Pascal Mousset (Indépendants) : "Cet été, Paris sera une ville fantôme"

Abonnés
  • Patron de plusieurs établissements à Paris, le restaurateur originaire du Nord-Aveyron ne cache pas son inquiétude.
    Patron de plusieurs établissements à Paris, le restaurateur originaire du Nord-Aveyron ne cache pas son inquiétude. Repro CP / / Repro CP
Publié le / Mis à jour le S'abonner

Propriétaire de plusieurs restaurants à Paris, le président du groupement national des indépendants (GNI) d’Ile-de-France, originaire de l'Aveyron, évoque la situation des cafetiers et restaurateurs de la capitale et ses craintes quant à l’avenir.

 

Depuis l’annonce, le 17 mars, de la fermeture de tous les commerces non essentiels, quel est le sentiment de la profession à la veille du déconfinement ?

L’activité est au point mort avec des professionnels qui n’ont toujours pas le droit de rouvrir et n’ont aucune visibilité sur la date de reprise. Beaucoup évoquent la date du 15 juin mais personne n’en sait rien. On se prépare mais on ne sait pas pour quand.

Sur ce point, le gouvernement et la profession disent travailler en priorité à l’élaboration d’un "protocole sanitaire" : port du masque, ouverture avec 50 % de tables, ou seulement le midi… Qu’en est-il aujourd’hui ?

Les syndicats de salariés ont reçu le protocole sanitaire, ils doivent l’amender dans les prochaines heures. On espère donc pouvoir obtenir une version définitive dès lundi.

Dans ce guide de "bonnes pratiques", il est apparemment question de l’espacement des tables d’un mètre, de la limitation des réservations, de l’obligation pour les personnels de se laver les mains toutes les 30 minutes… Est-ce que c’est vraiment réalisable ?

Sans protocole officiel, il est difficile pour moi de répondre à cette question. Mais il semblerait, en effet, que l’espacement d’un mètre soit exigé entre les tables ; des tables de quatre personnes maximum. Pour le reste, je ne peux vraiment pas me prononcer.

Respecter la distanciation sociale dans un grand restaurant sera certainement plus facile que dans un petit bistrot. Alors, y aura-t-il deux protocoles différents ?

C’est la question. Mais tout sera, à mon sens, très compliqué pour les bistrots, les petits établissements. S’ils proposaient 30 places et qu’il n’en reste que 15 désormais, je ne vois pas bien comment assurer l’équilibre économique de l’établissement… Mais c’est aussi le cas des grosses affaires qui demandent un minimum de personnel pour tourner. Or le chiffre d’affaires ne permettra jamais de payer ce personnel.

Plus de 43 milliards d’euros de Prêts Garantis par l’État (PGE) ont été accordés pour venir en aide aux entreprises. L’hébergement et la restauration en mobilisent 9 %. Cette enveloppe ne suffira pas ?

À Paris, plus de 30 % des professionnels n’ont toujours pas reçu de réponses ou alors une réponse négative des banques. Soit 30 % des affaires qui sont virtuellement en cessation de paiements… Pour les autres, le problème demeure : si on n’a pas d’aménagement des loyers et des charges patronales, le PGE, on l’aura "bouffé" dans 6 mois. On se retrouvera alors avec des dettes que l’on ne pourra pas rembourser.

Que demandez-vous ?

La problématique la plus importante à Paris est celle des loyers. Nous étions dans une véritable bulle immobilière avant cette crise, avec des loyers très élevés. Si aujourd’hui, on ne peut espérer que 50 % de la recette, dans le meilleur des cas, je ne vois pas bien comment assumer le salaire du personnel plus la totalité du loyer avec une recette divisée par deux. Nous avons donc demandé au gouvernement un moratoire sur les loyers – pourquoi pas un projet de loi – qui obligerait les propriétaires dont les locataires exercent dans les métiers du tourisme, de l’hôtellerie ou de la restauration, à renégocier le montant des loyers sur 3 trimestres (du 1er juillet au 1er mars de l l‘année prochaine) au prorata du chiffre d’affaires réalisé. Au-delà de la restauration, c’est ce que demandent toutes les fédérations du commerce car qu’aujourd’hui, même ceux qui ne sont pas en fermeture administrative comme nous, ne travaillent qu’à 20 ou 30 %.

La baisse de la TVA évoquée un temps pour relancer l’économie peine aussi à vous convaincre...

La baisse de la TVA est un combat qui va desservir l’intérêt général. Selon moi, elle est contre-productive pour l’État et pour notre secteur d’activité. Le problème du moment n’est pas le pouvoir d’achat ! À cette baisse de la TVA, nous préférons l’exonération des charges patronales sur les salaires – celles que l’on verse à l’Urssaf – jusqu’à la fin de l’année. Cela représente 30 à 40 % du salaire. Ce qui nous permettrait une petite bouffée d’oxygène pour refaire un petit peu de marge et un peu de notre trésorerie. On croit beaucoup plus à cette solution qu’à une baisse de la TVA.

Beaucoup de restaurateurs se demandent s’il est opportun d’ouvrir leurs établissements s’ils ne peuvent servir que 50 % de couverts habituels. Vous comprenez ce raisonnement ?

Complètement. On ne va pas ouvrir pour ouvrir. Sachant que vous pouvez perdre davantage en ouvrant qu’en restant fermé. Je m’explique : à Paris, aujourd’hui le problème est le suivant : pour l’instant, vous n’avez pas le droit de quitter la capitale à plus de 100 kilomètres. On peut donc quand même travailler avec un bassin de population de 10 millions d’habitants. Mais ne pensez-vous pas que les Parisiens, confinés depuis mi-mars, vont quitter la capitale dès que le cercle va s’élargir ? Et ne comptez pas trop sur les touristes : il n’y aura pas de vols, rien ! Donc cet été, Paris va être une ville fantôme ! Alors effectivement, je ne vois pas bien l’intérêt de pousser nos professionnels à reprendre… À moins qu’il y ait des aménagements sur les charges et loyers. Mais là encore, si ce n’est pas rentable, pourquoi continuer ?

Selon vous, l’activité pourrait donc ne reprendre qu’au mois de septembre ?

C’est notre grande peur. Concrètement, on ne voit pas repartir l’activité à Paris avant le mois de septembre ! Il faut mettre les choses en perspective : à Paris cet été, capitale mondiale du tourisme, il n’y aura pas un seul touriste !

Pour des pans entiers de quartiers – je pense à la place du Tertre, aux Champs-Élysées, à la rue Mouffetard – si vous enlevez les touristes, la rue est vide. Et ils ne viendront pas.

Toutes les notes de conjecture tendent à prouver que la clientèle étrangère ne sera pas de retour avant la Toussaint… Au mieux ! Beaucoup de brasseries historiques situées dans des quartiers touristiques ont déjà fait le choix de ne pas rouvrir d’ici septembre.

Et malheureusement, je pense que 30 % des affaires ne vont pas passer l’été.

 

Décision attendue "fin mai"

Jeudi, le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé les conditions du déconfinement de la France à partir du lundi 11 mai. Tous les commerces pourront ainsi rouvrir à l’exception des bars, cafés et restaurants pour lesquels une décision sera prise fin mai. Pour les départements "verts", – ce n’est pas le cas de l’Ile-de-France, toujours classé en rouge – cette réouverture pourrait être envisageable dans trois semaines a complété Édouard Philippe : "Dans les départements qui se maintiennent en vert les trois prochaines semaines, nous pourrons, au tout début du mois de juin, envisager une nouvelle étape de déconfinement. Dans ceux qui ne seront pas passés en vert, il ne sera pas possible d’aller aussi loin". À suivre.

Recueillis par Aurélien Delbouis
Voir les commentaires
L'immobilier à Rodez

326 €

LOCATION APPARTEMENT RODEZ SANS FRAIS D AGENCE- Studio lumineux sur Bourran[...]

436 €

LOCATION APPARTEMENT SANS FRAIS D AGENCE- Situé dans résidence calme sur le[...]

388 €

LOCATION APPARTEMENT RODEZ SANS FRAIS D'AGENCE T1 bis 2e : entrée (placards[...]

Toutes les annonces immobilières de Rodez
Réagir