Anthony Quintard : "La crise a mis un frein à l'agribashing"

  • Responsable syndical jusqu’à mars dernier, Anthony Quintard est éleveur de volailles à Saint-Félix-de-Lunel.
    Responsable syndical jusqu’à mars dernier, Anthony Quintard est éleveur de volailles à Saint-Félix-de-Lunel. Centre Presse / Guillaume Verdu / Centre Presse
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L’Aveyronnais, ancien président des Jeunes Agriculteurs 12, tire les leçons de la crise sanitaire.

La période actuelle est difficile pour de nombreux secteurs de l’économie. Qu’en est-il de l’agriculture aveyronnaise ?

C’est très aléatoire, en fonction des productions. On a vu, par exemple, que les fromages dans les filières de qualité ont eu une chute de leurs ventes. Concernant les viandes, on a eu peur, en raison notamment d’un flottement sur les exports de broutards vers l’Italie au début du déconfinement dans ce pays, mais la situation s’est arrangée par la suite et les cours se sont à peu près maintenus. Il y a eu de grosses craintes aussi pour des produits saisonniers, comme l’agneau, le chevreau, prisés pour les repas de famille, à Pâques. La situation a finalement été moins catastrophique que ce que l’on craignait. Pour les maraîchers et arboriculteurs, la saison attaque en ce moment et devrait se dérouler normalement. Nous sommes sur des volumes de production raisonnables, avec des besoins en main-d’œuvre moindres que ce que l’on peut voir dans d’autres départements.
Plus généralement, il n’y a pas vraiment de profil type, mais on s’aperçoit que la situation dépend aussi de la distribution. Ceux qui passent uniquement par les marchés ont été fortement impactés au moment de leur fermeture. En revanche, les producteurs dont le réseau de distribution est plus varié, avec les épiceries, les boucheries ou les grandes surfaces, ont été moins impactés.

Quels enseignements peut-on tirer de la crise sanitaire ?

Autant pour les petits producteurs que pour les grosses coopératives apparaît la nécessité de diversifier sa commercialisation. Ceux qui n’ont développé qu’un seul type de marché, par exemple les restaurateurs en ce moment, peuvent être menacés de mettre la clé sous la porte. Depuis quelques années, notre profession a pris l’habitude de travailler sur la diversification du mode de production. Pour se sécuriser, il faut en faire de même avec la commercialisation.

Les consommateurs ont sollicité les circuits courts durant le confinement. Est-ce que cette tendance peut se renforcer dans le futur ?

Je pense qu’il y a une partie d’opportunité : les gens avaient le temps de se tourner vers les circuits courts. Maintenant qu’ils vont retrouver leur train-train, il faudra voir s’ils reprennent leurs habitudes d’avant. Et il n’est pas question de les blâmer. On peut comprendre que certains, après leur journée de travail, n’aient pas le temps d’aller chez le petit producteur du coin. Toutefois, beaucoup de personnes ont changé leurs habitudes pendant le confinement et certains continueront peut-être à faire l’effort après la crise. Cette crise a aussi permis de faire émerger de nouvelles pratiques, avec des producteurs qui se regroupent pour proposer des paniers ou de la vente en ligne. Des nouveaux modes de commercialisation vont émerger, entre les deux pôles que sont la vente directe à la ferme et la grande distribution. Il y a déjà des choses qui existent, mais je pense que d’autres propositions vont se développer.

À l’image des professions de soin, est-ce que cette crise permet de rappeler l’importance de l’agriculture ?

On a pu voir de nombreux clips, chansons ou pubs pour remercier les soignants, les éboueurs, les agriculteurs ou d’autres métiers pas bien payés, mais dont on se rend compte qu’ils sont essentiels. La crise sanitaire met un frein à la période d’agribashing que l’on subit depuis quelque temps. Beaucoup de gens se sont rappelé que se nourrir est essentiel et que si les agriculteurs ne peuvent pas travailler, il y aura de gros soucis. On l’a vu au début du confinement, quand des personnes se sont ruées dans les supermarchés et ont créé des pénuries. Sentir que la profession est essentielle à la nation peut mettre du baume au cœur chez les agriculteurs.
Beaucoup de consommateurs souhaitent revenir au fondamental, avec moins de superflu. C’est un vœu que formule le monde paysan depuis longtemps. Nous savons que tout n’est pas parfait, mais la pression autour de notre profession a un peu baissé, ce qui fait du bien.

On parle souvent du monde d’après. La crise sanitaire va-t-elle faire évoluer la profession ?

Je ne pense pas. Mais il s’agit déjà d’un métier résilient et une partie d’entre nous veut évoluer. A titre personnel, je me pose des questions sur le volet écoresponsable, mais c’était déjà le cas avant le coronavirus. L’agriculture vit des crises successives depuis des dizaines d’années et nous avons pour la plupart d’entre nous des systèmes qui fonctionnent en temps de crise. La profession est en permanence en évolution, pour s’adapter aux nouvelles demandes, à l’évolution de la consommation. Le métier d’agriculteur sera toujours là dans 50 ans, mais aura évolué.

Propos recueillis par Guillaume Verdu
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