Vaccin contre le Covid-19: oiseau rare, poule aux oeufs d'or ou miroir aux alouettes?

  • Dans son dernier point daté du 6 juillet, l'OMS recense 21 "candidats vaccins" évalués dans des essais cliniques sur l'homme à travers le monde (contre 11 mi-juin).
    Dans son dernier point daté du 6 juillet, l'OMS recense 21 "candidats vaccins" évalués dans des essais cliniques sur l'homme à travers le monde (contre 11 mi-juin). FilippoBacci / IStock.com / FilippoBacci / IStock.com
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(AFP) - La quête d'un vaccin contre le Covid-19, c'est l'équivalent du "Tour du monde en 80 jours": une course planétaire plus rapide que jamais, avec d'énormes enjeux financiers. Mais gare aux effets d'annonce, aux espoirs déçus et aux problèmes de sécurité, préviennent des spécialistes.

- Combien de vaccins?
Dans son dernier point daté du 6 juillet, l'OMS recense 21 "candidats vaccins" évalués dans des essais cliniques sur l'homme à travers le monde (contre 11 mi-juin).

Le tiers de ces essais est fait en Chine. Ce pays, qui a vu émerger le virus SARS-CoV-2, veut être le premier à disposer d'un vaccin et n'hésite pas à multiplier les procédures accélérées.

La plupart des essais actuels en sont encore au stade appelé phase 1, qui vise avant tout à évaluer la sécurité du produit, voire en phase 2 (où on peut déjà explorer la question de l'efficacité).

Deux des candidats sont au stade le plus avancé, la phase 3, où l'efficacité est mesurée à grande échelle: le projet européen de l'Université d'Oxford, en coopération avec la société AstraZeneca, et celui, chinois, du laboratoire Sinovac, en partenariat avec l'institut de recherche brésilien Butantan.

Outre les essais déjà entamés, l'OMS comptabilise 139 projets de candidats vaccins qui sont en phase pré-clinique d'élaboration.

- Quelles techniques?
Il existe différentes approches, avec des catégories de vaccins éprouvés ou au contraire expérimentaux.

Certaines équipes travaillent sur des types de vaccins classiques, qui utilisent un virus qu'on a "tué" (ce sont les vaccins de type "inactivés") ou rendu moins virulent (les "vivants atténués").

Il y a également des vaccins dits "sous-unitaires", à base de protéines (des antigènes) qui déclenchent une réponse immunitaire, sans virus.

D'autres vaccins, dits "à vecteur viral", sont plus innovants: on utilise comme support un autre virus (par exemple celui de la rougeole, comme le fait l'Institut Pasteur) qu'on transforme et adapte pour combattre le Covid-19.

Enfin, d'autre projets novateurs concernent des vaccins "à ADN" ou "à ARN", des produits expérimentaux utilisant des morceaux de matériel génétique modifié.

"Plus il y a de candidats vaccins, et surtout plus il y a de types de candidats vaccins, plus on a de chances d'aboutir à quelque chose", explique à l'AFP Daniel Floret, vice-président de la Commission technique des vaccinations, rattachée à la Haute autorité de santé (HAS) française.

- Quels résultats?
Pour le moment, seuls des résultats partiels ont été rendus publics, certains décrits comme "encourageants" par les firmes.

"Il y a des effets d'annonce considérables du milieu industriel pharmaceutique, qu'il faut regarder avec beaucoup de prudence", confie à l'AFP l'immunologiste Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique qui guide les autorités françaises pendant la pandémie.

"Une injection du vaccin chez 30 personnes qu'on nous annonce comme un résultat, eh bien ce n'est pas un résultat", ajoute-t-il.

Les communiqués des firmes sont destinés "à l'information du public" mais aussi "à la Bourse" et "ça n'est jamais neutre", abonde le Pr Floret. "C'est important qu'ils nous montrent qu'ils sont en train d'accélérer les choses, mais il faudra quand même voir les résultats, et pour l'instant, on ne les voit pas".

- Vite et bien?
Partout dans le monde, les procédures ont été accélérées de façon inédite.

"Ca avance très vite (...) et les projets vont peut-être même un peu plus vite que ce qui avait été prévu", indique à l'AFP Christophe d'Enfert, de l'Institut Pasteur.

Des levées de fonds internationales ont été lancées par les Etats et de grosses fondations, même si les Etats-Unis font cavalier seul, à la différence de l'Europe et d'autres pays.

L'administration Trump a mis sur pied l'opération "Warp Speed" ("au-delà de la vitesse de la lumière") pour tenter de produire 300 millions de doses d'un vaccin d'ici janvier 2021, afin de vacciner en priorité les Américains.

Les entreprises "essaient de mettre au point un vaccin et, en même temps, mettent en place le processus industriel pour le fabriquer, alors qu'en général on attend pour cela d'avoir des résultats", explique le Pr Delfraissy.

"C'est pourquoi elles demandent un financement aux pays, en disant: on prend le risque de partir sur un vaccin qui ne marchera peut-être pas et si on met le processus industriel en route, il faut qu'on soit en partie couverts par un financement international", reprend-il.

- Problèmes de sécurité?
"Pour autoriser un vaccin contre le Covid-19, il faudra que les essais cliniques apportent un fort niveau de preuve sur sa sécurité, son efficacité et sa qualité", a prévenu l'Agence européenne du médicament (EMA).

Car aller trop vite dans les essais cliniques "peut poser problème" en termes de sécurité, souligne Daniel Floret.

Selon lui, "l'un des points-clés sera d'apporter la preuve que le vaccin n'est pas susceptible d'entraîner une exacerbation de la maladie", c'est-à-dire de la rendre plus grave chez les personnes vaccinées, à l'opposé de l'objectif.

C'est arrivé sur des singes "lors de tentatives de développement de vaccins contre le MERS-CoV et le SARS", deux autres coronavirus.

Chez l'homme, ce phénomène d'aggravation de la maladie avait également été observé dans les années 60 avec certains vaccins contre la rougeole, qui ont été retirés, et contre la bronchiolite du nourrisson, qui a été abandonné, rappelle l'expert.

- À quand un vaccin?
L'EMA estime "que cela pourrait prendre au moins jusqu'au début 2021 pour qu'un vaccin contre le Covid-19 soit prêt à être approuvé et disponible en quantité suffisante" pour un usage mondial.

Mais les plus optimistes, à commencer par certaines entreprises pharmaceutiques, assurent que c'est possible dès cet automne.

"Je ne suis pas sûr que ce soit très réaliste de dire qu'on aura un vaccin à l'automne, il faut tempérer cet enthousiasme", juge le Pr Floret, qui "table au mieux sur le premier trimestre 2021".

"Si on y arrive à cette échéance, ce sera déjà un sacré prodige", alors que cela prend d'habitude plusieurs années.

- Et s'il n'arrivait jamais?
Le monde attend un vaccin comme le Messie, ou en tout cas comme le seul moyen infaillible de mettre fin à la pandémie de Covid-19. Mais est-ce possible qu'on ne le trouve jamais?

"Ca n'est pas gagné d'avance", concède le Pr Delfraissy. "On n'a jamais mis au point de vaccin contre un coronavirus, même si on ne s'en est jamais donné totalement les moyens".

"Il y a un certain degré d'incertitude sur notre capacité à mettre au point un vaccin contre ce coronavirus, mais en tout cas, tous les éléments pour y arriver sont en place", nuance-t-il.

"Tout est possible, mais là, un maximum de moyens ont été mis, un maximum de techniques différentes envisagées et il serait tout de même étonnant qu'on n'y arrive pas", avance le Pr Floret.

Mais même si les recherches aboutissent, il restera une ultime question, de taille: les gens accepteront-ils de se faire vacciner, dans un contexte de défiance grandissante envers la vaccination?

"Comme le montre la répétition des épidémies de rougeole, nous n'avons pas été très bons pour répondre aux inquiétudes des gens sur les vaccins. Et si nous n'apprenons pas de ces erreurs, tout programme de vaccination contre le coronavirus est condamné d'avance", craint une pédiatre américaine, Phoebe Danziger, dans une tribune publiée jeudi par le New York Times.

Relaxnews
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