Jean-Claude Luche

Jean-Claude Luche : « Amplifier plus encore l’attractivité de l’Aveyron »

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Sénateur de l’Aveyron depuis septembre 2014, Jean-Claude Luche a quitté la présidence du conseil départemental en janvier 2017. Il n’en est pas moins très impliqué dans la marche des dossiers aveyronnais qu’il défend à Paris. Tour d’horizon.

Vous ferraillez contre la mesure visant à baisser la limitation de vitesse à 80 km/h. La partie semble désormais perdue... êtes-vous amer ?

Oui, c’est râpé. Le gouvernement communique sur son inflexibilité et va signer le décret. Alors oui, j’en garde un peu d’amertume, car il ne faut pas se mentir, une expérimentation est faite pour s’inscrire dans la pérennité... En Aveyron, on était en capacité de décider, car on connaît bien les problématiques routières pour prendre une telle mesure là où cela est nécessaire.

Parlementaires, mais aussi élus du Département et de la Région, vous agissez ensemble pour convaincre l’état de confier aux collectivités la maîtrise d’ouvrage déléguée, contre la moitié seulement du financement du chantier. Est-ce râpé là aussi ? On a l’impression que rien n’avance...

Ce front uni, je l’avais déjà impulsé en 2008 pour obtenir Albi-Rodez. Et en 2011, on a obtenu un accord avec l’état pour Rodez-Causse comtal. Aujourd’hui, on se remobilise et c’est une excellente formule. Notre proposition, qui ne coûterait, plus ou moins, que 150 M€ à l’état, mais avec des retombées économiques non négligeables pour l’Aveyron. Je suis surpris que l’état n’y réponde pas favorablement. On doit rencontrer à nouveau la ministre des Transports à la mi-juin, mais pour l’instant, pas de nouvelles. Quant à la suivre dans sa proposition d’aménager la RN 88 actuelle, il n’en est pas question car l’important est de travailler pour les quarante prochaines années au moins.

Et rendre payantes les autoroutes aujourd’hui gratuites comme l’A 75 ?

Ce n’est pas pensable ni réalisable. Il n’y a pas de voie de substitution, pas de distances réglementaires entre les échangeurs... Et la gratuité contribue aussi à l’attractivité de notre territoire.

Le front uni existe aussi sur le dossier Bosch, vous participez aux tables rondes avec l’état, les élus, les partenaires sociaux. Avez-vous sur la politique du diesel des leviers d’action au Sénat ?

Il faut faire entendre que le diesel n’est pas le sale pollueur que l’on croit. La politique actuelle menée par le gouvernement est dangereuse, elle ne prend pas assez en compte les nouvelles technologies. Au Sénat, la commission sur le développement durable, dont je suis membre, envisage d’auditionner les responsables politiques sur ce sujet. Mettre en place une commission d’enquête en quelque sorte.

Vous êtes également membre de la commission sur le pacte ferroviaire et l’examen du rapport Spinetta a lieu au Sénat cette semaine. L’Aveyron est concerné par l’avenir de ses lignes, Rodez-Millau, Rodez-Paris. Vous faites-vous entendre ?

Le projet de loi passera, c’est important, cela dit. Mais pour nous, qui n’avons pas de TGV, il s’agit de défendre ce que nous avons aujourd’hui, en améliorant l’état des réseaux. Les sénateurs pèsent sur l’état, mais des différences existent d’un département à l’autre entre ceux qui bénéficient du TGV et les autres qui se battent. Je suis en veille permanente sur ce dossier.

Vigilant, vous l’êtes aussi sur la réforme constitutionnelle ? L’Aveyron ne risque-t-il pas de perdre deux parlementaires dans la bataille ?

La baisse du nombre de parlementaires ne me choque pas sur le fond, uniquement. Vigilant, je le suis surtout sur la représentativité des territoires. Il est clair que l’on s’achemine en Aveyron vers un seul sénateur et deux députés. C’est compliqué car on ne peut pas se démultiplier, sur un aussi vaste territoire pour être au plus près des dossiers locaux.

L’avenir des territoires ruraux reste votre cheval de bataille...

Un projet de loi est en cours sur la revitalisation des centres bourgs. Il est important d’interpeller le gouvernement pour adapter les politiques à nos situations, comme on a pu le faire avec la loi montagne, la loi littoral... En Aveyron, on ne fonctionne pas avec des statistiques. Il existe des problématiques spécifiques, liées à la géographie, au climat... Il en va de l’avenir du Département.

C’est pour cela que vous avez pris en main les destinées d’Aveyron Ambition Attractivité, association dont vous êtes le président ? Quelle sa stratégie ?

La loi Notre a enlevé la compétence économique aux Départements. Nous avons souhaité continuer à travailler ce domaine, en dynamisant les marques initiées en 2008 (Fabriqué en Aveyron) et en 2014 (Aveyron Vivre Vrai). Je souhaite « rebooster » ces marques, le président Jean-François Galliard m’en a laissé la responsabilité. Notre objectif est toujours d’actualité : parvenir à 300 000 habitants, disons dans les douze ans qui viennent.

Avez-vous déjà des résultats ?

On recense de vraies réussites. 3 500 produits sont à ce jour estampillés « Fabriqué en Aveyron », synonyme de qualité, de rigueur, d’image. Le fait de consommer aveyronnais entraîne du développement économique et de la création d’emploi propre à accroître la démographie. C’est cela l’attractivité. Et il nous appartient d’amplifier plus encore cette attractivité en mobilisant les Aveyronnais.

Vous faites la promotion de l’Aveyron à Paris ?

Bien sûr. Avec Alain Marc, on a initié à l’automne dernier une semaine des produits aveyronnais au Sénat. Et l’on rencontre tous les réseaux aveyronnais, à commencer par les amicales parisiennes, qui sont un formidable point d’appui. Au sein d’Aveyron Ambition Attractivité, on a créé un fichier de ceux qui sont attachés à l’Aveyron. Ce sont nos meilleurs ambassadeurs.

Les sénateurs sont-ils réellement écoutés par le gouvernement ?

Oui, bien sûr. Et les sénateurs sont à l’écoute de l’intérêt général. Il n’est pas question pour nous de faire de l’opposition systématique. De toute façon, ce n’est pas ma culture. Les amendements font que bon nombre de textes sont votés, in fine. On dira ce que l’on veut, mais Macron est en train de réussir, c’est mon point de vue.

Vous vous plaisez au Sénat ?

Je me régale. C’est un parcours que je n’aurai pas imaginé. Mais je me suis régalé aussi en tant que maire, président du conseil départemental. Aujourd’hui, j’échange avec des collègues, de la Loire, du Loiret, de Moselle, du Bas-Rhin... Nous avons des misères communes, quelle que soit notre étiquette politique. Le Sénat est moins clivant que l’Assemblée, plus consensuel. Et me permet de bien connaître la géographie de la France.

L’Aveyron, vous y restez assurément attaché. Au point de vouloir y revenir, un jour, comme président du conseil départemental ?

Je me suis plu dans cette mission, c’est vrai. Mais aujourd’hui, je suis sénateur. Je constate que je suis sollicité pour revenir par des collègues, des maires, des Aveyronnais... Il est sûr que l’opérationnel, l’action sur le terrain me manque. Le fait aussi d’être « un patron » pour réaliser de nombreuses choses, c’est dans ma nature. Mais, encore une fois, je suis aujourd’hui sénateur et je ne veux prendre la place de personne. Et puis, j’ai 65 ans...

Quel regard portez-vous sur l’action de M. Galliard, votre successeur à la présidence du conseil départemental ?

Nous sommes résolument différents. Concernant son action, je ne commente pas.

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