Dr Vieillescazes : "Il y aura certainement d’autres Sévérac"

  • Alain Vieillescazes, médecin  à Rodez et président du conseil de l’Ordre.
    Alain Vieillescazes, médecin à Rodez et président du conseil de l’Ordre. repro cpa / repro cpa
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Le président de l’Ordre des médecins, Alain Vieillescazes, n’en démord pas : il n’a pas été "assez écouté" par l’Agence régionale de santé sur le cas dramatique de l’Ehpad de Sévérac-d’Aveyron. Il demande aujourd’hui à ce que "le bon sens prime" et alerte sur une recrudescence de cas dans les semaines à venir. Entretien.

"Une situation inacceptable". Samedi dernier, le président du conseil de l’Ordre des médecins en Aveyron, Alain Vieillescazes, avait tiré la sonnette d’alarme dans nos colonnes concernant le "cluster" de l’Ehpad de Sévérac-d’Aveyron. Une sortie médiatique qu’avait peu goûtée l’Agence régionale de santé ainsi que le premier magistrat de la commune aveyronnaise, ancien médecin également, Edmond Gros. Pourtant, hier, Alain Vieillescazes a une nouvelle fois souhaité intervenir dans ce dossier épineux alors que le bilan s’est alourdi ces dernières heures avec neuf décès de résidents…

Votre dernière prise de parole sur la situation à Sévérac-d’Aveyron a suscité de vives critiques, notamment de la part de l’Agence Régionale de Santé. Pourquoi de nouveau s’exprimer aujourd’hui ?

J’aurais préféré de ne pas m’exprimer mais c’est le conseil d’administration de l’Ordre des médecins et de nombreux confrères et consœurs qui me le demandent. À la différence de ce que dit le référent ARS en Aveyron (lire nos précédentes éditions), je ne m’épanche pas dans les médias et je refuse des dizaines de demandes d’entretiens tous les jours. Mais il se trouve que je connais très bien la situation sévéragaise depuis plusieurs années. Et dès le vendredi 6 septembre et l’apparition des premiers cas, j’ai alerté en disant qu’on devait craindre le pire ! Mais, si j’ai été entendu, je n’ai pas été écouté…

C’est-à-dire ?

À l’instar des résidents, le personnel de l’Ehpad a été très rapidement touché par le virus. Dès le départ, l’urgence était donc de pallier ces absences en apportant des moyens humains ne serait-ce que pour subvenir aux besoins fondamentaux des résidents : se nourrir, faire la toilette… J’ai donc très rapidement proposé une solution locale avec du personnel du canton de Sévérac, mais je n’ai pas été suivi. L’ARS a préféré lancer un appel national sur une plateforme en ligne, pas franchement efficace.

J’ai ensuite d’emblée demandé à l’hôpital de Rodez de libérer des lits, en gériatrie notamment. Cela a été fait. J’ai ensuite fait la même demande à l’hôpital de Millau mais l’Ordre des médecins n’ayant pas de pouvoir décisionnaire, l’ARS n’a pas donné suite à mes demandes… Je le regrette car nous ne menons pas une guerre avec des protocoles.

Avez-vous de la rancœur contre l’Agence régionale de santé ?

Non, je souhaiterais qu’on travaille tous ensemble, à la même hauteur. Mais malheureusement, l’ARS s’est enfermée dans une doctrine et reste une administration parfois au mauvais sens du terme avec ses certitudes, ses paperasses… Et sur le cas de Sévérac, on se devait d’agir dans l’urgence !

Vous regrettez donc que les professionnels de santé ne soient pas assez écoutés…

J’ai certes été au-delà de mes responsabilités car je n’ai pas de pouvoir mais cela relevait simplement du bon sens. Et nous, docteurs, on l’a ce bon sens ! Comme j’ai pour habitude de dire, parfois il faut savoir passer outre les protocoles qui ne servent qu’à nous expliquer ce qu’on sait déjà faire. L’Ordre a toujours eu envie de venir en aide à Sévérac et ne pas entrer dans la polémique. Mais, les doctrines ne servent à rien… Et il faut agir car la situation est loin d’être terminée et réglée.

N’est-ce, malheureusement, pas trop tard pour agir dès lors que le coronavirus entre dans un établissement médico-social accueillant des personnes déjà fragilisées par ailleurs ?

Le fatalisme n’a rien de bon. On doit tirer les leçons de l’épisode de mars et davantage anticiper. Aujourd’hui, on connaît le danger. Passer notre temps en réunion ne fait pas avancer les choses… Et chaque directeur d’établissement médico-social doit désormais être le plus vigilant possible et prendre des décisions nécessaires.

Telles qu’ordonner un nouveau confinement dans les Ehpad, comme certains l’avancent ?

Sur ce point, la décision doit revenir à chacun des directeurs. Ils ont l’expérience et connaissent leurs structures. On ne doit pas toujours attendre que les décisions tombent d’en haut.

Craigniez-vous que l’Aveyron soit de nouveau confronté à des situations dramatiques dans les Ehpad lors des prochaines semaines ?

Oui, cela arrivera ailleurs. Il y aura certainement d’autres Sévérac. En novembre et en décembre, nous serons confrontés à une pandémie, la Covid-19, et une épidémie, la grippe. C’est du jamais vu ! Nous aurons besoin de toutes les forces vives même si les soignants sont épuisés. On devra plus que jamais travailler à l’unisson et écouter les gens de terrain. J’incite d’ailleurs tout le monde et plus particulièrement le personnel soignant à se faire vacciner contre la grippe. Pour ce virus, nous avons un vaccin, ne nous en privons pas ! Car, il ne faut pas se leurrer : l’Aveyron n’aura pas de renfort sanitaire et on connaîtra une nouvelle situation critique…

Un neuvième décès à déplorer, l’ARS ne souhaite pas « polémiquer »

« Il ne sert à rien de polémiquer aujourd’hui. Nous devons dépassionner nos propos, peu importe ce qu’est l’ARS, elle est en tout cas mobilisée 7/7 sur l’Ehpad de Sévérac et d’autres situations tendues dans le département (abattoir de Sainte-Radegonde, écoles, NDLR)… Je n’ai pas vraiment de temps à perdre ». Référent de l’Agence régionale de santé en Aveyron, Benjamin Arnal n’a pas souhaité commenter les propos du président du conseil de l’Ordre, Alain Vieillescazes. « Nous écoutons tout le monde, dont le Dr Vieillescazes. Et nous souhaitons travailler avec toutes les bonnes volontés et de façon apaisée pour gérer au mieux ce foyer épidémique », a-t-il confié.
En outre, Benjamin Arnal a confirmé, hier après-midi, le décès d’un neuvième résident de l’Ehpad La Gloriande, rappelant également que quatre étaient toujours hospitalisés à Rodez.

 

Propos recueillis par Mathieu Roualdés
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