Aveyron : le désamiantage du pont de Saint-Izaire inquiète un collectif d'habitants

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    Le pont de Saint-Izaire est au coeur de sa deuxième phase de travaux. Midi Libre - Maxime Cohen
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Maxime Cohen

Des émanations de poussière lors du désamiantage du pont de Saint-Izaire inquiètent les habitants de la commune. Certains y passent tous les jours, sans aucune protection.
 

Il n'est pas question de fumée blanche à Saint-Izaire, dans le Sud-Aveyron, mais plutôt de désagréables poussières. Elles ne viennent pas de l'église ou du château classé Monument historique qui sont à visiter dans cette commune de 300 âmes. C'est le pont qui traverse le Dourdou et qui permet de rejoindre le village qui est au cœur d'un désaccord.

Construit après la guerre

Construit après la guerre, celui-ci est en pleine rénovation alors qu'un groupe d'habitants du village avait milité pour une reconstruction. Leur cause n'a pas été entendue et le Département de l'Aveyron, en charge du chantier, a opté pour une rénovation. Actuellement, l'édifice routier est en plein désamiantage et la méthode inquiète des habitants, réunis en collectif.

L'édifice en plein désamiantage

À la tête de ce groupe, Claudio Valente, dont la maison se situe à quelques mètres du feu tricolore, présent en bord de route pour la circulation alternée. Mobilisé par le sujet et avec l'aide d'autres habitants de la commune, il a monté un dossier de 14 pages (à consulter ici), avec des photos et de la documentation officielle pour dénoncer les pratiques utilisées pour le désamiantage des 2 000 m² du pont.

"Ils désamiantent avec des meuleuses et on constate de la poussière qui s'échappe", observe-t-il. Curieux d'identifier les molécules présentes dans les poussières émanées des travaux, il en a collecté un échantillon, à même le sol pour l'envoyer en laboratoire et réaliser des analyses. 

"Easylab, qui a fait l'analyse, nous indique qu'il y a une présence d'amiante", assure le président du collectif. La quantité n'est pas indiquée. 

Une estimation de 2 376 fibres d'amiante par litre d'air

En revanche, l'habitant de la commune s'aide de la base de données Scolamiante, reconnue par l'Etat, qui permet d'évaluer le taux d'amiante dégagé dans l'air selon la méthode utilisée sur le chantier. Et selon plusieurs niveaux, des recommandations sont faites afin d'éviter que les projections causent des désagréments, aux ouvriers et à la population.

La plateforme en ligne prévient tout de même qu'elle "ne peut pas se substituer à l'évaluation réglementaire des niveaux d'empoussièrement des processus qui incombe à l'employeur telle qu'elle est fixée dans l'article R.4412-98 du Code du travail. Elle permet néanmoins d'informer l'utilisateur sur les niveaux d'empoussièrement a priori susceptibles d'être générés par les processus mis en œuvre". 

À Saint-Izaire, l'évaluation est de 2 376 fibres d'amiante dégagées par litre d'air. Au-delà de 1 000 fibres par litre, selon les recommandations de l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), il est notamment indiqué de "confiner la zone d'intervention par apposition de deux films de propreté étanches", "signaler et baliser la zone d'intervention", "isoler la zone d'intervention par une séparation physique étanche à l'air et à l'eau", ou encore "pour les travaux réalisés en milieu extérieur, les mesures de protection collective mises en place ne doivent pas conduire à la dispersion des fibres en dehors de la zone du chantier".

Autant d'éléments que ne constatent pas les membres du collectif sur les lieux du chantier, où des poussières se dégagent au fur et à mesure que les meuleuses décapent l'édifice routier. 

"Nous suivons avec précision ce qui est fait sur place"

Pour autant, Arnaud Viala, président du Département assure "que tout est tout à fait normal". Il poursuit : "Nous sommes très vigilants, le chantier est sous surveillance de l'inspection du travail et nous suivons avec précision ce qui se fait sur place." Les méthodes sont contestées par Claudio Valente.

"En effet, un test est effectué chaque semaine mais n'est pas représentatif du reste du chantier. C'est comme quand on surveille la vitesse d'un chauffeur une fois tous les 50 km avec un radar et qu'il ralentit à ce moment."

De même lorsque la phase test du chantier a été réalisée. Le désamiantage a été effectué par un robot moderne, avec lequel aucune poussière n'était dégagée. "Ce robot, on ne l'a plus vu !, regrette Claudio Valente. Sur les échafaudages, ce sont des ouvriers tous les jours qui travaillent." 

À ce sujet, Arnaud Viala, à l'image de Thomas Ramos avec le XV de France, botte en touche : "M. Valente cherche à faire monter la polémique. Je ne veux pas me livrer à des échanges par presse interposée." 

Une demande de suspension du chantier

Le collectif a demandé la suspension du chantier, fait savoir ses ambitions aux habitants de Saint-Izaire ce samedi 9 septembre lors d'une réunion publique et ne compte pas en rester là, après des alertes envoyées à l'Agence régionale de santé et la préfecture.

"Nous allons interpeller le maire rapidement pour savoir ce qu’il compte faire pour la dernière tranche de désamiantage qui est imminente, reprend Claudio Valente. Selon sa réponse nous nous donnons la possibilité de saisir le Tribunal administratif en référé pour interdire la reprise des travaux, demander à mesurer le niveau d’empoussièrement réel dégagé par le procédé utilisé (ponceuses à disque branchée à un aspirateur), le dossier est chez un avocat depuis mi-juillet." 

Arnaud Viala assure se rendre sur place prochainement pour rencontrer les élus et que "nous poursuivrons le chantier dans son déroulement normal avec la plus grande vigilance. Il n'y a pas de sujet d'alerte à nos yeux". Tandis qu'en face de lui, des habitants de Saint-Izaire s'inquiètent pour leur santé et notamment celle des enfants qui traversent le pont plusieurs fois par jour pour se rendre à l'école. 

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