Justice

A 75 : 138 kilos de drogue cachés dans des salades et deux convoyeurs en prison

Abonnés
  • Après leur saisie, les 122 sachets ont rempli une pleine armoire des douanes.
    Après leur saisie, les 122 sachets ont rempli une pleine armoire des douanes. Repro CPA -
  • Le document judiciaire sur lequel on voit la taille du camion  et l'empilement de palettes dans lesquelles la drogue a été trouvée.
    Le document judiciaire sur lequel on voit la taille du camion et l'empilement de palettes dans lesquelles la drogue a été trouvée. Repro CPA -
Publié le / Modifié le S'abonner
Les deux transporteurs polonais interpellés par les douanes sur l'A 75 près de Campagnac, savaient-ils que leur semi-remorque abritait autant d'herbe de cannabis ? Le tribunal a tranché : trois ans de prison ferme. 

Ils ont 60 et 53 ans, sont de nationalité polonaise et ne s'attendaient manifestement pas à partir en prison au terme de leur comparution immédiate, ce lundi après-midi au tribunal correctionnel de Rodez. Traduire les débats fut un peu compliqué pour leur interprète mais l'essentiel a été compris de part et d'autre : les deux hommes convoyaient de la drogue dans leur semi-remorque. "Sans le savoir", expliquent-ils. "En connaissance de cause" leur répondent en substance les magistrats.

414 000 euros de cannabis

Et de substance, il y en avait : 138 kilos d'herbe de cannabis répartis en 122 sachets de 155 g à 1,6 kg cachés dans... trois palettes de salades espagnoles. Il y en a pour 414 000 euros, le double après revente. 

L'aventure des deux compères prend un virage judiciaire quand les douanes arrêtent leur ensemble routier le 17 janvier sur l'A75 au niveau de la sortie 41 (Campagnac). Ils reviennent de Barcelone où ils ont chargé des salades, mais aussi des agrumes. Un plein camion. Contrôle de routine, la façon d'organiser la cargaison intrigue les fonctionnaires. Le chien des douanes au flair dressé dans la recherche de drogues marque un temps d'arrêt, dans la cargaison, sur la montagne de laitues stockées au fond de la remorque. Les agents auront tôt fait de déballer les palettes pour mettre la main sur les stupéfiants. 

Jan est un petit transporteur routier installé près de Gdansk, Krysztof, traiteur et organisateur de mariages, lui donne occasionnellement un coup de main pour tromper la solitude sur de longs trajets quand il faut traverser l'Europe. Ils sont partis de Pologne chargés de viandes, vers Marseille. Pour remplir à nouveau le camion dans le sens du retour, il leur faut trouver de la marchandise, ce seront des fruits et légumes en Espagne. 

Négligence coupable ? 

Des laitues emportées à Barcelone, ils ne savent rien. Et assurent n'avoir vérifié que le strict nécessaire réglementaire : le poids, la nature du contenu et son aspect visuel. "Tout déballer aurait été impossible", se défend Krisztof.  C'est bien ce que le tribunal reprochera aux deux hommes : une négligence coupable qui peut faire d'eux des complices de trafiquants. D'autant que ces derniers auraient, par nature, du mal à confier un tel trésor à deux inconnus sans savoir comment ils le récupéreraient. C'est ce que qu'avancent le directeur régional des douanes présent à l'audience et la substitut du procureur, Fanny Moles.

"Monsieur salade"

De plus, pour accroître la confusion, l'un des nombreux téléphones saisis au cours de l'interpellation dévoile un SMS adressé à un correspondant et signé d'un "Monsieur salade" bien mal venu dans ce contexte... 

Le ministère public requiert  une peine solidaire de cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt à l'audience et 414 000 euros d'amende comme le réclamait l'administration des douanes. Le tout assorti de la saisie du camion et de toute sa marchandise et d'une interdiction du territoire français durant 5 ans.

Les deux avocates des prévenus, Me Gosset et Me Grail ont plaidé pour chacun d'eux la relaxe. En démontrant la faiblesse des arguments de l'accusation, la part de doutes, le fait que "ces deux bons pères de famille gagnaient bien leur vie et n'avaient pas besoin de faire cela"... Les deux prévenus polonais s'excuseront de ne pas avoir vérifié suffisamment la marchandise avant d'entendre leur jugement : le tribunal présidé par Emeline Gardes suivra l'intégralité des réquisitions mais ramènera la peine de prison ferme à trois ans. 

Réagir