Onet-le-Château : Maltraitance, démissions… l'Ehpad La Rossignole a décidé de réagir

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  • L’Ehpad d’Onet-le-Château, 84 résidents, dont un tiers en unité Alzheimer.
    L’Ehpad d’Onet-le-Château, 84 résidents, dont un tiers en unité Alzheimer. José A. Torres
  • André Vié, président, et Christiane Viguié, vice-présidente du conseil d’administration de l’Ehpad.
    André Vié, président, et Christiane Viguié, vice-présidente du conseil d’administration de l’Ehpad. repro cpa
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L’Ehpad castonétois est confronté à un sévère problème de gouvernance auquel s’ajoute la découverte de photos et vidéos mettant en scène de façon ignoble les résidents les plus fragiles.

Immonde, immoral, infâme, abject… Tout le vocabulaire de l’horreur tourne en boucle au sein de l’Ehpad La Rossignole à Onet-le-Château. Chez les familles de résidents, la direction et une large majorité du personnel. Pas tous, une poignée d’entre eux est convaincue par la direction d’avoir, dans l’unité Alzheimer de l’établissement, commis l’inconcevable : prendre des photos et des vidéos des résidents, fragiles et vulnérables, dans des situations dégradantes et infamantes, parfois à caractère sexuel, et les avoir publiées dans un réseau à usage privé, assorti de commentaires cyniques et méprisants. Un scandale qui implique à ce jour 11 des 55 effectifs de La Rossignole, des soignants pour l’essentiel, et à des degrés divers. La justice a été saisie, la police a ouvert une enquête.

Quatre licenciements

Les faits datent de plusieurs mois mais n’ont été découverts que le 29 juillet dernier. "Nous avons appris le problème dans cette unité Alzheimer par un signalement d’un des agents de l’établissement, explique André Vié, président du conseil d’administration de La Rossignole. Nous avons aussitôt diligenté une enquête administrative avec notre avocat et la direction, et reçu plusieurs personnels. L’un d’eux a craqué et nous a donné accès à un site Messenger, réservé à un groupe de personnes. Nous avons vu ces documents abjects… On a été abasourdis. Ils s’amusaient avec les résidents comme avec des poupées. Il n’y avait plus la moindre éthique. La directrice de l’établissement et moi-même sommes allés porter plainte au commissariat dès le 30 juillet. Le procureur de la république nous a assuré ne pas laisser cela sans suite".

Le conseil d’administration reçoit alors les personnes qui avaient adhéré à ce groupe Messenger. "Nous avons pris la décision de licencier quatre d’entre eux. Deux autres qui étaient moins impliquées, seront sanctionnées, une décision les concernant est en cours. Cinq autres personnes ont reçu un avertissement…", explique André Vié. Lequel, avec sa directrice, avertissent alors les tutelles de l’établissement : conseil départemental, ARS et préfecture.

Démissions en cascade

L’affaire commence à s’ébruiter, il faut réagir vite. "Ce problème a créé une ambiance délétère au niveau du personnel. Il fallait aussi prévenir les familles, les inciter à se porter partie civile… On ne savait pas trop par quel bout prendre les choses". Les démissions s’enchaînent. Parmi elles, celle de la directrice de l’établissement, Frédérique Modolo, qui n’a pas souhaité poursuivre le contrat à l’essai qui la liait à La Rossignole.

Le conseil d’administration fait alors appel à un cabinet spécialisé à Albi, "Expertise transversale consulting santé-médicosocial", présidé par Félicien Danglot, qui vient à Onet début septembre avec sa consultante Fabienne Guiral. Et prend en charge le management de transition, "sans pouvoir de signature", précise-t-il.

Familles sous le choc

L’ensemble des familles et des personnels sont reçus, tour à tour. Les résidents également, nombre d’entre eux s’inquiètent du devenir de leur Ehpad…

Les familles des résidents victimes des agissements incriminés sont sous le choc. La fille d’un résident porte plainte au commissariat de Rodez où on lui donne accès aux photos et vidéos infamantes. "Cela fait neuf mois que duraient leurs cochonneries. Et les soignants ne leur donnaient que des demi-portions, gardant le reste pour assurer leur déjeuner". Une maltraitance que reconnaît la direction dans le cadre de son enquête.

Le petit-fils d’une résidente dit avoir " vu sa grand-mère dépérir". Mais il "n’imaginait pas qu’elle ait pu souffrir de la sorte". Lui aussi porte plainte, comme cet autre fils d’une résidente qui assure "n’avoir rien constaté jusqu’alors, si ce n’est un manque d’hygiène flagrant". Et déplore "que la direction ait tardé à donner des éléments aux familles". Pour tous, "personne n’a intérêt à ce que La Rossignole ferme". Et d’assurer, louant les valeurs de bienveillance constatée souvent chez le personnel, "que tous les soignants dans leur très grande majorité ne sont heureusement pas condamnables". Ne pas fermer, un souhait partagé et une volonté de tout faire pour sauver l’établissement et restaurer, surtout, le bien-être des résidents auquel ils se sont habitués depuis maintenant onze ans.

Comment en est-on arrivé là ?

Si rien ne pourra jamais justifier les comportements coupables envers les résidents, surtout à ce niveau de maltraitance et d’humiliation, l’Ehpad La Rossignole souffre depuis de longs mois d’un problème de gouvernance que reconnaissent le président du conseil d’administration, André Vié, et sa vice-présidente Christiane Viguié. "J’ai fait partie des créateurs de l’établissement en 2009, explique André Vié. Jusqu’à une date récente tout semblait aller bien. Mais la structure s’usait et n’avait pas été repensée. Financièrement, on a vu apparaître des excédents, on s’est endormi dessus, on n’a peut-être pas assez investi dans la formation…".

Et d’ajouter : "Il y a eu la crise sanitaire, la pression énorme du Covid et la révélation cet été de ce grave problème qui a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les personnels sont usés et fatigués, la gouvernance l’est tout autant".

Le président va démissionner

Pour Félicien Danglot, consultant et manager de transition depuis ce mois de septembre, "il y a bien ici un déficit de management structurel de l’investissement. On découvre en avançant. Mais c’est un établissement où la prise en charge est de grande qualité, il faut rester confiant". Confiant, André Vié l’est aussi. Mais il a décidé de démissionner, à la fin de l’année. En tout cas "quand le ménage sera fait". Car il veut laisser à son départ une maison propre.

 

Opération sauvetage

Arrivé à La Rossignole durant la deuxième semaine de septembre, Félicien Danglot (lire ci-dessus) assure un management de transition pour lequel il retrousse ses manches sans relâche. Et joue à fond la transparence. Il faut dire que la tâche est rude. "Notre mission aujourd’hui est de remotiver, rassurer, assurer l’avenir. Ce sera échelonné sur plusieurs mois. On a espoir que l’ARS nous laisse du temps. On en est au stade de la radiographie : on va pointer les fractures, il y aura un temps d’hospitalisation, puis un temps de rééducation. Il y a à La Rossignole des gens très motivés, proches des résidents à l’égard desquels ils font preuve d’une réelle bienveillance. Il faut qu’on les retienne…". Et arrêter ainsi l’hémorragie des effectifs. "Le manque de personnel, l’absence d’encadrement efficace entraîne la démotivation et le risque de multiplier les problèmes, préviennent Félicien Danglot et sa collaboratrice, Fabienne Guiral. Mais il n’est pas question de céder aux embauches au rabais pour aller vite car on ne pourrait pas fonctionner. Les profils recherchés sont de haut niveau. Et on ne souhaite pas avoir recours aux intérimaires, la formule ne donnant pas satisfaction. On a ainsi déjà lancé trois recrutements, on cherche un nouveau directeur, on refait les plannings pour éteindre les feux, et répertorié les demandes des salariés concernant le temps de travail. De toute façon, nous allons réactiver le conseil de vie sociale de l’établissement et s’attacher à la mise en place de bonnes pratiques dont une formation à la bienveillance". Reconstruire "sur des bases saines" est un leitmotiv. Et réactualiser le projet d’établissement, "co-construire avec le personnel et les usagers, au cœur du dispositif" est une priorité. Et pourquoi ne pas faire appel à une structure gestionnaire ? "On a été épaulé au départ, selon nos souhaits, par l’Udsma, rappelle André Vié. Et puis on a considéré au bout d’un temps que l’on pourrait réaliser beaucoup de choses nous-mêmes. On est donc devenu une structure de gestion associative, indépendante. Et l’on n’a pas trouvé le gestionnaire qui nous permet de garder le pouvoir de décision. L’idée de faire appel à un tel gestionnaire n’est pas abandonnée. Mais nous serons intransigeants sur les valeurs associatives à préserver".

 

Christophe Cathala
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