Agriculture : la ferme Aveyron tient (encore) bien le cap

  • Jacques Molières, président de la chambre d’agriculture.
    Jacques Molières, président de la chambre d’agriculture. Repros CPA / Repros CPA
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Si la vente directe souffre, le lait et l’élevage s’en sortent « globalement » mieux. Face aux tensions qui prennent de l’ampleur, la chambre d’agriculture sait s’organiser : état des lieux avec son président, Jacques Molières.

Tous les agriculteurs sont au boulot ! », lance Jacques Molières. Presque une réjouissance dans des temps plutôt difficiles où la ferme Aveyron continue, pour l’heure à bien tenir son rang, même si les tensions gagnent du terrain chaque jour un peu plus. Pour le président de la chambre d’agriculture, tout est question d’organisation. Et sur ce terrain, le monde paysan n’a pas attendu la crise pour savoir naviguer. Et chercher des solutions aux situations les plus tendues.

Quels sont les secteurs qui subissent le plus la crise aujourd’hui ?
On dira que ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui peuvent stocker. Incontestablement, les plus pénalisés sont les producteurs qui commercialisent en vente directe et sur les marchés. La chambre d’agriculture essaie de les mettre en relation avec les grandes et moyennes surfaces, même s’il a pu à ce jour se réaliser de bonnes choses via internet. Il faut que les règles soient respectées aussi bien dans la grande que dans la petite distribution, on veille à ce que les obligations soient les mêmes.
La réouverture des marchés est une priorité ?
Le nombre de dérogations arrive aujourd’hui au compte-gouttes, des marchés vont se rouvrir progressivement c’est le souhait de tous et la préfète y porte une attention particulière.
De son côté, la chambre est en train de préparer un protocole adapté au département. Pour établir des règles de sécurité, des distances entre les étalages. Une sorte de guide des bonnes pratiques qui pourrait perdurer après la crise. Il s’agit d’organiser une vraie méthodologie en la matière. C’est pourquoi, à titre d’exemple, j’ai décalé d’une semaine le marché de Montbazens, dont je suis le maire et pour lequel je dispose d’une dérogation, pour y voir plus clair.
On parle de ce problème régulièrement en cellule de crise, tous les deux jours même, avec les services de l’État et les organisations professionnelles, réunies autour d’une même table de discussions.
Les règles de confinement ne viennent-elles pas troubler l’activité agricole ?
Beaucoup de paysans travaillent seuls ou en famille. Le problème va se poser à l’approche de la saison de l’ensilage, où des mouvements s’opèrent d’une exploitation à une autre et où l’on travaille en équipe. Il faudra trouver des solutions, on y réfléchit.
Et la main-d’œuvre, plus globalement, ne fait-elle pas défaut à ces activités ?
La main-d’œuvre concerne surtout l’agriculture sur ramassage. Les problèmes sont, de toute façon plus structurels en Aveyron que conjoncturels. Par exemple, on est un des départements phare de l’installation de jeunes en France et, pour autant, on manque toujours de salariés. Les problèmes demeurent, certes, on verra dans un mois avec le ramassage des fruits en vallée du Tarn par exemple,  mais l’élevage en particulier continue de tourner. Vous savez, les paysans sont habitués à ne pas compter leurs heures de travail…
Côté administratif, la chambre parvient-elle à fonctionner normalement ?
Nos salariés sont protégés au maximum. Nous avons quelques permanents au siège, et 320 postes de télétravail en activité. C’est cette dernière formule que nous privilégions. Côté accompagnement des exploitants, on a certes arrêté le contrôle de performances, on le reprendra plus tard, et il nous reste de la latitude sur le contrôle laitier. Et on travaille, là aussi, au téléphone.
Pour le reste, il nous faut rester vigilants. Notamment pour les 8 800 déclarations Pac qu’il nous faut faire. Il faut que l’on ait l’autorisation de les décaler au 15 juin. Ce n’est pas acté mais c’est en bonne voie.
Vous voyez donc les jours qui viennent avec sérénité ?
Il ne faut pas exagérer, même si de nombreuses choses fonctionnent, les approvisionnements notamment. Mais on sent bien que tout est en train, progressivement, de se crisper, la tension monte un petit peu plus chaque jour. La commercialisation des produits frais se tasse un peu, il demeure de nombreux soucis pour nos entreprises, pour des raisons diverses et variées. Il faut quoi qu’il en soit gérer au quotidien cette phase de stress…

Des productions face à la crise

LE LAIT
« Côté brebis, la collecte s’atténue, notamment sur le rayon de Roquefort et certains industriels s’interrogent. Au point de baisser de 10 % cette collecte, ce qui sera relativisé à l’échelle de l’ensemble de la campagne. Les choses se font donc à peu près normalement. Toutefois, l’écoulement de la production peut poser problème. C’est le cas pour trois industriels, mais les choses semblent rentrer dans l’ordre après discussions avec les producteurs. Seul demeure un problème de taille pour Fromabon qui vendait du lait de brebis en Corse. Là, le marché est bloqué.
Les interrogations sont fortes autour du lait de vache. Par rapport à l’écoulement des produits, à la baisse de la commercialisation liée aussi à un problème de main-d’œuvre, Lactalis et Sodiaal envisagent de freiner la collecte. Face aux réalités et à ses stocks, Lactalis par exemple, appelle à la modération de la production.
Ce n’est pas forcément le cas pour Jeune Montagne qui, en fabriquant du fromage, peut le stocker. Et l’aligot se consomme bien en ces temps de confinement ! »

LES VIANDES
« La première semaine de confinement, les abattoirs ont tourné à plein régime. Les gens, chez eux, ont une nette tendance à manger local. En deuxième semaine, les abattoirs de Saint-Affrique et Rodez ont eu tendance à baisser un petit peu leur activité. Pour les broutards, l’export devient plus compliqué. Le négoce demeure, mais on a du mal à trouver des transporteurs pour les expéditions. A titre d’exemple, un bateau de broutards aveyronnais est resté bloqué dans le port d’Alger…
Là où le problème est particulièrement sensible, c’est sur les agneaux de Pâques. On est en pleine saison. Les grandes surfaces avaient rentré des agneaux de Nouvelle-Zélande. Face à ce stock, la FNSEA au niveau national intervient désormais pour trouver une solution de débouchés pour les producteurs locaux, en leur donnant la priorité. Le syndicat continue ses discussions et un accord est en passe d’être trouvé. Mais il faut rester vigilant. » 



 

Propos recueillis par Christophe Cathala
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