Espoir de réinsertion pour l'un, "dangerosité" pour l'autre: deux jihadistes français condamnés

  • Le tribunal de Paris
    Le tribunal de Paris AFP/Archives - LOIC VENANCE
  • L'avocat de Zakaria Chadili, Martin Pradel, le 11 mars 2015 à Paris
    L'avocat de Zakaria Chadili, Martin Pradel, le 11 mars 2015 à Paris AFP/Archives - KENZO TRIBOUILLARD
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Centre Presse Aveyron

Espoir de réinsertion pour l'un, revenu en France après six mois en Syrie, contre "dangerosité" de l'autre, actif au sein du groupe État islamique: la justice a condamné vendredi deux jihadistes français à six et dix ans d'emprisonnement.

Le tribunal de Paris a fait une nette distinction entre Zakaria Chadili, 28 ans, et Ziyeid Souied, 22 ans, partis ensemble en Syrie au début de l'année 2014, et jugés pour association de malfaiteurs en vue de commettre des actions terroristes.

Contre le premier, détenu en France depuis environ un an et demi, le parquet avait requis sept années d'emprisonnement et une période de sûreté des deux tiers.

Il n'a pas été entièrement suivi par le tribunal qui a condamné à six années d'emprisonnement, sans période de sûreté, ce qui, en théorie, permet des aménagements de peine dans quelques mois.

Le président a parlé de "nécessaire répression" devant un Zakaria Chadili immobile, crâne rasé, barbe rousse fournie et t-shirt bleu foncé, mais aussi de "volonté de réinsertion".

Il a aussi évoqué la "fragilité psychologique" du prévenu, et un contexte familial "problématique": des parents séparés, des rapports compliqués des enfants avec leur mère, une Française convertie au soufisme, mouvance mystique de l'islam.

A l'audience, le 8 décembre dernier, Zakaria Chadili avait raconté une radicalisation rapide à l'été 2013, au moment du jeûne du ramadan. Disant vouloir "se rapprocher de Dieu", il se brouille avec ses proches, enregistre sur son ordinateur des photos en hommage à Ben Laden, consulte la page Facebook d'un recruteur de jihadistes.

En janvier 2014, il part pour la Syrie, pour "aider" la population face aux "horreurs" infligées par le régime de Bachar al-Assad, assure-t-il au tribunal. Il fait "un peu de course à pied, un peu de cardio" et, quand il ne publie pas des photos d'un chaton adopté sur Facebook, s'initie à la kalachnikov: "C'est pas très difficile. En 15 minutes tout le monde peut apprendre ça".

- 'Prise de distance' -

Suivent une mission "de surveillance" avortée sur le front, et une phase d'inaction: "Je traînais." A la fin du printemps 2014, son père organise son retour et son hébergement par un oncle en Grande-Bretagne, pays dans lequel il est arrêté en juin 2014, avant la proclamation d'un "califat" par le groupe État islamique.

Son avocat Martin Pradel, qui craignait un "amalgame" entre son client et les auteurs des attentats du 13 novembre, a estimé vendredi que le tribunal avait "entendu la prise de distance" de son client avec ses agissements passés. Il a jugé que Zakaria Chadili avait désormais "une chance de démontrer" sa volonté de réinsertion.

En ce qui concerne l'autre prévenu, Ziyeid Souied, jugé en son absence, le président du tribunal a au contraire insisté sur sa "dangerosité".

Le tribunal a en ce qui le concerne suivi les réquisitions, en prononçant une peine de dix années d'emprisonnement à l'encontre du jihadiste.

Aux dernières nouvelles, Ziyeid Souied avait prêté allégeance au groupe État islamique et travaillait dans la "police" de l'organisation, tout en participant au recrutement de jihadistes étrangers.

Selon une source proche du dossier, les enquêteurs ont notamment obtenu des renseignements sur son parcours par une jeune femme que le jihadiste a épousée religieusement en Syrie, et qui a été entendue après être rentrée en France l'an dernier. Elle a donné des détails sur les diverses missions de Ziyeid Souied pour le groupe État islamique, sur les rémunérations qu'il percevait (un "salaire de 100 dollars" pour "des surveillances") ou sur les armes du couple.

Un proche de Ziyeid Souied, resté en contact avec lui après son départ en Syrie, a lui raconté, selon une source proche du dossier, que le jeune homme né à Gap (Hautes-Alpes) se vantait d'être l'un des meilleurs dans ses entraînements. Et d'être surnommé pour cette raison "la pile électrique".

Source : AFP

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