Justice

Pour son épouse, « Benoît ne voulait plus prendre de risques »

  • Jérémy Munoz avant l’audience d’hier.
    Jérémy Munoz avant l’audience d’hier.
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Sa vie n’avait été qu’effleurée devant les jurés de la cour d’assises de l’Aveyron, mercredi.

Mais hier, une grande partie de la journée a été consacrée aux témoignages des proches et de la famille de Benoît Vautrin, le policier mortellement fauché à Aubin, le 10 avril 2015. Des témoignages poignants qui ont ému le public de la salle du tribunal de Rodez. Mais également l’accusé, Jérémy Munoz qui est resté prostré, le visage fermé et les mâchoires serrées une grande partie de la matinée.

Lorsqu’Elizabeth Vautrin, l’épouse du policier, prend la parole, le silence se fait dans la salle. « Je tiens à rétablir les choses. Il y a une seule victime, c’est mon mari », lance-t-elle avant de fondre en larmes.

Quelques secondes après, elle se reprend et raconte le moment de leur rencontre qui remonte à leur enfance passée dans le Tarn, leur relation fusionnelle et puis le rêve qu’avait Benoît Vautrin d’être « policier depuis l’âge de 3 ans. »

« Il a toujours fait très attention. Il n’était pas Superman. Il pensait tout le temps à nous », souligne la veuve affirmant que son mari ne « voulait plus prendre de risques » depuis la naissance de Roxane, leur fille, en 2014.

Alors que la naissance de cet enfant tant désirée se présente, Benoît Vautrin demande sa mutation dans le sud de la France pour se rapprocher de sa compagne.

Après dix années passées à la BAC (brigade anticriminalité) de Roissy, il est muté au commissariat de Decazeville. De ces années passées aux côtés de Benoît Vautrin, ses supérieurs hiérarchiques, ses collègues décrivent un « fonctionnaire idéal », « jovial », « jamais de médisance ».

Il a été nommé lieutenant à titre posthume. La salle de repos du commissariat de Decazeville porte aujourd’hui son nom.

« Pour lui, être policier c’était rendre service », raconte encore Elizabeth Vautrin entre deux sanglots.

Et de confier que si Jérémy Munoz avait décidé le jour du drame de s’arrêter : « Il n’aurait peut-être même pas été verbalisé. »

Mais la veuve du brigadier reprend : « Le pire, c’est de voir la barbarie avec laquelle il a été tué. Je ne comprendrai jamais. Même un lapin sur la route, on freine pour l’éviter. »

La mère de Benoît Vautrin, Béatrice, s’est avancée à son tour à la barre. « Vous nous avez détruits. Devant un chat ou un chien, on freine », a-t-elle lancé droit dans les yeux de Jérémy Munoz.

Invité à répondre aux questions du tribunal, l’accusé a maintenu cette version qu’il clame depuis le début du procès : « C’est moi qui ai le volant, c’est donc moi le responsable. Mais je ne suis pas d’accord avec la qualification de violence. Pour moi, il n’y a aucune intention de faire mal. »

L’audition de différents experts (légiste, accidentologie) appelés à témoigner en début d’après-midi n’a pas permis de déterminer avec certitude si le policier Benoît Vautrin avait effectué « des pas chassés » sur la route quelques secondes avant l’impact, comme le martèle Jérémy Munoz ou s’il était resté statique au milieu de la chaussée comme l’assure un couple, témoin direct de la scène.

Une chose est sûre, la voiture a percuté le policier à un peu plus de 100 km/h, sans avoir ralenti.

« Qu’est-ce que t’a branlé ? ! ». Arrivé sur place quelques minutes après la mort du sous-brigadier, Fabien Colle, alors l’officier de police judiciaire de permanence à Decazeville, interpelle Jérémy Munoz qu’il connaît bien.

« Ils étaient tous les deux (le conducteur et le passager, NDLR) au bord de la route, assis, la tête entre les jambes. Jérémy a simplement relevé la tête et l’a rebaissée », raconte le fonctionnaire de police, ému aux larmes.

« C’est une situation ambiguë car je connaissais Jérémy mais également Benoît, explique le colosse, longtemps joueur de rugby à Decazeville. Je n’ai pas côtoyé Benoît longtemps mais on avait la même vision des choses. Il n’était pas entré par hasard dans la police, il avait cette vocation car il avait une vision de la mission de service public, de la sécurité. »

Et de confier à propos du drame du 10 avril 2015 et de Jérémy Munoz : « Il réagit comme un gosse. La trace de freinage va dans ce sens : il fait la connerie et il s’arrête après. Sur le caractère volontaire de la chose, je ne vais pas me prononcer. Ce qui est sûr, c’est qu’il y avait la possibilité de tourner avant. Pourquoi, il ne l’a pas fait ? Je ne me prononcerai pas. »

Des questions qui restent en suspens alors que les jurés doivent se forger une intime conviction aujourd’hui, dernier jour de ce procès.

Centre Presse / Philippe Henry
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