Sida: la France peut mieux faire en matière de dépistage

  • Malgré 25 ans de campagnes de dépistage en France, plus d'un quart des découvertes de séropositivité se font toujours à un stade trop tardif.
    Malgré 25 ans de campagnes de dépistage en France, plus d'un quart des découvertes de séropositivité se font toujours à un stade trop tardif. mrtom-uk / IStock.com
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(AFP) - La France pourrait être plus efficace en matière de dépistage du VIH, en diffusant davantage les nouveaux outils disponibles tels que l'autotest, estiment plusieurs organismes et associations à l'occasion de la 30e journée mondiale de lutte contre le sida, organisée samedi.

"Un dépistage doit être simple, répété, fréquent, banalisé", plaide l'association Vers Paris Sans Sida.

Permettre que chacun connaisse son statut - séropositif ou séronégatif - constitue "un objectif majeur pour accéder au traitement et enrayer l'épidémie" en évitant de nouvelles contaminations, souligne le Conseil national du sida (CNS).

"Ce dépistage doit être aussi accessible qu'un test de grossesse", insiste Michel Sidibé, directeur général d'Onusida, dans un rapport intitulé "Savoir c'est pouvoir".

Or "en France, la proportion des personnes vivant avec le VIH qui connaissaient leur statut sérologique en 2016 est estimée à 86%", selon l'Inserm, un taux qui "ne progresse pas significativement depuis plusieurs années", précise le CNS.

C'est plus que la moyenne mondiale (75%), mais sous les 90% visés par l'ONU et nettement en deçà de l'objectif de 95% d'ici 2020, fixé en 2017 par le précédent gouvernement pour "en finir avec l'épidémie du sida d'ici 2030".

"Cet objectif ne sera probablement pas atteint", avertit le CNS.

Autre chiffre préoccupant, publié lundi par Santé publique France: malgré 25 ans de campagnes de dépistage, plus d'un quart des découvertes de séropositivité se font toujours à un stade trop tardif.

Le nombre de porteurs du VIH en France étant évalué à environ 172.700, cela signifie qu'au moins 24.000 personnes sont séropositives sans le savoir. "Le dépistage du VIH doit encore être intensifié dans les populations les plus exposées", encourage Santé publique France.

- "Très simple d'utilisation" -

Pour faire mieux, les acteurs de la lutte contre le sida s'accordent à dire qu'il faut utiliser tous les outils disponibles, en s'adaptant à la population visée. Mais, à côté des laboratoires d'analyse (5,6 millions de tests réalisés l'an dernier), "la mise en oeuvre des nouvelles modalités de dépistage demeure nettement insuffisante", déplore le CNS.

Les capacités d'accueil des centres publics gratuits (les CeGIDD) "sont saturées dans certains territoires", le déploiement des tests rapides d'orientation diagnostique (TROD) "est limité par les moyens humains et financiers dont disposent les acteurs associatifs" (55.770 tests en 2017) et le recours aux autotests "apparaît insuffisamment promu et demeure marginal" (73.000 vendus en pharmacie l'an dernier), détaille l'organe consultatif.

Dans une étude sur l'utilisation des autotests par la population homosexuelle publiée lundi, Santé publique France conclut à "l'intérêt de cet outil", qui "pourrait occuper une place plus importante dans le dispositif de dépistage", car il permet de toucher des "profils très différents" (jeunes jamais dépistés, hommes réticents à l'idée de se rendre dans les centres de santé, etc.).

300.000 autotests ont été vendus en pharmacie ou en ligne depuis leur autorisation en septembre 2015, selon AAZ, le fabricant du premier modèle vendu. Si on le trouve désormais dans la plupart des pharmacies, le prix - autour de 20 euros - "reste un frein", juge Jérôme André, directeur de l'association HF Prévention, malgré le taux de TVA réduit depuis 2017.

Les associations de lutte contre le sida en distribuent aussi gratuitement, grâce à des financements des collectivités locales et des autorités sanitaires.

"On voit des publics qui ne vont pas forcément en dépistage", souligne Jérôme André, dont l'association distribue 4.000 autotests par an lors de ses opérations dans les centres commerciaux, universités, sur les marchés, etc. "Les gens ont confiance en l'outil, c'est très simple d'utilisation et aussi fiable qu'en laboratoire", dit-il à l'AFP.

Pour familiariser avec cet outil, "stratégique" pour les personnes devant se dépister fréquemment, l'association Vers Paris sans sida a annoncé une distribution cette semaine, "Le test est dans le sac", en partenariat avec la Mairie de Paris et l'Agence régionale de santé. Les médecins volontaires pourront aussi en distribuer, dans le cadre d'une étude.

La capitale, "ville française la plus touchée par l'épidémie", expérimentera également l'an prochain la possibilité de réaliser des tests gratuits sans ordonnance dans les laboratoires d'analyses.

Relaxnews
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