Histoire

Decazeville : la longue marche des exilés espagnols

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  • L’expo de Memoria Andando présente de nombreux documents sur la Retirada.
    L’expo de Memoria Andando présente de nombreux documents sur la Retirada. Collection J. Villamosa / Repro CPA / Collection J. Villamosa / Repro CPA
  • L’expo de Memoria Andando présente de nombreux documents sur la Retirada.
    L’expo de Memoria Andando présente de nombreux documents sur la Retirada. Collection J. Villamosa / Repro CPA / Collection J. Villamosa / Repro CPA
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    L’expo de Memoria Andando présente de nombreux documents sur la Retirada. collection J. Villamosa / Repro CPA / collection J. Villamosa / Repro CPA
  • L’expo de Memoria Andando présente de nombreux documents sur la Retirada.
    L’expo de Memoria Andando présente de nombreux documents sur la Retirada. Collection J. Villamosa / Repro CPA / Collection J. Villamosa / Repro CPA
  • La longue marche  des exilés espagnols.
    La longue marche des exilés espagnols. Collection J. Villamosa / Repro CPA / Collection J. Villamosa / Repro CPA
  • Jean Vaz préside l’association Memoria Andando depuis sa création en 2002.
    Jean Vaz préside l’association Memoria Andando depuis sa création en 2002. J.B / J.B
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Le Bassin de Decazeville a accueilli de nombreux réfugiés politiques espagnols. Une exposition leur est consacrée. 

C’est l’histoire d’une tragédie humaine. Comme le monde nous en livre malheureusement trop souvent. Celle de la longue marche des Républicains espagnols, fuyant les balles et la terrible répression des forces franquistes. L’un des exodes les plus massifs du XXe siècle. On parle de 450 000 à 500 000 personnes. Hommes, femmes, enfants, vieillards, handicapés. "On voyait sur les routes, les enfants tués par l’aviation, c’était terrible… Quand on est arrivés ici, on ne nous a pas donné un centime", se souvient une mamie espagnole decazevilloise, dont le témoignage filmé a été recueilli, au début des années 2000, par un groupe de lycéens villefranchois et leurs enseignants Florence Bonneviale et Alexandre Santana. "Ce que le gouvernement français a fait de pire pour un gouvernement socialiste, c’est d’interdire de nous livrer des armes… raconte l’un de ces réfugiés espagnols, qui a pris part à la bataille de l’Èbre. Les franquistes avaient tout le matériel qu’ils voulaient. L’aviation c’était l’affaire des Allemands et sur le terrain, c’était les Italiens…"

"Reconstruire ensemble notre histoire"

80 ans après la Retirada, nombre de témoins ont disparu. Comme l’ancien maire de Decazeville, Pierre Gadéa, qui fut l’un de ces exilés, alors qu’il n’avait que 6 ans, et qui termina sa carrière professionnelle à la tête de l’entité locale des Houillères, entreprise qui fut l’un des principaux employeurs des réfugiés politiques et des colonies étrangères. Mais la communauté espagnole reste importante dans le Bassin. Et c’est tout naturellement que l’association Memoria Andando a organisé plusieurs manifestations, dont une exposition à la médiathèque de Decazeville, pour faire vivre cette mémoire, longtemps enfouie. "Il y a eu une chape de plomb jusqu’au début des années 2000. Il a fallu plus de 60 ans pour sortir les cadavres du placard. Et on ne les sort pas encore..." Il faut dire que la guerre d’Espagne a laissé des traces, créé des tensions et provoqué des rancœurs. Au sein même de la communauté contrainte à l’exil. Entre anarchistes, communistes, socialistes.

Fils d’un père mineur, réfugié anarchiste, et d’une mère, fille de l’immigration économique – ses parents Sylvestre et Marie-Louise se sont connus à Decazeville – Jean Vaz, 77 ans, a grandi dans le quartier de Montarnal, le quartier des Espagnols. Sur les hauteurs de la ville. Près de l’ancienne exploitation de charbon à ciel ouvert. Cet enseignant, qui fut longtemps professeur au collège de Marcillac, a obtenu son agrégation d’Espagnol, à l’âge de 44 ans. "Pendant deux mois, j’ai bossé sur l’Aubrac, dans les bois. J’ai eu besoin de me mettre en règle avec mon hispanité pour faire un mémoire sur le mouvement libertaire espagnol en France." Et si c’était à refaire, il le referait différemment. Conscient de s’être peut-être un peu trop intéressé aux "purs et durs", aux "orthodoxes." Jean Vaz préside l’association Memoria Andando depuis sa création, en 2002. "Pour que l’on reconstruise ensemble notre histoire. Et je le pense profondément", lâche-t-il, à la fois dans une volonté d’ouverture et d’apaisement. Depuis quelques années, Caminar, une coordination nationale plurielle d’associations de la mémoire de la République espagnole a vu le jour. Elle regroupe près d’une vingtaine d’associations, dont Memoria Andando et ses 160 adhérents.

2 400 civils, 1 500 réfugiés

Lorsqu’ils eurent franchi la frontière, portés par cet espoir de liberté, les réfugiés espagnols furent, pour la plupart, parqués dans les camps de concentration où les conditions de vie étaient déplorables. Certains réfugiés, jugés indésirables, sont enfermés dans des camps d’internement. Les familles sont éclatées. Certaines mettront plusieurs années pour se reformer. Combien de Républicains espagnols ont finalement trouvé refuge en Aveyron ? Fin janvier 1939, un millier de femmes, un millier d’enfants et quelque 200 à 300 vieillards et malades avaient été répartis dans 43 communes du département. Pour les hommes, on parle d’environ 1 500 réfugiés politiques. Nombre d’entre eux se sont installés dans le Bassin de Decazeville, où les besoins en main-d’œuvre étaient conséquents. Les réfugiés politiques ont ainsi rejoint les immigrés économiques, déjà nombreux dans le bassin houiller. Comme le précise Alain Boscus, dans sa thèse de doctorat sur le bassin industriel nord-aveyronnais de la première moitié du XXe siècle, le nombre de travailleurs étrangers, dans les mines et usines du Bassin de Decazeville, atteint son apogée en 1931 avec 8 815 personnes, dont de nombreux Espagnols et Polonais, et près d’une soixantaine de communautés différentes.

"Ce n’est plus le joug de la misère que les hommes rejettent mais celui, tout aussi asservissant de la dictature", écrit Marie-Line Montbroussous, dans son ouvrage sur les Espagnols du Bassin de Decazeville. "150 000 personnes ont été victimes de la répression franquiste pendant et après la guerre civile", commente Jean Vaz, en parcourant les photos de l’exposition, qui traduisent l’ampleur de ce drame humain. Il s’attarde, quelques instants, sur le rôle et le sort des femmes. "L’Espagne, c’était le Moyen-Âge pour la femme. C’était vraiment la servante de l’homme, ce qu’elle redeviendra pendant le franquisme, à tel point d’ailleurs que beaucoup ont participé à la guerre civile. Et la répression des femmes a été terrible." L’homme est intarissable sur le sujet. Sur cette histoire qu’il vit de l’intérieur. "Je suis inépuisable !" Et son horizon idéologique reste un "idéal libertaire." "J’ai une grande admiration pour certains anarchistes espagnols d’une très grande dignité. Je me suis nourri à ça." L’enseignant retraité évoque ces valeurs de solidarité et de respect de l’autre, auxquelles il se dit profondément attaché. "Mon père disait un homme vaut un homme. C’est une des bases de la construction. On en a tellement besoin aujourd’hui."

Joel Born
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