "A nos yeux, elle ne fait aucun doute", a-t-il assuré. "Nous voulons que l'infraction soit nommée, que l'on nomme délit ce qui en est un".

- Quête de vérité -

Car les avocats des parties civiles se disent certains que Sébastien Gaillemin savait que trois des jeunes mis en fuite 10 minutes plus tôt par d'autres policiers étaient entrés sur le site EDF où, le 27 octobre 2005, à 18H11, Bouna Traoré, 15 ans, et Zyed Benna, 17 ans, mouraient électrocutés.

Ils avaient escaladé une porte pour se cacher dans un local en béton abritant une réactance, un dispositif très dangereux situé sur le site EDF de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), comme le signalait un message d'avertissement de danger situé sur le côté du local. Leur camarade Muhittin Altun, 17 ans, qui en a réchappé, a été brûlé sur 10% du corps.

M. Gaillemin a expliqué avoir vérifié, par deux fois, qu'il n'y avait personne dans le site EDF avant de rebrousser chemin, et être à ce moment-là certain que les jeunes n'y étaient pas.

"N'ayant pas conscience du danger, il ne peut pas lui être reproché de ne pas avoir agi pour y remédier", a considéré la procureure adjointe Delphine Dewailly.

Le tribunal devra estimer si les policiers, qui n'ont jamais fait l'objet de sanction en interne, avaient connaissance d'un danger certain et imminent pour les jeunes, et surtout s'ils ont volontairement omis d'alerter les secours.

Les familles des victimes, ainsi que le jeune rescapé, réclament au total près de 1,6 million d'euros de dommages et intérêts. Les deux fonctionnaires encourent jusqu'à cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende.

Source : AFP

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