Le gouvernement Temer prépare les Brésiliens à "des mesures difficiles"

  • Le président brésilien Michel Temer (C) entouré de son chef de cabinet Eliseu Padilha (G) et du ministre de l'Economie Henrique Meirelles, le 13 mai 2016 à Brasilia
    Le président brésilien Michel Temer (C) entouré de son chef de cabinet Eliseu Padilha (G) et du ministre de l'Economie Henrique Meirelles, le 13 mai 2016 à Brasilia AFP - ANDRESSA ANHOLETE
  • Michel Temer assume la présidence du Brésil Michel Temer assume la présidence du Brésil
    Michel Temer assume la présidence du Brésil AFP/Archives - Anella RETA, Gustavo IZUS
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Centre Presse Aveyron

Le nouveau gouvernement brésilien de Michel Temer s'est mis au travail vendredi en préparant la population à des "mesures difficiles" pour affronter "la pire crise économique de l'histoire du pays" divisé par des mois d'âpre lutte de pouvoir.

A peine formé, ce gouvernement au profil libéral et conservateur suscitait des critiques: ses 24 membres sont tous des hommes, blancs, pour la première fois depuis des décennies, et sept d'entre eux cités dans l'enquête sur l'énorme scandale de corruption Petrobras.

Au lendemain du vote historique du Sénat qui a suspendu du pouvoir Dilma Rousseff dans le cadre d'une procédure de destitution contestée, tout indiquait qu'il n'y aura pas d'Etat de grâce pour le président par intérim Michel Temer.

"La priorité est désormais de maîtriser la dépense publique", a déclaré le nouveau ministre de l'Economie Henrique Mereilles, un ancien président de la Banque centrale dont la nomination a été bien accueillie par les milieux économiques.

M. Mereilles a promis que le programmes sociaux en faveur des plus démunis, implantés par la gauche, "seront maintenus".

Mais il a préparé les Brésiliens à un paquet de mesures impopulaires: "indispensable" réforme du système des retraites déficitaire, augmentation temporaire des impôts "si nécessaire" et réforme du droit du travail.

Lors de sa première conférence de presse très attendue, M. Mereilles s'est toutefois gardé d'annoncer des mesures chiffrées.

"Nous avons avons commencé à travailler hier soir et nous sommes en train de prendre connaissance des chiffres. Les objectifs doivent être annoncés avec réalisme", et les mesures "mûries et négociées" pour pouvoir être approuvées au Parlement, a-t-il expliqué.

Il s'est dit confiant dans le fait que la société brésilienne était "mûre" et "mieux préparée à accepter des mesures d'ajustement difficiles".

"Nous vivons la pire crise économique de l'histoire du Brésil", a souligné le chef de cabinet (quasi Premier ministre) de Michel Temer, Eliseu Padilha, à l'issue du premier Conseil des ministres.

- 'Dehors la corruption' -

Le géant émergent d'Amérique latine est plongé dans une profonde récession. Son PIB s'est contracté de 3,8% en 2015 et devrait chuter d'autant cette année.

La dette publique et les déficits augmentent rapidement, comme le chômage qui frappe 11 millions de Brésiliens. L'inflation élevée contraint la Banque centrale à maintenir un taux directeur de 14,25%, l'un des plus élevés au monde, qui décourage les investisseurs.

"Les gens sont sortis manifester dans les rues pour deux choses: un Etat sans corruption et efficace. Eh bien, dehors la corruption et bienvenue à l'efficacité", a promis M. Padilha, lui-même en délicatesse avec la justice, reconnaissant que ce serait "très difficile".

M. Temer avait promis jeudi de ne pas entraver l'enquête sur le scandale de corruption autour du groupe pétrolier étatique Petrobras, qui éclabousse autant le Parti des travailleurs (PT) de Mme Rousseff que sa propre formation, le grand parti centriste PMDB.

Le chef de cabinet de M. Temer s'est efforcé de justifier l'absence remarquée de femmes dans le nouveau gouvernement: "Nous en avons cherché, mais en raison du calendrier resserré, cela n'a pas été possible".

"Nous avons peu de temps" pour convaincre, avait prévenu la veille Michel Temer, 75 ans, tout aussi impopulaire que Mme Rousseff, à la chute de laquelle il a activement œuvré ces derniers mois depuis la vice-présidence.

La suspension de Dilma Rousseff, ex-guérillera de 68 ans devenue la première femme présidente du géant sud-américain en 2011, sonne le glas d'une époque dorée pour la gauche en Amérique Latine.

Mme Rousseff a appelé jeudi les Brésiliens à "se mobiliser" contre le "coup d'Etat" dont elle se dit victime, avant de quitter la présidence. "J'ai pu faire des erreurs mais je n'ai pas commis de crime" de responsabilité.

L'opposition de droite l'accuse d'avoir dissimulé l'ampleur des déficits publics en 2014 pour se faire réélire, ainsi qu'en 2015, via des tours de passe-passe budgétaires.

Mme Rousseff souligne que tous ses prédécesseurs ont eu recours à cette pratique sans avoir jamais été inquiétés.

Source : AFP

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