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Les Chinois veulent voir les paysages de l’Aubrac en peinture !

  • La délégation chinoiseen terre aveyronnaise.
    La délégation chinoiseen terre aveyronnaise. Repro CPA / Repro CPA
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Une délégation a posé chevalets et pinceaux au domaine de Rigoulac, à La Terrisse, pour des échanges artistiques.

Chapeau de paille, tableaux posés dans l’herbe, le jardin du Mas de Rigoulac s’avère aussi verdoyant (et inspirant) que le déjeuner de Monet. L’Aubrac n’est pas qu’un plateau. Il est aussi un pont entre les cultures. Et cet été, c’est une délégation d’artistes chinois qui a posé bagages, chevalets et pinceaux sur le plateau, au domaine de Rigoulac donc, à La Terrisse, où réside la mère d’Aurélien Morinière.

Une émulation

Ce dernier est dessinateur de bandes dessinées et peintre, installé dans le Limousin au sein du collectif d’artistes des ateliers Factory 87 (près de Limoges) qui a noué des liens en 2017 avec Zhang Yao à la tête de la délégation chinoise. D’où cette invitation au voyage, informelle, sur l’Aubrac. "Le but est de créer à travers une même source d’inspiration : l’Aubrac", résume Aurélien Morinière. Visite des gorges de la Truyère, du château de Thénières, du pôle européen de la céramique du Don du Fel, des vaches et des taureaux du plateau, du canyon de Bozouls, du musée Soulages et de la cathédrale à Rodez agrémentent ce séjour initiatique et artistique.

Histoire de multiplier et d’éclairer leurs sources d’inspiration. Si les débuts comme les ébauches sont souvent timides, la création germe et porte ses fruits. " Cela crée une émulation. On est dans la recherche, le geste ; voir l’autre peindre donne envie ", confie Benoît Rocher, peintre et photographe, issu aussi du collectif.

Le dépaysement est évidemment total pour Zhang Yao, Jie Cheng, Zou Xing, Zheng Qing, Pan Kunhong et Ye Yuan. Chacun a ses mentors (beaucoup d’impressionnistes, ce qui ne dépareille pas avec le chapeau de paille et les chevalets dans le jardin) et son style. L’art est universel. Du moins la peinture car pour certains, l’art culinaire est difficile à avaler… C’est que les Chinois mangent très épicés ! Mais tous repartiront transformés. " Pour apprendre, il faut s’imprégner", déclare Zhang Yao, à la tête de deux résidences d’artistes très réputés en Chine. Créer in situ ouvre le champ des possibles. Concernant le partage linguistique pour l’échange des pratiques, des pensées comme des savoir-faire, c’est l’unique femme, Jie Cheng vivant depuis quelques années à Paris, qui se charge de créer du lien. Aurélien décèle des spécificités. " Les Chinois sont cosmopolites et naviguent entre les arts. Il n’y a pas d’étiquette comme cela peut l’être en France. Du coup, ils affranchissent des codes et sont plus libres. " Sans parler de l’usage des photos. L’idée reçue n’est pas une image édulcorée !

Expo à Bozouls en 2020

Pour les Chinois, certains ont pris le pinceau dès l’âge de 3 ans (!). L’art est comme n’importe quel métier. " Ce n’est pas le style le plus profond mais le cœur et il faut faire ce dont on a envie pour être heureux ", résume Zhang Yao, empreint de la sagesse chère au pays de Conficius et de Lao Tseu. Une nécessité de vie qui répond aussi à leur soif de découvertes et d’exprimer leurs ressentis. Cette résidence a abouti à de magnifiques tableaux. Certains devraient faire l’objet d’expositions en Chine et en Aveyron. Bozouls s’est déjà engagé pour l’année prochaine.

Olivier Courtil
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