Toujours dans l’attente, les discothèques ont le blues

  • Jean-Michel Lemourier a commencé à travailler dans le monde de la nuit à 18 ans.
    Jean-Michel Lemourier a commencé à travailler dans le monde de la nuit à 18 ans. A.B.
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Les établissements de nuit, avec les restaurants et les bars, ont été les premiers à fermer leur porte en mars dernier. Aujourd’hui, les discothèques ne peuvent toujours pas ouvrir. Pire, elles n’ont toujours pas de date de réouverture.

Les discothèques sont fermées depuis le 14 mars. Aujourd’hui, elles sont toujours dans le flou concernant une reprise de l’activité. Alors que le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé le plan de la deuxième phase du déconfinement le jeudi 28 mai, aucun mot n’a été dit concernant ces établissements de nuit. "On n’en sait pas plus aujourd’hui, soupire Jean-Michel Lemourier, gérant du Privilège à Rodez. J’ai été déçu par l’annonce d’Édouard Philippe car je m’attendais à une date."

Mais le directeur du Privilège depuis huit ans reste optimiste. "On devrait savoir fin juin. Normalement il y a une réunion très importante qui va se tenir le 22 juin, on croise les doigts !". Le propriétaire, qui est membre du syndicat de l’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie), se pose énormément de questions concernant le cahier des charges pour une potentielle réouverture. "C’est toujours la grande inconnue. On ne sait pas dans quelles conditions, comment on va pouvoir ouvrir. Va-t-on pouvoir ouvrir dans de bonnes conditions sans être contingenté… Beaucoup de questions où on n’a pas de réponse aujourd’hui."

"Le syndicat nous a laissé-pour-compte"

Durant cette crise, Jean-Michel Lemourier a pu utiliser le chômage partiel proposé par l’État. Un moindre mal dans cette crise qui risque d’être catastrophique dans le secteur des établissements de nuit. "Heureusement que l’on a eu le chômage partiel grâce à l’aide de l’État, ce qui nous a bien aidé par rapport à nos 10 employés. Cela nous a permis de tenir un peu. Au niveau local, l’Agglomération de Rodez nous a également aidé et le député Mazars a suivi le dossier depuis le début. Ça, ça fait plaisir. Mais après… On n’a pas eu d’aide sur les loyers, on n’a pas eu d’aide sur notre chiffre d’affaires de la part des assurances, qui sont les grandes absentes de ce confinement par rapport à nos métiers."

Le gérant du Privilège est également remonté contre le syndicat national, Umih, dont il fait partie. "C’est lui qui a négocié avec l’État. Et là, je me rends compte qu’on a été oublié. Le syndicat nous a laissé-pour-compte. J’espère désormais que l’Umih, le 22 juin lors de la réunion, va nous défendre à la fois pour la réouverture, mais surtout pour l’avenir. Il va falloir mettre un plan d’action qui puisse pérenniser nos activités."

"Une profession sinistrée"

La réunion du 22 juin devrait éclaircir l’avenir des établissements de nuits. Une réunion très attendue par Jean-Michel Lemourier, avec notamment des annonces fortes. "J’attends de l’État qu’il nous donne une date précise d’ouverture. Mais surtout, j’attends qu’il nous accompagne. Car si on ouvre, on aura ouvert un mois après tous les acteurs de la branche hôtellerie-restauration. Donc j’espère qu’on va encore être accompagné avec le chômage partiel, mais surtout qu’on va avoir une baisse des cotisations et des charges jusqu’à la fin de l’année, voire, une année blanche au niveau des impôts."

En trois mois de fermeture, Jean-Michel Lemourier a perdu 150 000 euros de chiffre d’affaires. Il n’est évidemment pas le seul dans ce cas-là. "Ça va être difficile de repartir pour beaucoup de monde. Le week-end, entre les soirées du vendredi et du samedi, on fait 500 personnes. Là, depuis mi-mars, c’est zéro, ce qui représente une perte de 150 000 euros de chiffre d’affaires. Pour une petite affaire comme la mienne, ce n’est pas neutre. Si ça continue comme ça, on va arriver à la moitié du chiffre annuel. On est une profession sinistrée. Il y a 30 ans, on était 30 discothèques en Aveyron, aujourd’hui on est moins d’une dizaine. Et au niveau national c’est pareil. Les chiffres ne cessent de tomber. Et je pense qu’après cette crise, on sera beaucoup moins de 1000 en France, alors qu’il y a quelque temps, on était plus de 3 000…"

Des chiffres à la baisse, un futur encore flou, mais Jean-Michel Lemourier veut quand même rester positif pour la suite. "Il faut croire en l’avenir malgré ce qui nous tombe dessus. On va avoir des moments à passer très difficile, mais on va y arriver."

Alexis Bargallo
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