Sylvain Macchi, l’homme qui vit avec les loups

  • Sylvain Macchi, l’homme qui vit avec les loups
    Sylvain Macchi, l’homme qui vit avec les loups José A. Torres
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    Sylvain Macchi, l’homme qui vit avec les loups José A. Torres
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    Sylvain Macchi, l’homme qui vit avec les loups José A. Torres
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Nature. Au cœur d’une Lozère encore sauvage, les loups du Gévaudan évoluent paisiblement dans un site d’une vingtaine d’hectares. Depuis des années, le responsable zootechnique du parc consacre sa vie à ce super prédateur fascinant.

Animal fascinant pour les uns. Nuisible et dangereux pour les autres. Depuis la nuit des temps, le loup hante nos esprits. Nourrit nos peurs, nos fantasmes. Et il est facile de l’accuser de tous les maux. Surtout quand il peut rapporter quelques primes... Difficile cohabitation entre l’homme et l’animal sauvage. L’homme est un loup pour l’homme, écrivait déjà le dramaturge romain Plaute, deux siècles avant Jésus-Christ.

La formule, aujourd’hui largement répandue et qui en dit suffisamment long, fut reprise et rendue célèbre au début du XVIIe siècle, par le philosophe anglais Thomas Hobbes. Sans remonter si loin, il me souvient des nombreuses conversations sur le sujet -qui le mettait parfois en colère, tant il trouvait certaines critiques injustes, certains commentaires exagérés voire mensongers- avec mon ancien collègue Hugues Ménatory, dont le père Gérard fut, durant toute sa vie, un fervent défenseur des loups, auxquels il consacra une grande partie de son énergie, de ses recherches et de son érudition.

Une centaine de loups en semi-liberté

 Le parc dirigé par Joseph Matera est l’œuvre de Gérard Ménatory. Dans ce vaste espace d’une vingtaine d’hectares, une centaine de loups polonais, sibériens, canadiens, mongols et arctiques, s’ébattent en semi-liberté. Sur les sept hectares ouverts au public, un circuit piétonnier parsemé de promontoires et bientôt de baies vitrées, permet d’observer les meutes des cinq sous-espèces du loup gris, le canis lupus. Une extension de 3 ou 4 hectares, dans une partie plus boisée, verra prochainement le jour. Non loin de là, en contrebas du village et de l’enclos des cervidés, un parc d’observation d’une douzaine d’hectares a été réalisé avec le concours de la fondation Brigitte Bardot (en 1991, l’ancienne actrice avait fait don de 80 loups de Mongolie, capturés par des braconniers, à Gérard Ménatory).

12 kg à 15 kg de viande par semaine

Doté d’un mirador, ce deuxième parc, où le loups évoluent plus facilement à l’abri des regards, attire régulièrement scientifiques et étudiants. Les animaux sont nourris trois fois par semaine, chaque loup, en fonction de son âge et de sa taille, dévorant une ration hebdomadaire de 12 kg à 15 kg de viande de bœuf ou de mouton. Chaque printemps, plusieurs naissances, plus ou moins viables selon les conditions météorologiques, rythment la vie du parc, permettant d’assurer un renouvellement naturel. Des louveteaux sont parfois donnés à d’autres parcs, en France ou à l’étranger. Dans chaque meute, le couple dominant, appelé couple alpha, est chargé de la reproduction. Il arrive qu’un loup (le loup oméga) soit rejeté par la meute. L’animal doit alors être isolé pour le protéger des agressions, parfois mortelles, de ses congénères.

«Certains loups peuvent vous tester»

Sylvain Macchi a rencontré Gérard Ménatory en 1990 et travaille dans le parc depuis 1995. Responsable zootechnique, considéré comme l’un des spécialistes actuels des loups, il vit au quotidien sa passion pour ce grand carnivore, super prédateur, qui ne craint personne, mais reste un animal très méfiant. «Pour moi c’est comme un aboutissement. Jeune, j’étais fasciné par les loups, les chats sauvages et les tigres, raconte-t-il. J’ai eu comme un déclic après avoir lu un article sur l’Américain Jack Lynch, “Les loups l’on adopté”.»

Comment définir son rapport à l’animal ?

«Tout dépend des groupes. Il faut composer avec le comportement de l’espèce et le caractère de chaque individu. C’est un peu comme avec les humains. Certains loups peuvent vous tester, vous provoquer. C’est souvent le cas pour les plus jeunes.» Car si les loups du Gévaudan vivent en captivité, avec une espérance de vie de l’ordre de 10 à 12 ans, contre 6 à 8 ans en milieu naturel, aucun d’entre eux n’a été imprégnié par l’homme. Les loups du Canada sont les plus familiers du parc. Mais il convient de toujours rester sur ses gardes. «Il m’a fallu cinqans pour passer du statut d’étranger au statut d’invité», témoigne Sylvain, qui a appris (et continue à apprendre tous les jours) à vivre avec les loups et à se faire accepter.

Environ 300 loups à l’état sauvage

En France, où l’animal fut éradiqué durant l’Entre-deux-guerres, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage a recensé environ 300 loups à l’état sauvage, sur une population mondiale estimée à 300 000 individus. Protégés depuis les années 70, les loups italiens ont progressé vers la France. Dès 1995, une colonisation de l’arc alpin fut constatée dans 7 départements. Les présences de quelques individus ont également été relevées en Lozère, en Aveyron, dans le Cantal. La protection des troupeaux constitue le problème majeur. Et provoque bien des tensions.

«En Italie ou en Espagne, où les populations lupines sont plus importantes, il y a moins d’attaques de troupeaux parce qu’ils sont mieux protégés, explique Sylvain Macchi. Il faut à la fois une présence humaine, une présence canine et un regroupement nocturne. Si ces trois conditions ne sont pas réunies, il peut y avoir des problèmes.» Avant de nous quitter, Sylvain Macchi nous invite à pénétrer avec lui dans l’enclos des loups du Canada. Autant dire que nous n’en menons pas vraiment large. Surtout lorsque le chef de la meute vient poser son regard sur ses progénitures et ces deux étrangers. Ce regard terriblement pénétrant. À nul autre pareil.

Joël Born
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