Rodez : une statue place de la Cité au cœur d’une polémique

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    Rodez : une statue place de la Cité au cœur d’une polémique
Publié le , mis à jour

Pour qui fréquente la place de la Cité, elle fait figure d’indéboulonnable. Normal diriez-vous quand on sait que cela fait plus de 140 ans que la statue de Mgr Affre observe les passants de la place, à l’ombre tutélaire du clocher de la cathédrale. Et à l’heure où la réflexion sur la réfection de cette place du centre historique s’accélère, plusieurs voix s’élèvent. Car la statue n’entre plus dans les plans de la « nouvelle » place. Et des Ruthénois ne souhaitent pas tourner la page de 140 ans de présence. Mais avant que le ton ne monte de trop, petit retour en arrière sur l’histoire de la statue et de cet illustre personnage, avec la complicité de Jacques Boutet, féru de l’histoire locale, et auteur notamment de notre rubrique « Hier encore » qui a fait le régal de nos lecteurs durant une année.

Jacques Boutet aime à rappeler en préambule que cette statue n’est tout d’abord qu’une réplique de celle érigée à Saint-Rome-de-Tarn. C’est dans ce village du Sud-Aveyron, le 28 septembre 1893, que Denys Auguste Affre est né.

Sacré archevêque de Paris en 1840, « ce qui marque la mémoire et couronne la carrière de cette éminente personnalité fut les circonstances glorieuses et tragiques de sa mort, le 25 juin 1848, alors que brandissant un rameau d’olivier sur les barricades dressées à l’occasion des insurrections ouvrières secouant la capitale, il fut atteint d’une balle dont l’origine, soit des insurgés, soit des forces de police prête à discussions », rappelle Jacques Boutet.

C’est un personnage hors-norme que ce Mgr Affre, réputé notamment pour affirmer haut et fort ses convictions. Jacques Boutet nous conte cette anecdote : « Excédé face à sa détermination, le roi Louis-Philippe l’interpella : « Prenez garde, M. l’archevêque, on brisera votre mitre sur votre tête ». Loin d’être déstabilisé, Mgr Affre lui répondit du tac au tac : « Sire, que Dieu conserve votre couronne car l’on a vu briser bien d’autres couronnes encore ». La suite des événements devait lui donner raison... Figure de la vie parisienne, des témoins de l’époque rapportent la présence de pas moins de 200 000 personnes à ses obsèques !

« En Aveyron, il existe au moins trois monuments édifiés en l’honneur de Mgr Affre. Sa ville natale Saint-Rome-de-Tarn, fut la première à honorer ce héros par l’érection d’une statue dédiée à son enfant. Offerte par sa famille, elle fut inaugurée le 4 septembre 1860. Le chef-lieu ne pouvant être en reste, les édiles ruthénois décidèrent, eux aussi, qu’une statue du prélat figure sur une place de la ville. Il fallut attendre fin mai-début juin 1876 pour qu’une réplique de l’œuvre sud-aveyronnaise soit installée sur le socle préparé à cet effet... place de la Cité ».

En Algérie, une bourgade porta jusqu’en 1963 le nom d’Affreville, baptisée ainsi 5 mois après la mort de l’archevêque. Jacque Boutet raconte : « Un comité missionna un sculpteur afin de faire réaliser une statue où l’on voit le prélat, les genoux légèrement fléchis, brandissant un rameau d’olivier d’une main et adressant un geste de paix aux belligérants de l’autre. L’œuvre achevée, elle fut, transportée dans la localité qui portait le nom du prélat. Après la guerre d’Algérie, le bronze, de 4 tonnes et 3 mètres de haut et portant des traces de balles, quitta le territoire algérien pour être acheminé, en 1964, à Saint-Rome-de-Tarn. Il est soutenu par un piédestal élevé en 1974 à l’entrée de la maison de retraite portant le nom de Denis Affre et où il est toujours visible. »

Quant à la dépouille de Mgr Affre, elle repose à la cathédrale Notre-Dame de Paris, en la chapelle dédiée à Saint-Denis. Une tombe surmontée d’un imposant gisant représentant Mgr Affre mortellement blessé.

À l’heure où l’une des places les plus fréquentées de la ville s’apprête (enfin) à être rénovée, les discussions vont aller bon train, la municipalité envisageant d’y dresser à la place une sculpture moderne, portant la signature de Nicolas Sanhes. Le maire ne souhaite toutefois pas la « remiser », mais lui offrir un nouvel emplacement. Sur le mail de Bourran ? Où aux abords de la place d’Armes, l’endroit de la ville où les manifestants ont l’habitude de se retrouver ? Voire place de la préfecture, là où forces de l’ordre et manifestants se retrouvent souvent face à face ? Allez savoir...

En attendant, l’ancien maire de la ville, Marc Censi, via les réseaux sociaux a déjà fait savoir qu’il ne souhaitait pas voir le bronze de Mgr Affre être déplacé. À suivre !

Centre Presse / Philippe Routhe
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