Le yagé, un rituel amazonien converti en phénomène urbain

  • Début d'une cérémonie autour du yagé, une plante hallucinogène, sous la direction d'un chamane, le 9 août 2014, à la Calera, sur les hauteurs de Bogota
    Début d'une cérémonie autour du yagé, une plante hallucinogène, sous la direction d'un chamane, le 9 août 2014, à la Calera, sur les hauteurs de Bogota AFP - Eitan Abramovich
  • Breuvage obtenu à partir de lianes, le yagé est proposé le 9 août 2014 lors d'une cérémonie dirigée par un chamane, près de Bogota
    Breuvage obtenu à partir de lianes, le yagé est proposé le 9 août 2014 lors d'une cérémonie dirigée par un chamane, près de Bogota AFP - Eitan Abramovich
  • Le chamane donne à boire du Yagé lors d'une cérémonie autour de ce rituel séculaire des indigènes d'Amazonie, le 9 août 2014 près de Bogota
    Le chamane donne à boire du Yagé lors d'une cérémonie autour de ce rituel séculaire des indigènes d'Amazonie, le 9 août 2014 près de Bogota AFP - Eitan Abramovich
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Centre Presse Aveyron

Rituel séculaire des indigènes d'Amazonie, la boisson à base de yagé, une plante hallucinogène, s'est converti en phénomène urbain en Colombie. Elle attire même de plus en plus les touristes étrangers. Parfois au péril de leur vie.

A la Calera, sur les hauteurs de Bogota, Miguel Garcia, un Mexicain de 42 ans, est venu participer à une séance d'ivresse collective, en compagnie d'une trentaine de personnes, sous le contrôle d'un chamane, issu de l'ethnie Kämentsa, qui officie en poncho et coiffé d'une couronnes de plumes.

"Je viens en Colombie pour boire le yagé parce que ça me permet de me sentir bien et d’avoir de bonnes vibrations. C’est là que je recharge mon énergie", lance à l'AFP cet ingénieur de profession, qui a déjà effectué pas moins de cinq déplacements dans le pays andin.

"C'est un voyage qui peut t'emmener loin, depuis la création du monde jusqu'à l'enfer", ajoute-t-il, enveloppé dans une couverture au motif léopard, le front ceint d'un bandeau.

Breuvage obtenu à partir de lianes, le yagé, appelé aussi ayahuasca, constitue depuis des milliers d'années un remède pour les communautés d'Amazonie et des Andes en Colombie mais aussi au Brésil, en Equateur, au Pérou ainsi que certaines régions de Bolivie et du Venezuela.

Parmi ses composés, une substance stupéfiante, la diméthyltryptamine (DMT), entraîne visions et hallucinations.

Interdite dans plusieurs pays et considérée comme un psychotrope par l'Organe international de contrôle des stupéfiants des Nations Unies, elle est toutefois tolérée pour son usage traditionnel en Amérique latine.

"Cela sert à soigner beaucoup de maladies. Cela aide à se libérer de son ego, de sa colère, à apprendre la patience", assure le chaman, Juan Martin Jamioy. "Ce remède, c'est comme un psychologue de l'esprit, il te parle directement et te dit des vérités", poursuit-il, en soulignant l'attrait que suscite le rituel pour les étrangers.

- "La liane des esprits" -

"Il y a beaucoup d'Européens qui viennent. Là-bas, la vie est différente. Ils cherchent la connaissance et les chemins spirituels, ils sont lassés de leur vie monotone", explique-t-il.

Fabian Sanabria, directeur de l'Institut colombien d'anthropologie et d'histoire, rappelle que cette tradition est très ancienne. On retrouve des statues précolombiennes représentant des chamanes le visage tordu ou en train de vomir, l'un des premiers effets produits par la plante.

Désormais, "cela attire et séduit beaucoup de personnes dans le monde contemporain", indique l'anthropologue.

En langage indigène, ayahuasca signifie "la liane des esprits". Voix intérieure, communion avec des parents décédés, contact avec l'inconscient: les témoignages évoquent toute sorte d'expérience.

"Cela t'emmène dans le passé et te fait rappeler des choses nécessaires", confie à l'AFP Sergio Berejano, un designer de 24 ans. Sous l'effet du yagé, il raconte entendre en lui une voix bienveillante qu'il appelle son "grand-père" et qui l'aide à résoudre ses problèmes personnels.

Malheureusement les aventures oniriques peuvent parfois très mal se terminer, d'autant que de faux chamanes ont saisi l'intérêt de ce nouveau filon.

Un mauvais mélange peut ainsi provoquer des tachycardies, de l'anxiété, des attaques de panique, voire même la mort. En avril dernier, un touriste britannique de 21 ans a succombé à une intoxication lors d'un rituel célébré dans la région du Putumayo, dans le sud de la Colombie.

Ricardo Diaz, un sociologue qui tient la revue "Visions de chamane" et organise lui-même des sessions autour du yagé, met en garde: "C'est toujours une intoxication, mais c'est une intoxication contrôlée".

Déconseillant l'usage du yagé à des fins récréatives car "ce n'est pas une partie de plaisir", il recommande de faire appel à un chamane expérimenté et d'observer au préalable une diète évitant les viandes rouges, le lait, l'alcool et les drogues.

Source : AFP

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