Maisons ouvrières et maisons d’ingénieurs dans le bassin de Decazeville

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À Decazeville et dans la plupart des autres communes du Bassin, maisons d’ouvriers et d’ingénieurs marquent le paysage urbain, rappelant l’emprise de l’industrie pendant plus d’un siècle et demi. Une industrie omniprésente durant l’âge d’or du charbon et de la métallurgie.

"Là où il n’y avait rien, une ville s’est créée, le travail s’est établi et avec lui le bien-être et l’aisance." Ces mots furent prononcés le 3 novembre 1860, par le maire de Decazeville, Jean Declerck, lors du discours rendant hommage au fondateur de la ville, le Duc Decazes, qui venait de mourir quelques jours auparavant. Nées de l’industrie, Decazeville et les communes qui l’entourent ont été façonnées par l’industrie. Jusque dans leur architecture. Il en est ainsi de ces maisons ouvrières et de ces maisons d’ingénieurs qui façonnent le paysage urbain de ce qui fut le principal bassin ouvrier du département de l’Aveyron, l’un des tout premiers de la région et même du pays.

De Decazeville à Viviez, en passant par Boisse-Penchot, sur les bords du Lot, on découvre ainsi de nombreuses habitations, qui rappellent les conditions de vie d’autrefois, selon la classe à laquelle on appartenait. De belles maisons cossues, généralement sur les hauteurs, bien exposées, ou à l’écart, pour les personnels d’encadrement. Des logements casernes ou de modestes maisons groupées pour les ouvriers.

De l’allée Fayol au quartier du Soulacre

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À Decazeville, l’allée Fayol, ou allée des ingénieurs, regroupe plusieurs maisons d’ingénieurs, des mines et des usines, qui vivaient pour ainsi dire, dans un monde presque clôt, à l’écart du reste de la population. "Ces bâtisses spacieuses, aux nombreuses pièces, étaient les premières à disposer du chauffage central à Decazeville. Les ouvriers et leur famille ne passaient jamais par là, par respect et par crainte", rapportait un chroniqueur de La Dépêche du Midi. On trouve également plusieurs maisons d’ingénieurs, dans le quartier du Soulacre, rue Emile-Nègre, et sur les hauteurs de la ville, Côte d’Azur.

Un certain confort avant l’heure

Maisons ouvrières et maisons d’ingénieurs
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Les logements ouvriers de Vieille-Montagne offraient un certain confort avant l’heure, avec le chauffage, l’eau courante et un petit jardin. Ce qui était loin d’être cas dans tout le Bassin, où certains ouvriers vivaient dans de véritables taudis. Un confort qui n’avait toutefois rien de comparable avec celui réservé aux personnels d’encadrement. Le directeur de Vieille-Montagne occupait d’ailleurs le château du village, édifié en 1208, par ordre du comte de Toulouse et comte du Rouergue, Raymond VI. Un château aujourd’hui propriété d’une famille britannique qui propose des chambres d’hôtes.

Un habitat ouvrier bien conservé

Maisons ouvrières et maisons d’ingénieurs
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Les maisons ouvrières des travailleurs de l’usine Vieille-Montagne furent construites au tout début du XXe siècle. Cet habitat, qui traduit parfaitement le paternalisme industriel de l’époque, reste très bien conservé et la grande majorité de ces logements casernes sont habités. Plusieurs bâtiments ont d’ailleurs fait l’objet d’importants travaux de restauration, certains occupants ayant souhaité redonner aux bâtiments leurs couleurs d’origine. Fille d’un ancien ouvrier de Vieille-Montagne, Nicole (notre photo) vit dans l’un de ces logements et elle s’y sent bien.

À Viviez, tout ou presque appartenait à Vieille-Montagne

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Les Viviézois, vous le diront : "Viviez, c’était la Vieille." À ce propos, la lecture du traité (1936) de Martial Pradalié sur l’Industrie du zinc à Viviez-Penchot, situe parfaitement le contexte. "En 1902, fut entreprise par la Société la construction d’une agglomération neuve dans la vallée du Rieux Mort. Les usines disposaient déjà de pas mal de maisons achetées aux propriétaires de Viviez, mais en quantité insuffisante. Les travaux commencèrent par la mise en chantier de huit maisonnettes à deux logements destinées aux employés des bureaux et aux surveillants des fours. Puis furent élevées vingt bâtisses contenant cinq logements ouvriers chacune et munies d’un confort relatif. Chaque appartement se compose de deux pièces au rez-de-chaussée et de trois chambres au premier étage, d’une cave, d’un grenier et d’un jardinet. En outre de véritables agglomérations réservées aux chefs de service s’élèvent au-dessus du village de la Boudie et sur une colline dominant à l’Ouest le bourg de Viviez. D’autres maisonnettes ont été aussi installées au Crouzet Cela fait un total de plus de 200 logements fournis par la Société. Ces constructions coquettes donnent au paysage un cachet de propreté et d’aisance dont est dépourvu par ailleurs le Bassin houiller. Les usines se sont en quelque sorte incorporées au pays même. Les efforts de la Vieille Montagne ne se sont pas bornés là : à l’intention du personnel ont été installés des établissements de bains douches, ouverts au public, une salle des fêtes, une coopérative pour le pain, une Caisse d’Épargne, et diverses œuvres sociales que l’État a pris à sa charge récemment. Ces initiatives pèsent lourdement sur le budget de la Société : en 1929, elles représentaient plus de 8 % dans les dépenses totales de fabrication. Néanmoins elles ne sont pas restées inutiles puisqu’elles ont contribué à relever le niveau de vie de la population. L’ouvrier partage son temps entre l’usine, où le travail se continue nuit et jour dans certains services, et la culture d’un petit jardin où viennent les légumes nécessaires à la famille, et où il élève de la volaille, des lapins et quelquefois un ou deux porcs."

Des zingueurs et des verriers

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Pendant très longtemps, la cité de Boisse-Penchot a vécu au rythme de l’industrie et a accueilli de nombreuses familles d’ouvriers, verriers et zingueurs. L’industrie du verre s’est installée dans la plaine du Lot en 1842, en raison de la proximité des lieux d’extraction de la houille. La verrerie a fabriqué des bouteilles jusqu’en 1914, puis du verre à vitres. L’usine a été fermée, en 1941, pendant la guerre puis rachetée par Saint-Gobain, en 1945. Elle a fonctionné jusqu’au début des années 50. "Les ouvriers verriers n’étaient assimilés à aucune catégorie de travailleurs. Ils avaient les salaires les plus élevés dans l’industrie et les heures de travail les plus réduites. À Boisse-Penchot, ils étaient logés et chauffés moyennant une retenue insignifiante sur leur salaire", peut-on lire dans Le Bassin houiller de l’Aveyron illustré de 1906. Penchot, où de nombreux logements des verriers sont encore habités.

Témoignages d’une grandeur passée

Maisons ouvrières et maisons d’ingénieurs
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Sur les hauteurs de Decazeville (comme ici la Villa Mélanie, dans le quartier de la Côte d’Azur), ou de Viviez, de nombreuses maisons cossues, au style facilement reconnaissable, témoignent d’une grandeur passée. Du temps où Decazeville jouait dans la cour des grands. Celle des grands bassins sidérurgiques et miniers. Alors, bien sûr, certaines de ces coquettes villas auraient besoin d’un bon coup de rafraîchissement, mais elles n’en conservent pas moins un charme certain.

Les casernes n'ont pas changé

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Quand on compare les cartes postales de l’époque (ci-contre) avec les photos actuelles, on s’aperçoit, finalement, que les dizaines de logements casernes de la cité de Sinçay (du nom d’un ancien directeur, qui "a fait de Vieille-Montagne, l’un des plus grands établissements industriels du XIXe siècle"), à l’entrée de Viviez n’ont presque pas changé. Très peu, tout du moins. Et l’on imagine facilement ce que pouvait être la vie de l’époque, avec de nombreux enfants qui s’amusaient dans les allées qui séparent les rangées de logement.

Joel Born
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Les commentaires (1)
Aveyron13 Il y a 4 mois Le 24/07/2020 à 10:10

Le personnel de la vieille Montagne ouvriers et ingénieurs était logés dans des maisons ou appartements de fonction moyennant un loyer modeste.
Dans les années 80 la vieille montagne a décidé de mettre en vente tout son patrimoine immobilier et après expertise chaque occupant a pu se rendre propriétaire de son logement.