Le «vrai» tour de France cyclotouriste de Claude Jonis

  • Sur son vélo, Claude Jonis a parcouru bien des routes de l’Hexagone.
    Sur son vélo, Claude Jonis a parcouru bien des routes de l’Hexagone. JB
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Insolite. Durant sept étés consécutifs, Claude Jonis a profité de ses premières années de retraite pour accomplir, à vélo, un vrai tour de France, en parcourant les routes de bords de mer et frontalières.

Il pédale, il pédale, Claude Jonis. Et il continue de pédaler à plus de 80 printemps... Presque comme un jeune homme. Quand il n’est pas chez lui, dans sa maison de Nantuech, sur les hauteurs de Decazeville, vous avez toutes les chances de le trouver sur son vélo. Deux fois par semaine, qu’il pleuve, qu’il vente, ou qu’il fasse grand soleil, il effectue ses deux sorties à bicyclette de 70 et 90 kilomètres. « Le vélo, ça fait du bien. Le plus dur, c’est de se lever et de se dire il faut y aller. Après, une fois que je suis sur le vélo, ça va », lâche modestement ce véloce octogénaire, qui affiche déjà plus de 4 000 km au compteur, depuis le début de l’année.

Avec le vélo de sa mère

Claude Jonis a réalisé ses premières escapades cyclistes avec le vélo de sa mère. Jeune, il a pris part à quelques courses sous les couleurs des clubs de Capdenac et Villefranche-de-Rouergue. Un bon rouleur, mais parfois trop bagarreur. « Ça m’a valu quelques bouquets », plaisante-t-il. Une fois la retraite arrivée, l’ancien dessinateur de charpentes métalliques s’est lancé un premier pari insensé : réaliser un vrai tour de France, en empruntant toutes les routes de bords de mer et frontalières de l’Hexagone.

Durant sept étés consécutifs, de 1995 à 2001, tel un pèlerin, le jeune retraité a effectué son long et incroyable périple cyclotouriste, avec son vélo chargé de 15 kg de bagages. Ainsi, chaque fin du mois de juin, il s’est élancé au départ de Decazeville pour boucler de 10 à 13 étapes, selon les années. Un « vrai » tour de France de 7 423 km et, même, de 12 885 km avec les « diagonales ».

«Cela m’a permis de découvrir notre pays»  

Comme il a pris pour habitude de le faire depuis cette époque, Claude Jonis a tout consigné par écrit sur des cahiers d’écoliers, où l’on apprend, par exemple, que son extraordinaire aventure lui a valu de passer 660 heures sur son vélo. Et qu’il a chuté, une seule fois, à Dunkerque, après avoir été accroché par une voiture, dans une indifférence quasi générale.

Le soir, après avoir mis pied à terre, il s’offrait une bonne nuit de repos à l’hôtel. Avec, parfois, quelques surprises. Comme cette nuit d’orage, près de Bordeaux, où une femme dénudée s’est trompée de chambre et s’est retrouvée dans la sienne...  «Cela m’a permis de découvrir notre pays, savoure-t-il. Et comme j’étais en forme, j’ai décidé de visiter à vélo tous les autres départements que je ne connaissais pas encore.»  

Plus de 500 000 km depuis 1975

Homme de défi, Claude Jonis a multiplié les exploits cyclotouristes. Ainsi, après son tour de France, il a accompli, dans le même esprit, les tours de l’Aveyron, du Cantal, de la Lozère, du Tarn-et-Garonne... Un jour, il a rallié, d’un seul trait, les quelque 300 kilomètres qui séparent Decazeville de Lourdes. Un pari qu’il s’était fait à lui-même après avoir échappé d’un rien à la mort et à une balle perdue, en Algérie. De 1987 à 2011, l’insatiable cyclotouriste a effectué plus de 830 sorties différentes au départ de Decazeville. « Chaque fois, je me débrouillais pour emprunter une portion de route que je ne connaissais pas », raconte-t-il.

Depuis 1975, Claude Jonis a parcouru plus de 500 000 km - « sans tricher » - et franchi plus de 300 cols. Aujourd’hui licencié - avec son épouse Gisèle, à qui il a communiqué sa passion - au club cyclotouriste de Linac, il a quelque peu levé le pied. Mais il garde encore la forme. Jusqu’à l’âge de 75 ans, il terminait chacune de ses sorties, en gravissant le «mur» de la terrible côte de Nantuech, qui conduit jusqu’à son domicile. « Le vélo, ça fait du bien, répète-t-il. Je marche à mon rythme, je m’arrête quand je veux ».

L’étape ruthénoise de ce Tour de France 2015, le retraité decazevillois, qui miserait bien une petite pièce pour la victoire finale sur Contador ou Quintana, la regardera à la télévision. « À Rodez il y aura trop de monde ». D’ici là, si vous le croisez sur une route aveyronnaise, vous le reconnaîtrez facilement à son coup de pédale très fortement chaloupé. D’ailleurs, lui-même en rigole. « Je crois que j’ai pris cette habitude avec le vélo de ma mère...» 

Joël Born
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