Hausse des prix des vaccins Pfizer et Moderna, une "logique commerciale" qui pose question

  • Les vaccins Moderna et Pfizer seront payés plus chers par les Etats. Justifié ?
    Les vaccins Moderna et Pfizer seront payés plus chers par les Etats. Justifié ? Repro CP - Archives
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Le prix devait rester confidentiel, mais la renégociation des contrats entre les laboratoires Pfizer, BioNtch, Moderna et l'Union européenne a finalement été dévoilée... avec une hausse des tarifs. Pas illogique d'un point de vue strictement commercial, mais pas vraiment nécessaire d'un point de vue éthique...

 

Le prix d'un vaccin Pfizer devrait passer de 15,50 euros à 19,50 euros et celui de Moderna de 19 euros à 21,50 euros, comme l'affirme le Financial Times après avoir eu accès aux contrats.

Des accords qui devaient à la base rester confidentiels, mais qui ont finalement été dévoilés.

La Commission européenne a accepté l'augmentation des prix et elle y trouve son compte... tout en refusant à tout commentaire.

Selon Midi Libre, plusieurs explications de cette augmentation du prisx de ces deux vaccins peuvent être dégagées.

  • Meilleurs face aux variants. D'abord, face à la propagation inquiétante du variant Delta sur le territoire, les vaccins Pfizer et Moderna sont les plus efficaces et assurent ainsi la plus grande protection par rapport aux autres vaccins. Une position de force qui autorise de négocier les prix à la hausse. De plus, les laboratoires s'appliquent à faire évoluer leurs vaccins pour qu'ils soient adaptés au mieux aux différents variants. De nouvelles recherchent qui entraînent une hausse du coup de base susceptible d'être répercutée sur le prix de vente.
  • Troisième dose à l'horizon. Face à l'immunité et aux différents variants, certains pays réfléchissent déjà à une troisième dose à injecter. L'Allemagne a déjà décidé de proposer à partir de septembre un rappel vaccinal contre le Covid-19 aux personnes vulnérables comme les retraités ou les individus présentant des déficits immunitaires.  Et ces rappels seront effectués à l'aide des vaccins à ARNm de Pfizer/BioNTech et Moderna, quels que soient les précédents vaccins administrés. Si la France devait en faire de même, les stocks devraient être plus conséquents. Les commandes européennes devraient donc être supérieures pour éviter une pénurie au moment des besoins. Une nouvelle manne financière pour Pfizer et Moderna.
  • Payer pour être les premiers servis. Pourtant, comme toutes les transactions commerciales, plus il y a de commandes en quantité plus le prix à l'unité est revu à la baisse, c'est la loi du marché.  La commission a opté pour une autre option : celle de la disponibilité. Pour être livrée en temps et en heure, et surtout être prioritaires, il faut mettre le prix par rapport à d'autres pays. L'Union européenne a donc ainsi protégé ses arrières en acceptant la hausse des prix. Lors des premières commandes de vaccins, les laboratoires avaient privilégié les livraisons pour les pays qui avaient payé le prix fort comme le Royaume-Uni et Israël et avaient livré dans un deuxième temps ceux qui avaient négocié le prix au plus bas... comme ceux de l'Union européenne. Encore la loi du marché.
  • Cher, mais moins cher que... D'après un rapport du comité d'alerte sur l'évolution des dépenses d'Assurance maladie, le coût des tests PCR et antigéniques devrait représenter 133 € par Français de plus de 12 ans et les vaccins moins de 100 € par personne vaccinée. Moderna et Pfizer peuvent donc considérer qu'une augmentation de prix de leurs vaccins, qui protègent contre le virus au contraire des tests qui ne font que limiter ou contrôler sa propagation, est tout à fait "raisonnable", vu que ceux-ci de plus peuvent éviter une hospitalisation très onéreuse.

Des bénéfices eux aussi en hausse

Au-delà de bénéfices supplémentaires, une logique marchande qui semble décalée avec la situation de crise sanitaire actuelle. Avec cette hausse des pris de leurs vaccins, les deux sociétés pharmaceutiques vont évidemment augmenter ses bénéfices, même si selon l'agence allemande Scope elle est en dessous de 10 à 15 % par rapport à d'autres firmes sur des produits récents. 

Rappelons quelques chiffres.

  • Alors que le duo BioNTech-Pfizer prévoyait en mai  d'engranger quelque 26 milliards de bénéfices en 2021, selon La Tribune, il a depuis revu ses prévisions à la hausse, à 33,5 milliards de dollars, soit des ventes de vaccins près de 30 % supérieures à ce qu'il anticipait.
  • Du côté de Moderna, on prévoyait en mai des bénéfices de 18 milliards de dollars, selon Le Monde. S'il n'y a aucun chiifres sur une correction à la hausse des bénéfices escomptés par le laboratoire américain, selon France Soir, les bénéfices de l'entreprise dirigée par le Marseillais Stéphane Bancel  (dont la fortune s’élève maintenant à 4,3 milliards de dollars) "sont progressivement placés dans certains des pires paradis fiscaux du monde, prévient un récent rapport du Centre de recherche sur les sociétés multinationales). Moderna avait déjà créé une filiale en Suisse, filiale qui encaisse notamment les commandes réalisées par l'Union européenne, ce qui lui permet aussi d'avoir un taux d'imposition sur les sociétés très bas.

Des "logiques commerciales", certes, mais discutables au regard de la situation sanitaire et sociétale mondiale. 

Alors, avec ces bénéfices à la hausse pour Pfizer et Moderna, les hausses du prix de leurs vaccins s'imposaient-elles vraiment ?

 

 

L. R., avec L. C.
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