Aveyron : la mémoire de Suzon Garrigues au "grand procès"

  • Suzon Garrigues, 21 ans,  voulait être journaliste.  Son corps repose aujourd’hui au cimetière du Père-Lachaise.
    Suzon Garrigues, 21 ans, voulait être journaliste. Son corps repose aujourd’hui au cimetière du Père-Lachaise.
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Alors que s’ouvre le procès hors-norme des attentats du 13 novembre 2015 à Paris ce mercredi, la famille aveyronnaise de Suzon Garrigues, tuée au Bataclan, se confie sur ce qu’elle attend de ces neuf mois de débats.

Suzon Garrigues avait 21 ans. Elle aimait le rock, Keith Richards, bien manger, l’osso bucco mijoté par son père, boire un verre de vin entre amis sur les terrasses parisiennes, Émile Zola et la littérature qu’elle étudiait à la Sorbonne en troisième année de licence de lettres modernes, les voyages… Elle aimait aussi l’Aveyron et Rodez, terres de son père Jean-Michel avant qu’il ne rejoigne Paris et Maisons-Laffitte pour y ouvrir son cabinet de dermatologie. Terres aussi de son grand-père Jean, fondateur d’une clinique que tout le monde appelait "la clinique Garrigues". Suzon Garrigues aimait surtout la vie.

Le 13 novembre 2015, c’est tout sourire comme à son habitude, qu’elle se rend au Bataclan pour voir les Eagles of Death Metal. Elle est accompagnée de son jeune frère, Paul, à qui elle a offert la place pour ses 17 ans. Par SMS, Suzon partage son bonheur à plusieurs de ses amis. La salle est pleine, l’ambiance s’annonce "top". Mais à 21h47, la musique s’arrête. Trois terroristes entrent et ouvrent le feu. Dans la cohue, Paul est poussé vers la sortie par la foule. Il échappe à la mort par miracle. Suzon, elle, tombe sous les balles des assaillants. Sa famille l’apprendra le lendemain. " On espérait qu’elle soit dans un hôpital, l’attente fut horrible… ", se souvient Marlène Calvignac, sa belle-mère, avec qui elle partageait sa vie depuis plusieurs années dans le XIe arrondissement au sein d’une joyeuse tribu recomposée de cinq enfants. Rapidement, les hommages affluent. Le président de l’université de la Sorbonne salue "la plus généreuse, la plus altruiste et la plus drôle des amies", une amie de la famille parlera d’une personne qui "détestait les conflits, l’agressivité et prenait toujours le temps d’écouter sa famille et ses amis".

"Ce procès, c’est pénible pour nous"

Six ans plus tard, le procès hors-norme des attentats du 13 novembre qui s’ouvre aujourd’hui à Paris ravive ce douloureux souvenir pour la famille de Suzon. "Ça nous replonge dedans, c’est pénible ", confie sa belle-mère. Avec le père de Suzon, ils n’attendent " pas grand-chose " des neuf mois de débats et ne témoigneront pas à la barre. "On vit ce drame et l’absence de Suzon au quotidien, c’est déjà assez douloureux. Et témoigner, ce serait remuer des souvenirs et se replonger de nouveau dans cette horreur. Nous n’en avons pas envie. Ce procès, quand on est dedans comme nous, c’est plutôt pénible. On a pas mal de gens qui nous envoient des messages, ça nous replonge au moment du drame où tous les jours on recevait des dizaines de messages d’associations, d’avocats, de gens qu’on ne voyait plus…", souffle Marlène Calvignac, qui compte néanmoins se rendre " au moins une fois" dans la salle dite du "grand procès", spécialement construite au sein de l’historique palais de justice de Paris, sur l’île de la Cité.. Paul, le petit frère de Suzon, ne témoignera pas non plus. "Il ne veut absolument pas en entendre parler, il ne supporte pas quand des gens évoquent ce drame…"

"Comment peut-on devenir aussi inhumain ?"

Des 14 accusés présents dans le box, parmi lesquels le seul membre du commando encore en vie, Salah Abdeslam, Marlène Calvignac aimerait en voir " une once d’humanité ". " Mais, je ne pense pas qu’il parlera, ni même demandera pardon. Aujourd’hui, les seules questions que j’ai, c’est comment un individu peut en arriver là ? Comment peut-on devenir aussi inhumain, tuer des gens à bout portant ? Mais, je ne pense pas que le procès réponde à ce genre de questions… On n’attend vraiment rien ".

L’interrogatoire de Salah Abdeslam est prévu les 13 et 14 janvier 2022. Avant cela, la parole sera aux quelque 1800 parties civiles. En mémoire à Suzon Garrigues. À Mathieu Hoche, un jeune papa de 37 ans qui avait ses habitudes dans le Sud-Aveyron et la maison familiale du Viala-du-Pas-de-Jaux, tué également au Bataclan. Et à toutes les autres victimes. Ces attentats du 13-Novembre sont les plus meurtriers ayant jamais frappé la France. 130 personnes ont perdu la vie.

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