Aveyron : le coronavirus, cet invité embarrassant des mariages

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  • « Ce que nous voulons, c’est avant tout un mariage serein », affirme le jeune couple. « Et s’il n’y a pas d’autres solutions que de reporter les noces, il faudra bien s’y plier ».
    « Ce que nous voulons, c’est avant tout un mariage serein », affirme le jeune couple. « Et s’il n’y a pas d’autres solutions que de reporter les noces, il faudra bien s’y plier ». Repro CP / / Repro CP
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"On essaye de garder espoir", affirment Paola et William, qui devaient de marier le 11 juillet. Les jeunes Primaubois font eux aussi partie des victimes indirectes du coronavirus et attendent avec impatience les annonces gouvernementales du 2 juin pour finaliser (ou non) les préparatifs de ce qui sera peut-être le plus beau jour de leur vie commune. L’an dernier 898 mariages ont été célébrés dans l’Aveyron, pour 80 % entre les mois d’avril et septembre.

C’est bien connu, il y a dans chaque mariage un invité indésirable, que l’on a hâte de voir partir et qui, par sa présence insistante, va parfois jusqu’à gâcher la fête. Pour Paola et William, Primaubois de 32 et 33 ans, l’invité en question s’appelle Covid-19, et il risque fort de venir perturber les réjouissances, prévues pour samedi 11 juillet. " Quand tu as attendu ça pendant des années et qu’il fait enfin sa demande, c’est dur d’imaginer que ça pourrait ne pas se faire", explique la jeune femme.

Arrivé d’île de France en 2017, le jeune couple a déjà eu le temps de bien avancer dans les préparatifs. Les faire-part ont été imprimés et envoyés en octobre dernier, et les alliances sont déjà gravées… avec mention de la date. Même chose pour les dragées et les menus, "datés" eux aussi.

"En mode déprime"

"Tout ça est dans un carton, dans notre salon", explique William. Concernant la cérémonie en elle-même, la salle est réservée, ainsi que le DJ et le traiteur, et certains acomptes ont dû être versés. Un investissement financier considérable, échelonné mensuellement par William et Paola,

"Notre état d’esprit en ce moment, c’est que nous sommes stressés, inquiets. Un jour ça va, un jour ça va moins… On essaye de garder espoir mais certains jours, je suis en mode déprime", résume Paola.

Comme les professionnels du secteur, les futurs jeunes mariés sont suspendus aux lèvres du gouvernement, qui devrait donner davantage de visibilité sur l’été dans une allocution prévue pour le 2 juin. La patience, donc, est de rigueur… et la robe de mariée de Paola attendra les annonces gouvernementales pour subir ses ultimes retouches.

"Ce que nous voulons, c’est avant tout un mariage serein", affirment-ils. "Et s’il n’y a pas d’autres solutions que de reporter les noces, il faudra bien s’y plier".

Avec, là aussi, de nouvelles craintes : que le virus devienne saisonnier et continue, d’année en année, à restreindre tout rassemblement de personnes, mais aussi la peur de ne pas avoir de créneau en 2021. "Tous ceux qui avaient prévu de se marier en 2021 ont déjà réservé… et s’il y a en plus tous les mariés de 2020, ça va être très difficile", expliquent William et Paola.

L’an passé, 235 000 mariages ont eu lieu en France, dont 898 dans l’Aveyron. L’âge moyen des mariées est de 36 ans contre 38,4 ans pour les hommes.

 

Le Château de Labro.
Le Château de Labro. - Repro CP -

Un "manque à gagner colossal" pour le Château de Labro

"Nous sommes comme tous nos confrères du tourisme, on attend les annonces du 2 juin. Nous avons encore quelques espoirs pour juillet et août". Pour Mathieu Libourel, directeur du Château de Labro à Onet-le-Château, le coronavirus aura généré un "manque à gagner colossal". "C’est une année qui s’efface", poursuit le gérant, alors que le château devait accueillir son premier mariage le 23 mai. Ils devaient ensuite se succéder jusqu’à la fin du mois de septembre. Dans l’attente d’une éventuelle bonne nouvelle de la bouche du gouvernement concernant les rassemblements de personnes, l’heure est à l’adaptation, avec un contact accru avec les futurs mariés pour évoquer un report à 2021, voire à 2022. Trois couples qui devaient se marier cet été et célébrer leurs noces au château de Labro ont d’ores et déjà prévu de différer à 2022 si aucune solution n’est possible en juillet et août de cette année. Car le paradoxe est qu’énormément de gens ont profité du confinement pour planifier leurs mariages à l’été 2021, une période qui aurait eu vocation à accueillir les déboutés de l’été 2020… Embouteillage assuré ! Les réceptions de mariage représentent 15 % du chiffre d’affaires annuel du Château de Labro.

 

François Arnaud.
François Arnaud. - Repro CP -

François Arnaud, traiteur touché mais "confiant"

Anniversaires, repas divers, cocktails, séminaires d’entreprises… Les champs d’intervention du traiteur François Arnaud sont diversifiés, mais pendant les mois de juin, juillet, août et septembre, ce sont les mariages qui représentent le gros de l’activité. 60 % en l’occurrence. "J’ai fait le premier mariage de l’année au mois de février. Ensuite, j’en avais tous les mois, au total une quarantaine pour la période. Certains sont annulés, d’autres reportés", explique le traiteur.

En mars, l’entreprise a perdu 84 % de son activité, puis 100 % sur les mois d’avril et mai. "On a pu tenir grâce au chômage partiel", explique le chef d’entreprise.

Comme l’ensemble des professionnels concernés par l’interdiction des rassemblements de personnes, François Arnaud attend beaucoup des annonces gouvernementales prévues en la matière pour le 2 juin. " Ce sont des moments festifs, où toutes les familles se rencontrent… On ne sait pas si on aura le droit d’intervenir, dans quelles circonstances et dans quelles conditions", s’interroge le traiteur, qui se déclare tout de même "très confiant" quant au contenu de ces annonces, à même de relancer la saison… ou d’y mettre définitivement un terme.

Xavier Buisson
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