Le refuge aveyronnais de Genevoix

  • Né en 1890, Maurice Genevoix décède en 1980. Il obtient un Goncourt en 1925 et entre à l’Académie française en 1946.
    Né en 1890, Maurice Genevoix décède en 1980. Il obtient un Goncourt en 1925 et entre à l’Académie française en 1946.
Publié le / Mis à jour le S'abonner

Le romancier qui sera panthéonisé d'ici 2020 s'était réfugié à Saint-Victor-et-Melvieu sous l'Occupation. 

De l’horreur des tranchées, dans lesquelles il a combattu avant d’y plonger sa plume une fois blessé, Maurice Genevoix a tiré l’un des témoignages les plus riches et poignants. Déclaré invalide avec trois balles logées dans sa chair en 1915, le soldat Genevoix édite cinq volumes de carnets de guerre, réunis vingt-cinq ans plus tard dans Ceux de 14. Peu lu, assez méconnu du grand public, le romancier a longtemps été résumé à ses écrits naturalistes, après avoir obtenu le Goncourt pour l’histoire d’un braconnier avec Raboliot en 1925. En Sud-Aveyron pourtant, son nom résonne tout particulièrement.

C’est en 1940 que l’écrivain se réfugie à Saint-Victor-et-Melvieu, pendant l’Occupation. Hanté par ses souvenirs du front, il vient y chercher de la quiétude après le décès prématuré de son épouse, Yvonne Montrosier, en 1938. Originaire du village aveyronnais où ils se sont mariés en 1937, Maurice Genevoix s’installera dans l’hôtel de sa belle-famille, dit Montrosier. Au fond du parc de la propriété familiale, l’intéressé s’installe dans une petite maison. Là, il restera deux ans. Durant ce laps de temps, il écrit Sanglar, remanié sous le titre La Motte rouge, qui prend les Raspes, Ayssènes et Saint-Rome-de-Tarn pour décor : "Un roman sur les guerres de religion, éclaire l’écrivain local Daniel Crozes, qui faisait écho à la période difficile que traversait la France pendant l’occupation allemande."

Une maison d’écrivains en projet

Maurice Genevoix se marie en 1943 avec une institutrice, aveyronnaise elle aussi, Suzanne Neyrolles. De cette deuxième union naîtra Sylvie Genevoix. Approchée par le député Alain Marc - aujourd’hui sénateur - et l’ancien maire, Daniel Frayssinhes, elle reviendra à deux reprises dans le village – où ses parents continuaient à faire régulièrement escale après avoir déménagé. "Nous avions, à l’époque, l’idée d’ouvrir une maison d’écrivains dans la petite villa que Maurice Genevoix occupait en 1940", se souvient Alain Marc.

Journaliste, directrice littéraire de la maison Albin Michel, productrice et animatrice de programmes de télé, Sylvie Genevoix est décédée en 2012. Son mari, l’économiste Bernard Maris, a été tué dans l’attentat de Charlie Hebdo en janvier 2015.

Le projet de maison d’écrivains ne verra jamais le jour. Et s’il pourrait "peut-être" revivre sous l’impulsion de la municipalité de Jean Capel suite à cette panthéonisation, le projet bute sur des considérations très pratiques. "La mairie avait racheté l’hôtel Montrosier aux derniers représentants de la famille, raconte l’ancien maire Frayssinhes. Puis l’a revendu." Devenu propriété d’un couple d’Anglais, l’ancienne auberge, prisée des maquisards pendant la guerre, est devenue un gîte. L’ancien mobilier, lui, a rapidement été racheté et écoulé par des antiquaires millavois.

Un maigre regret dans la voix, Alain Marc concède la "difficulté" à mettre sur pied une telle maison. Un projet avorté, donc, mais pas totalement enterré. "Maurice Genevoix est à l’origine d’une littérature de haut vol et d’un témoignage historique inestimable, reprend le sénateur et passionné de littérature. Sa panthéonisation jette la lumière sur l’écrivain merveilleux qu’il était." Localement, l’urgence est autre. Car si Maurice Genevoix et ses écrits sont désormais voués à l’immortalité, le souvenir qu’il a laissé à Saint-Victor file avec ceux qui l’ont côtoyé. Et qui, petit à petit, disparaissent discrètement.

 

Lola Cros
Voir les commentaires
Réagir