Sud-Aveyron : une nécropole néolithique géante découverte à Mounes-Prohencoux

  • "On estime que ce lieu a été utilisé entre – 3 800 et – 2 800 avant J.-C.", indique le fin connaisseur.
    "On estime que ce lieu a été utilisé entre – 3 800 et – 2 800 avant J.-C.", indique le fin connaisseur.
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Le site s’étend sur trois hectares près de la vallée du Rance. Michel Maillé nous y amène.

C’est une découverte qui date de quelques mois. Une découverte de tout premier ordre, mais "fortuite", comme la qualifie Michel Maillé, le découvreur de la nécropole datant du néolithique. Il a fallu du temps pour débroussailler et faire découvrir aux spécialistes de la préhistoire ce lieu dont tous s’accordent à dire qu’il est très prometteur.

Michel Maillé est un agriculteur passionné par cette période depuis qu’il a découvert la statue menhir de Vignals en 1983. En parallèle de son métier, il a enrichi ses connaissances sur le terrain auprès de préhistoriens et validé ses acquis par un diplôme universitaire. Il est désormais chercheur associé au Traces (Travaux et recherches archéologiques sur cultures, espaces et sociétés) de Toulouse. L’endroit de sa découverte, il le connaissait pour "y être passé plusieurs fois". En ce jour d’avril, "malgré la végétation, mon regard s’est porté sur une grande table".

Après un travail de débroussaillage, le mégalithe s’avérera être un dolmen anthropomorphe (de forme humaine) de très grande dimension, dont le poids est estimé entre 15 à 20 tonnes. Peu à peu, les découvertes vont se succéder. Au fil des travaux de nettoiement en surface, vont apparaître des dolmens, des statues menhirs, des tertres (tombes sous tas de terre) ou un impressionnant cairn (tombes sous tas de pierres) en trois structures imbriquées… "Par recoupement avec des dolmens et menhirs déjà datés en Europe, on estime que ce lieu a été utilisé entre moins 3 800 et moins 2 800 avant Jésus-Christ", indique le préhistorien. "Ce site s’étend sur trois hectares car il a été utilisé sur un millénaire. Il y a eu plusieurs réaménagements, des constructions, des réparations, des ouvertures sur les failles ont été aménagées…" Ce dernier point est en fait déterminant, il est un élément d’investigation pour les chercheurs. "La nécropole est bâtie sur des failles. Par grand froid, on a constaté que des vapeurs d’eau s’échappent par les ouvertures du sol… Avec d’autres éléments en notre possession, on émet l’hypothèse que ces vapeurs d’eau ont pu engendrer des croyances et que ce lieu est un cimetière mais aussi un sanctuaire." Il est certain que "l’on ne retrouvera pas d’ossements car la terre, trop acide, a fait disparaître les restes humains". Quelques débris de poteries néolithiques ont été découverts en surface.

La fouille des failles devrait amener des réponses sur la sanctuarisation du lieu si, par exemple, "des dépôts cérémoniels" sont mis à jour. Le travail à venir est immense. La première étape consistera "à figer" tous les éléments en surface en utilisant toutes les techniques modernes de cartographie et de sondage. "Il y aura un travail de réflexion sur le type de fouilles à entreprendre pour préserver au maximum l’état actuel du site." C’est un chantier de plusieurs années qui s’ouvre.

Michel Durand
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