Bernard, infirmier en Ehpad à Firmi : "On a été livrés à nous-mêmes"

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  • À ce jour, sept Ehpad dénombrent plusieurs décès liés au Covid-19 dans le département.
    À ce jour, sept Ehpad dénombrent plusieurs décès liés au Covid-19 dans le département. Illustration / Repro CP / Illustration
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Bernard, infirmier à la retraite depuis trois ans, a récemment repris du service à l’Ehpad de Firmi, durement touché par le Covid-19. Il raconte.

Après avoir mené toute sa carrière à l’hôpital Sainte-Marie, comme infirmier puis dans l’administration, Bernard (1) coulait une retraite paisible du côté de Cransac ces dernières années. Mais, alerté par la presse sur la situation critique dans l’Ehpad de Firmi au début de la pandémie, le volubile sexagénaire, "syndiqué de toujours à FO", a décidé de reprendre du service. "Soignant, c’est une vocation. Je ne me voyais pas tourner en rond chez moi alors que je pouvais aider juste à côté…", explique-t-il. Il y a deux semaines donc, il s’est rapproché du Pôle Emploi de Decazeville et en quelques heures, le voilà de nouveau en tenue de soignant à l’Ehpad Paul-Mouysset de Firmi. Depuis le début de la pandémie, l’établissement paye un lourd tribut au Covid-19. Plusieurs de ses résidents n’y ont pas survécu, le personnel a également été touché, la directrice en premier lieu. "Le personnel donne tout ce qu’il a pour gérer la situation, il n’est plus question d’heures supplémentaires ou quoi que ce soit. Mais vous savez quand le ver est dans le fruit…", réagit Bernard. Le constat est dur. "Presque tout le monde a attrapé le virus, ici", ne cache-t-il pas. Lui-même a récemment subi un test et est persuadé d’être positif. "C’est le jeu malheureusement. Quand on parle de guerre, on ne se trompe pas vraiment", souffle-t-il. Après ses premiers pas dans l’établissement, le retraité n’a d’ailleurs pu retenir ses larmes à plusieurs reprises en quittant son service. Il dit ne pas être le seul à avoir craqué. Avant de repartir au front, "parce qu’on le doit à tous nos résidents, c’est déjà très difficile pour eux d’être autant isolé". Mais surtout, l’ancien infirmier de Sainte-Marie a bien du mal à digérer plusieurs choses. "On a beau dire ce qu’on veut dans les innombrables batailles de chiffres macabres, mais le bilan est lourd. Mais, comment cela aurait-il pu être autrement quand on sait qu’il n’y a plus aucune politique de santé publique dans ce pays depuis des années ?", s’interroge-t-il.

"On a été abandonnés"

Concernant l’Ehpad de Firmi, l’un des premiers touchés dans le département, Bernard a le sentiment qu’il a été "abandonné". "Heureusement que la direction a pris des mesures fortes en isolant les cas suspects et confirmés, sinon cela aurait été dramatique. Je me demande toujours quel est le rôle de l’Agence Régionale de Santé dans cette crise. Comment se fait-il qu’on doive compter sur le conseil départemental, ou sur des dons, pour nous livrer des équipements de protection ? L’ARS est une administration, au mauvais sens du terme. Aujourd’hui, dans les Ehpad, on fait de la médecine. Et le personnel n’est pas formé pour cela !". Cette amertume, Bernard l’a encore plus développé ces derniers jours avec la campagne de tests à grande échelle lancée dans les Ehpad. "Pour nous, c’est trop tard. Cela fait trois semaines que tout le monde aurait dû être testé…".

"J’espère au moins que cette crise nous fera réfléchir sur l’avenir, car on se doit, en tant que 6e puissance mondiale, de davantage anticiper de telles pandémies avec tout le matériel et les moyens nécessaires, à l’image de ceux qu’on fait pour notre sécurité nationale", avance encore l’infirmier, confiant néanmoins que cela relève d’un "vœu pieux"

En attendant, Bernard devrait une nouvelle fois "donner un coup de main", comme il dit, à l’Ehpad de Firmi ces prochains jours. "Quand on est soignant, c’est une vocation et aujourd’hui nous sommes les soldats sans arme de cette guerre", répète-t-il. Et de conclure, ému : "Voir des gens partir sans leurs familles, en étant isolés dans une chambre de 4 m2, il n’y a rien de plus dur".

L’ARS le répète, les Ehpad sont la priorité

Campagne de dépistage lancée, plateforme mettant en lien les Ehpad avec l’hôpital de Rodez, aides humaines et matérielles en cas de besoin… Benjamin Arnal, délégué territorial de l’Agence Régionale de Santé, a rappelé en début de semaine les nombreuses actions de l’institution, de plus en plus sujettes à des critiques concernant sa gestion de la crise. Et de rappeler que ces derniers jours, de nombreux tests ont été réservés et réalisés dans des établissements touchés par le coronavirus. A l’image de l’Ehpad de Flagnac notamment ou encore d’une structure accueillant des personnes en situation de handicap, après l’apparition d’un premier cas. "Des équipes mobiles sont également envoyées dans ces établissements pour leur venir en aide. Et nous avons toujours répondu favorablement à toutes les demandes d’équipements de protection ou bien de personnel lorsqu’il y avait un besoin ", souligne encore Benjamin Arnal.

(1) : il n’a pas souhaité que son nom apparaisse.

 

Mathieu Roualdés
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