Justice

Jérémy Munoz, « un garçon comme les autres »

  • De gauche à droite : l’avocat général Olivier Naboulet, le conseil des parties civiles Me Laurent Boguet, l’avocat de la défense, Me Gaudy.
    De gauche à droite : l’avocat général Olivier Naboulet, le conseil des parties civiles Me Laurent Boguet, l’avocat de la défense, Me Gaudy.
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Qui était ce garçon au volant d’une Audi A3 grise qui, le 10 avril 2015, a tué le policier Benoît Vautrin, à Aubin, en tentant d’échapper à un contrôle ? Hier, les jurés de la cour d’assises, loin de la furia médiatique qui avait suivi ce drame, ont tenté, pour ce premier jour du procès au palais de Justice de Rodez, de cerner la personnalité de Jérémy Munoz. Troisième garçon d’une fratrie de quatre qui a grandi dans le Bassin. Veste sombre sur tee-shirt bleu, cheveux courts et lunettes posées sur un visage fin, il est aujourd’hui âgé de 30 ans. Au fil de l’audience, apparaît un garçon qui aimait le foot, jusqu’à imaginer faire carrière après un passage par la classe sport-étude de Baraqueville, et voulait devenir pompier. Apparaît aussi un garçon présenté comme « immature », « adulescent », entretenant une relation quasi « fusionnelle » avec sa mère. « C’est un peu la fille qu’elle n’a pas eue », a résumé une psychologue. Dépeint comme « sensible », Jérémy Munoz n’en est pas moins « insouciant ».

À 30 ans, sa vie est celle d’un garçon qui fait rire les autres mais qui joue aussi avec le feu. Son parcours scolaire est jalonné de petits problèmes d’indiscipline. Comme Benoît Vautrin, qui rêvait depuis tout petit d’être policier, lui, rêve de devenir pompier. « Une vocation » qui ne l’a jamais quitté. « Je voulais sauver des vies, et je me retrouve de l’autre côté », dira-t-il à une psychologue. Quand les collègues de Benoît Vautrin arriveront sur les lieux du choc, ils le verront en train de prodiguer les premiers soins au policier à terre. En raison d’une histoire de vidéo pornographique enregistrée sur son téléphone, alors qu’il venait d’intégrer le service départemental d’incendie et de secours de l’Aveyron, tout juste âgé de 18 ans, il prend les devants et démissionne. Il parvient toutefois à intégrer le Ceito du Larzac, pour être pompier militaire. Déchantant petit à petit face au peu de missions, se voyant reprocher des problèmes de ponctualité, il avait entamé une reconversion professionnelle avant le drame du 10 avril. « J’allais retrouver ma liberté », glisse-t-il aux jurés.

Détricotant sa vie dans le silence d’une salle d’audience pourtant bien remplie, avec de nombreux membres de la famille Vautrin d’un côté et de la famille Munoz de l’autre, la présidente Haye s’est rapprochée des faits en évoquant le « permis » de l’accusé. Délit de grande vitesse à deux reprises, conduite sous l’emprise de cannabis, il n’avait qu’un point sur un permis qu’il avait déjà perdu une première fois. Le 10 avril, sa vitesse minimale était estimée à 105 km/h avant qu’il ne heurte le policier decazevillois, dans cette zone limitée à 50 km/h...

La présidente Haye a également voulu en savoir plus sur le rapport de l’accusé avec la consommation de cannabis. « J’en ai fumé une première fois à 18 ans. Je n’en ai pas fumé à l’armée. Puis c’est venu petit à petit. Ça devenait régulier, mais ce n’était pas tous les jours. C’était les week-ends et les instants de fête. » Lors de l’accident, qui s’est produit vers 15 h 30, avait été relevé sur lui 1,85 nanogramme de THC. « J’avais tiré trois fois sur un joint à midi, avant de jouer au football », relate-t-il à la cour d’assises, à une période où il admet « fumer assez régulièrement ».

Une psychologue clinicienne a apporté elle aussi son éclairage, quant au comportement de l’accusé. « Il a un problème avec la gestion de ses émotions. Elles provoquent chez lui une perte de maîtrise de soi, de maîtrise de la situation ». Elle le décrit comme « pas transgressif mais un peu léger, inconséquent ».

Progressivement, la cour d’assises s’est donc approchée de ce funeste après-midi du 10 avril 2015 qui a bouleversé de nombreuses vies. À commencer par celle de l’épouse de Benoît Vautrin, avec qui elle a eu une fille, âgée aujourd’hui de 4 ans.

Dignement, entourée de sa famille, elle écoute les débats. Elle a fondu en larmes en entendant le prénom de sa petite. Me Laurent Boguet, leur conseil, avec une carrure de première ligne, est leur pilier dans ce procès. Rappelant à quelques reprises que les faits ne sont pas qualifiés « d’accident ». La famille de l’accusé, avec ces quatre garçons, apparaît très soudée. « J’ai grandi dans la joie et la bienveillance », raconte Jérémy Munoz. La mère apparaît comme ayant autorité sur l’éducation de ses enfants, très protectrice, surtout envers « son troisième bébé ». Le père, lui, est décrit comme autoritaire. Il ne se souvient pas des minutes qui ont suivi l’annonce du drame dans lequel était impliqué son fils. Il a démissionné de l’usine dans laquelle il travaillait pour le procès. « On ne vit plus », a-t-il lâché en sanglots à l’avocat de son fils, Me Elian Gaudy, qui lui demandait : « Qu’est-ce que cela fait d’avoir son fils en prison ? »

Tout au long de la dernière partie d’audience, hier, des proches de l’accusé ont témoigné. Mettant en exergue la « générosité », la « gentillesse » de Jérémy Munoz. « Un garçon comme les autres » en somme. « Il a un fort sentiment de culpabilité qui me paraît très honnête », a décrit une psychologue. Il ne souhaitait pas que sa famille crée une page de soutien sur internet. « Par respect pour la famille du policier », a-t-il dit. Tout comme il n’a pas voulu faire droit à une autorisation de sortie pour Noël. « Il y a une fille qui n’a pas son père, je ne pouvais pas sortir... » Aujourd’hui, les jurés se pencheront entre autres sur les circonstances du drame. En début d’audience, hier, en lisant l’ordonnance de renvoi, la présidente Haye avait fait parcourir un frisson dans la salle d’audience, avec le témoignage de cette voisine qui avait entendu, juste avant le choc, crier « Arrête toi, arrête-toi ! ».

Centre Presse Aveyron
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